Les perrons d’église

C’est encore une fois un magnifique texte de mon ami Clément (oui, oui, je me réclame de son amitié!) qui m’a fait réfléchir. https://remolino.qc.ca/2017/02/01/il-ny-a-pas-de-raccourci/ .

La semaine a été dure. Pas uniquement à cause de l’attentat de Québec. Mais cet acte d’horreur nous a tous forcé à nous regarder le nombril. A regarder dedans ces zones d’ombre intimes qui, parfois, nous surprennent nous-mêmes.

Autrefois, on manquait de charité sur les perrons d’église. Le placotage, pas gentil, sur la voisine qui élevait donc ben mal ses enfants, sur son mari plus souvent à la taverne du coin qu’à la maison, d’la p’tite dernière qui était donc ben écourtichée…

Puis, on repartait chacun chez-nous, et quand les potins étaient vraiment de calibre, on prenait le téléphone pour raconter ça à la belle-sœur. Le potin pouvait ainsi faire le tour du village, mais ça prenait quand même quelques jours. On pouvait toujours s’en confesser le dimanche suivant et l’âme lavée, partager à nouveau sur le perron.

Est-ce que ça portait à conséquence? Oui. Des vies ont sans doute été brisées par des potins malveillants répétés à la sortie de la messe. Y’a sûrement eu des drames humains. Mais la vitesse et le rayon de propagation des rumeurs étaient sans commune mesure avec ce qu’on vit maintenant.

Les réseaux sociaux ont remplacé le perron d’église. On y propage des « faits alternatifs », on juge et on condamne en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, on like-partage-retweet à qui mieux mieux et on n’a même plus le réflexe de s’en confesser.

Tant mieux si la semaine nous aura permis un début de réflexion, et si quelques cas plus médiatisés de morons qui ont écrit des horreurs en convaincront quelques uns que l’anonymat n’existe pas vraiment.

J’ai lu – et je ne me souviens malheureusement plus à quel endroit, que les gens retweetent des liens vers des articles qu’ils n’ont pas lu dans plus de 40% des cas. Suffit que le tweeter original nous semble crédible. Le plus bel exemple est sans doute celui d’une fausse agence de presse qui identifiait les coupables de la tuerie de Québec – et qui a été partagé plus de 100 fois avant que quelqu’un fasse remarquer que Reuters ne s’écrit pas Reuter… Même chose avec l’identification d’un deuxième « suspect ».

Et si on faisait de 2017 une année où on compte jusqu’à 10 avant de partager ou retweeter quelque chose?

 

A vous, mes amis d’ailleurs

J’ai hésité avant d’écrire, de peur de ne pas trouver les mots. Je ne voulais pas écrire à chaud, sous le coup de l’émotion. Mais depuis dimanche, l’émotion ne s’est pas atténuée. Elle me noue la gorge. Elle me remplie les yeux d’eau. Mais surtout, surtout, je pense à vous.

Je t’ai lu, Houssein. Sur la complexité d’expliquer à des enfants que leur croyance peut être un motif de haine. Sur l’impuissance du parent qui veut protéger. Et j’aurais voulu prendre ton angoisse,

Je t’ai lu, Sonia. Ta colère sourde, justifiée. Elle est mienne, cette colère. Elle est faite d’incompréhension, de peine, mais surtout d’un sentiment d’injustice qui prend toute la place. Et tu as raison: il n’y a rien de juste dans le fait d’abattre froidement des gens qui ne partagent pas notre religion, ou notre couleur, ou nos coutumes.

Je vous ai lu. Et j’ai eu envie de vous dire merci. Même si je suis une « de souche », vous m’avez toujours accueillie parmi vous, sans me juger. Nous avons eu des discussions parfois sérieuses, parfois ludiques, autour de ces bbq au parc, ou chez-nous, ou chez-vous. Jamais vous ne m’avez fait sentir que je venais d’un autre monde.  Nous sommes d’une même famille, celle des humains.

Je comprends l’inquiétude, et l’envie manifestée par certains de partir ailleurs. Mais j’espère, sincèrement, que vous choisirez de demeurer parmi nous. Parce que votre amitié m’est précieuse, parce qu’elle m’enrichit et parce que vous faites partie de ma vie.

