Tu étais si petite…

Depuis 3 jours, tout le monde s’indigne. Tout le monde cherche des coupables, parce que forcément, si on ne peut pas pendre haut et fort quelqu’un, on aura rien résolu. Et si on a rien résolu, on ne pourra rien oublier.

Avant toi, il y en a eu d’autres. D’autres, si petits aussi. Pas tous médiatisés, pas tous au cœur d’une tempête parfaite. Des petites blessures, des abandons, des cicatrices mal refermées. D’autres qu’on a oubliés, ou presque. Parce que autre chose dans l’actualité, parce que la douleur ne peut être vive trop longtemps, parce qu’on retrouve vite nos vies bien propres, bien rangées.

Tu étais si petite, et pourtant tu occupes tout l’espace depuis 3 jours. Comme mère, mon cœur se serre juste à imaginer tout ce que tu as enduré. Je suis indignée, mais j’ai surtout un immense chagrin. Et je ne sais pas quoi faire avec ce chagrin, qui tourne en rond dans ma tête et qui me met une grosse boule dans la poitrine.

Je me souviens, il y a très très longtemps, quand j’étais au Cégep, la Loi sur la Protection de la jeunesse était débattue avant d’être adoptée. C’était avant les réseaux sociaux, avant les chaînes d’info en continue. C’était au temps où on croyait encore, très fort, que tout le monde peut se réhabiliter, même les plus indignes des parents. C’était le temps où on pensait que les monstres, c’était juste dans les histoires destinées à faire peur aux enfants. Toi, tu les as vu de près les monstres. Toi, tu as eu peur.

J’aimerais qu’on évite de trouver des excuses à tes monstres. Bien sûr, il y aura de savants psy pour nous expliquer que tes monstres, c’était au fond des gens bien démunis, à qui on n’a jamais donné les bons outils pour s’en sortir. Ou pour prendre soin de toi et de ton petit frère correctement. Peut-être. C’était peut-être de faux monstres, mais ce qu’ils t’ont infligé est très réel.

J’aimerais penser que nos systèmes fonctionnent. Dans la majorité des cas, ils font des choses inouïes, et personne n’en parle. Tu le sais, les bonnes nouvelles ne font jamais la une, ça fait pas vendre et ça n’augmente pas le « rating ».  J’aimerais penser que tous ces gens qui étaient au courant ont vraiment tout fait en leur pouvoir pour t’aider. Ils ne sont pas tous méchants. Ils sont juste, comment dire, centrés sur leur vie, leurs priorités. Et puis, se mêler des affaires du voisin, tsé… on sait pas où ça peut nous mener, alors on laisse faire en espérant que quelqu’un d’autre le fera.

Je frémis quand je pense que l’an dernier, au Québec, plus de 100 000 signalements ont été faits à la DPJ. Ça en dit long, je trouve, sur ce qu’est devenue notre société. Il est peut-être temps qu’on s’interroge, sérieusement, sur notre capacité à vous aimer, à vous protéger et à vous amener à bon port.

J’aimerais qu’on se taise. Qu’on réfléchisse à la suite des choses. Qu’on ne précipite pas les décisions pour donner à manger à la bête médiatique et à sa fille, la vindicte populaire. Que la réflexion, peut importe la forme qu’elle prendra, vise large. Très large. Et qu’elle écoute toutes vos petites voix.

Tu étais si petite. Et pourtant, tu vas peut-être réussir à nous faire tous grandir.

 

 

Ce contenu a été publié dans Uncategorized. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Tu étais si petite…

  1. Merci d’écrire/de dire tout haut ce qu’on pense…

  2. Clément dit :

    Merci.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>