L’industrie de la vieillesse

Texte touchant de Victor-Lévy Beaulieu, hier, dans La Presse. L’homme est un énergumène, mais il écrit comme peu savent le faire. J’ai réécouté avec bonheur les reprises de Bouscotte, et je suis une fan finie de L’Héritage. Ne serait-ce que pour la scène plasmodiée par Gilles Pelletier enterrant son cheval. À y penser, j’en ai encore les frissons.

Bien sûr, même avec une plume aussi riche, l’homme a parfois des idées que je ne partage pas. Loin de là. Mais hier, sa lettre à sa mère et le regard trop lucide qu’il porte sur la vieillesse m’a émue.  Ma mère a passé le cap des 70 ans cet automne. Bien sûr, elle ne les fait pas, elle est en santé, plus autonome que bien des femmes plus jeunes, bien entourée. Mais le temps avance quand même. Un jour, elle sera « vieille ».

Et puis tout à l’heure, en regardant les annonces classées, j’ai vu « Commerce à vendre: résidence de personnes âgées ». Commerce??? Je sais pas pour vous, mais y’a quelque chose qui m’a profondément choquée dans cette appelation. Commerce? On vous vend quoi? Un lit, 3 repas par jour (du manger mou???), une couche de temps en temps? En prime, parce que c’est vous, et uniquement parce que c’est vous, vous aurez droit à un sourire par semaine, après l’unique bain? Et pour un léger supplément, on vous demandera si vous allez bien?

Tout à coup, je ne suis plus sûre de vouloir vieillir.