Suis-je naive de penser que l’immense majorité des gens pensent que tous, nous pouvons cohabiter harmonieusement? Je sais que des tragédies- parce que c’est une tragédie et un attentat terroriste – arrivent, et que ça arrive ici ne m’étonne pas. Nous étions peut-être un peu trop confiant que ces affaires-là, ça arrive juste ailleurs, aux autres. Comme le disait mon patron hier, il nous faut garder ce fragile équilibre entre ouverture et vigilance.

L’heure de distribuer les blâmes viendra probablement trop tôt. Nous avons tous une réflexion à faire sur nos mots, derrière l’anonymat des écrans, nos gestes, nos paroles, nos blagues parfois déplacées.

Je mise sur nos enfants. J’ai confiance qu’ils sauront être plus inclusifs que nous. Mais pour ça, il faut leur expliquer, comme tu l’as fait Houssein, que ce sont des fous.

 

On avance par en arrière!

Hier soir, soirée au cinoche avec le Mammouth. J’ai adoré « Hidden figures », l’histoire de ces femmes noires qui ont joué un rôle déterminant dans le programme spatial américain. Un beau film, émouvant, inspirant mais qui, dans le contexte de l’investiture de Trump, amène une autre réflexion.

Particulièrement en cette journée où des millions de femmes, partout dans le monde, on manifesté contre lui.

En revenant, le Mammouth a partagé la rage qui l’a habité tout au long du film. Comment une société, il y a à peine 60 ans, pouvait discriminer les noirs et les femmes à ce point. Et comment c’est, malgré tout les acquis, si fragile? Comment, après avoir élu un président noir, les américains ont-ils pu élire quelqu’un qui remet tout cela en question? Le suprématisme blanc, riche, a pris le pouvoir à Washington et les quatre prochaines années risquent de n’être qu’un long affrontement entre les gens qui ne veulent pas perdre leurs acquis et la réalité. Et j’ai peur que les affrontements ne soient pas toujours qu’au plan des mots.

En revenant, j’ai écouté, incrédule, le porte-parole de la maison blanche, manifestement en service commandé, mentir. Oui, mentir. Quand on déforme à ce point la réalité, c’est qu’on ment. Et mentir, en politique, c’est le pire péché. Omettre peut s’expliquer, mais mentir?

Je suis inquiète ce matin. Je n’ai jamais eu peur que Trump actionne le fameux bouton rouge. Mais ce matin, j’ai peur pour toutes ces fillettes américaines, particulièrement celles issues des communautés culturelles. J’espère que la mobilisation d’hier ne s’essoufflera pas et que dans 3 ans et demie, les américains remettront les clés de la Maison Blanche à quelqu’un qui n’aura pas comme ambition de faire reculer la société, les droits des uns et des autres et la décence humaine.

Parce que c’est de ça dont on parle. De décence humaine.

D’amour, d’amitié, de loyauté et autres…

Il faut être parent, je crois, pour bien comprendre que deux sentiments à l’opposé l’un de l’autre peuvent cohabiter: la colère et l’amour par exemple. Je me souviens d’avoir eu, avec merveilleuse merveille encore toute petite, une conversation où je lui expliquais que même si son comportement m’avait mise en colère, je l’aimais toujours autant. Je désapprouvais son comportement, mais ça n’altérait en rien l’amour inconditionnel que j’éprouvais pour elle.

La vie nous met parfois devant ce genre de situation. Particulièrement en politique je dirais. J’ai toujours fait attention à dissocier les idées des gens. J’ai des amis dans tous les partis, et je crois profondément que le fait de ne pas partager les mêmes orientations n’est pas en soi un obstacle à l’amitié. En autant que la réciproque soit vrai, et que le respect soit au rendez-vous.

Et puis, il y a les loyautés. Amicales, professionnelles, personnelles. Qui sont parfois en contradictions. Mais j’ai toujours refusé de choisir entre mes loyautés. Je pense, au risque de me tromper, que je sais faire la part des choses. Que je suis capable d’être loyale à une amitié personnelle même si je ne suis pas en accord avec ce que cet ami pense. Parfois, le conflit de loyauté passe par une étape qui s’appelle le silence. Pas par manque de courage, mais plutôt parce que le temps doit faire son oeuvre.

J’ai probablement encore, à quelque part, une belle naïveté. On me dira qu’en 2017, il faut choisir son camp. Alors je choisis le mien: celui du juste milieu.

