On est loin de Facebook!

Quand on vieillit, inévitablement nos amis vieillissent aussi. Et leurs parents ne rajeunissent pas, ce qui fait que de plus en plus, nous fréquentons les salons funéraires et l’église.

Hier, nous sommes allés témoigner notre amitié à nos amis de l’Ile-aux-Grues suite au départ du père de Gilles. Une belle cérémonie, à la campagne. Une église toute en bois, comme je les aime. Mais surtout, une communauté tissée serrée, rassemblée pour se rappeler la vie de « Ti-Guy », une vie riche de petits gestes tout simples. De beaux témoignages de ses enfants, ou l’amour transperçait la pudeur. Et puis, à la fin, ses compagnons des Chevaliers de Colomb qui, se tenant les mains, lui ont chanté, de leurs belles voix graves d’hommes qui ont travaillé la terre toute leur vie, « Ce n’est qu’un aurevoir, mon frère ». L’émotion tout pure. Sur le parvis de l’église, alors que nous nous attardions, Mammouth a passé la remarque que cette solidarité d’une communauté, ce n’est pas sur Facebook qu’on la retrouve. Et il a raison.

Oui, la technologie nous permet de créer des liens et de les entretenir. Elle permet par exemple à nos soldats en Afghanistan de maintenir le contact avec leurs familles et leurs amis, et c’est tant mieux. Elle permet à des couples de se former (ahum…) et à des amitiés virtuelles de s’enrichir. Mais je me demande si mes amis virtuels se déplaceraient pour mes funérailles? Encore faudrait-il qu’ils me connaissent au-delà du nick que j’utilise sur les forums que je fréquente!

Quel beau paradoxe, quand même. On est de moins en moins « secrets » – à lire certains profils sur Facebook, z’avez pas l’impression qu’il y a des gens qui se promènent la personnalité,à défaut des fesses, à l’air? Et en même temps, on a de moins en moins de vrais contacts avec de vraies personnes : connaissez-vous le nom de vos voisins? Avez-vous déjà eu avec la personne qui partage votre siège d’autobus une conversation aussi profonde qu’avec vos interlocuteurs virtuels qui ne sont pas des gens que vous connaissez dans la « vraie » vie? Bien sûr que non! Le relatif anonymat d’internet nous autorise, croit-on, à bousculer les règles de vie en société.

En même temps, je suis parfaitement consciente que parfois, l’anonymat nous permet d’aller plus loin dans l’expression de nos états d’âme et de nos pensées. Sans le filtre du « mon dieu, que pensera-t-il de moi demain », on peut probablement se permettre d’étaler nos sentiments les plus noirs, les plus sombres. Et pour l’avoir expérimenté moi-même à plusieurs reprises cette année, le réconfort virtuel aide grandement.

Je me questionne ce matin sur la solidarité de ces regroupements virtuels. Remplaceront-ils les CdC, les Filles d’Isabelle, le cercle des fermières, les Scouts et les Guides qui ont permis à des milliers de gens de tisser des liens, de sortir de leur quotidien et de faire en sorte que la communauté volait au secours de ses membres en cas de coups durs? Ou ai-je une image mythique, romantique de ces liens anciens?

Gilles, Loulou, nos pensées vous accompagnent en ces moments difficiles.