À part ça, chez-vous vont bien?

« And I hope I’ve made you proud »…..

J’écoutais, émue, le dernier discours officielle de Michelle Obama. S’adressant aux jeunes, elle a terminé son allocution en disant qu’elle espérait avoir rendu les américains fiers. Fiers d’elle mais surtout d’eux-mêmes.

Que d’espoir, en 2008, quand Obama a été élu. Tant d’espoir. Sur les épaules d’un seul homme. Évidemment, on ne pouvait qu’être déçu: personne ne pouvait répondre aux attentes du monde à son égard. Les attentes étaient trop grandes pour un seul homme, dans un monde qui change à la vitesse grand V.

8 ans plus tard, l’impression que le monde est encore pire qu’en 2008 est tangible. Je ne suis pas une spécialiste de la politique américaine – je laisse ça à mon ami John Parisella – mais le seul fait que Trump ait été élu pour succéder à Obama me porte à croire que les désillusions l’ont emporté sur l’espoir. Je sais, beaucoup d’autres facteurs sont en cause: Hilary elle-même, le fameux plafond de verre, le cynisme ambiant, etc.

Et pourtant, les Obama laissent derrière eux un héritage dont ils peuvent être fiers. Qu’en restera-t-il concrètement après Trump? Probablement bien peu. Mais la dignité, la décence, la grâce, ça ne s’estompera pas et c’est ce qui restera dans la mémoire des gens.

Ma mère avait gardé toute une collection de revues mettant en vedette Jackie Kennedy, de son mariage aux tragiques événements de Dallas. Je me souviens, petite, de les avoir feuilletés, fascinée par la grâce et l’élégance de cette américaine qui nous ressemblait un peu.

2017 commence un peu comme 2016 a terminé: un fou qui tire dans une foule, une personnalité qui meure subitement. Et dans quelques jours, Trump prendra les rênes, et ce qu’on a vu à date de ses décisions ne semble pas rassurant.

Pourtant, j’ai envie de croire que 2017 nous amènera ailleurs. Que le cynisme, la méchanceté, la peur feront place à autre chose. Quelque chose qui pourrait nous faire dire, dans 355 jours, que ce fût une belle année.

J’ai envie – non, j’ai besoin – de focusser sur le positif. Et peut-être que si on est une méchante grosse gang à focusser sur le positif, on pourra être heureux de lever notre verre de bulles à l’aube de 2018.

Quoi de neuf chez-vous?

Bon. Maintenant que Clément l’a annoncé et que plusieurs blogues ont été réanimés (coucou CFD et Martine!), il me faudra bien revenir à une discipline d’écriture. Ce qui pourrait s’avérer plus facile à dire (ou plutôt à écrire!) qu’à faire…

Vous me connaissez. Je ne parle jamais politique. Ou si peu. Et 2017 ne fera pas exception. Notamment parce que j’ai une obligation de réserve. Et que mes opinions, voire mes prédictions de soirs de scotch, je le garde pour moi et de très proches amis. Et qu’on ne sait jamais qui viendra lire ici hein…

Je vais me garder également une petite gêne sur les exploits et finesses de Merveilleuse merveille. Notamment parce qu’elle n’a plus 5 ans, et qu’elle aussi sait lire et fouiller sur les zinterwebs.

Ma vie de couple? Elle va très bien et ne regarde que nous. Les gens heureux n’ont pas d’histoire, alors je vois mal ce que je pourrais vous raconter.

Mon xième régime? Les dernières séries écoutées? La météo??? La sacré météo???? Des recettes? De sport?

Et puis, quand on a pris l’habitude d’écrire 140 caractères ou un peu plus si on préfère Facebook, faire de longs textes (ie plus de 2 paragraphes!) faisant sens, c’est difficillllllllle, comme disait Paillasson.

Bref, on parle de quoi, en 2017, quand on veut bloguer?

J’ai lu quelque part qu’une bonne habitude se créer en 21 jours. Alors je me donne ce délai pour que bloguer redevienne une habitude. Entre-temps, je réfléchis.

À demain!



 

Nah. Je refuse. Pas 14.

On le dit, comme on répète ces phrases creuses, passe-partout, qui ne veulent rien dire mais qui meublent le silence. « Eh! que le temps passe vite, hein! ». Puis on retourne à notre quotidien, boulot, petits et grands problèmes, réels ou inventés, petites et grandes peines, petites et grandes joies.

Les semaines filent les unes après les autres, comme les grains d’un chapelet, avec parfois un noeud plus gros que les autres. On s’arrête un peu sur ce noeud, on pleure, on rit, on respire un grand coup et on repart. La routine, la chère routine, qui nous garde la tête hors de l’eau. Le ménage, le lavage, l’épicerie, les amis qu’on voit trop peu, la famille si loin. La météo qui nous fait sacrer : trop chaud, trop froid, trop de pluie, pas assez de pluie, trop humide, trop sec, les « chu tannée en sacrement de mettre des bottes en mai ».

Et puis, un matin d’été, on réalise qu’il y a 14 ans, on a mis au monde la plus merveilleuse des merveilles. Maintenant adolescente pleinement assumée, ivre de sa nouvelle liberté – le métro et le bus de ville ne lui sont plus étrangers – prête à tester les limites, tout en étant d’une grande sagesse. Un sens de l’humour craquant, maitrisant l’ironie presqu’aussi bien que sa mère, curieuse de tout, passionnée de rien, et belle, mais belle! Comme le sont toutes les adolescentes qui se promènent, inconscientes de leur beauté mais qui s’essaient à séduire, sans se douter que ce jeu peut être dangereux.

Tu testes tes limites, ma toute belle rebelle, mais ce sont les miennes que tu fais reculer à chaque jour. Je suis morte de peur, mais je t’envie de découvrir chaque jour ton autonomie, sans avoir à assumer toute suite toutes les conséquences. Je t’envie de voir avec tes yeux neufs ce monde qui parfois m’exaspère. Je voudrais tant t’éviter les peines, les déceptions, la peur. Et en même temps, je sais que c’est à force de t’y frotter que tu développeras toutes les facettes de ta personnalité.

Tu as été Charlie, Paris, Nice et Orlando. Tu n’as pas peur du monde, mais en même temps, tu me dis que le tien sera moins brutal, moins violent. Puis, tu pars en chantant la dernière de Rhianna, comme si chanter à tue-tête faisait disparaître l’angoisse. Tu es toujours la plus belle des perséides. La plus brillante.

Je t’aime ma toute belle rebelle. Ce mois d’août est comme tous les mois d’août. Au bonheur de ta naissance, s’ajoute toujours une petite peine ou un gros chagrin. Cette année, c’est le gros Gaston, notre toutou si doux, qui nous a quitté, au bout de sa vie. Hier, c’est moi qui t’aurais consolé. Aujourd’hui, c’est toi qui a passé ton bras autour de mes épaules et qui m’a dit que tout irait bien. Ça m’a rassurée.

Je le vois dans tes yeux, parfois, que tu me trouves moumoune. J’ai le droit. Je suis ta mère. Depuis 14 ans.  Eh! que le temps passe vite, hein!

 

Une teen… que je le veuille ou non

Ah! Merveilleuse merveille. Aujourd’hui, tu as 13 ans. 13 ans. J’ai peine à y croire: la vie va trop vite. Pourtant, notre vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Cette dernière année, tu as mûri. Le passage au secondaire, que nous appréhendions toutes les deux, s’est mieux passé que je ne l’espérais. Pas facile, tu as dû apprendre à t’organiser, à faire face à tes faiblesses, toi qui l’avais toujours eu facile au plan académique. Malgré tout, tu nous as impressionnés, en nous demandant à la fin de l’année de t’inscrire à des sessions préparatoires pour tes examens. Et tu as réussi! Un magnifique bulletin, dont tu étais fière et nous aussi!

Tu es de plus en plus belle. Fabuleuse, dis-tu avec une grande modestie! Et même si tu gères de mieux en mieux tes émotions, tu as toujours cette étincelle prête à s’enflammer pour toute injustice réelle ou perçue. Je te vois, avec les touts petits qui nous entourent, douce et maternelle, et la seconde d’après prête à mordre pour défendre tes droits. Tu es toujours ma belle rebelle, ma perséide. Tu commences à parler d’université, en nous avisant que tu auras le goût d’étudier « ailleurs »: Harvard, Oxford, Standford… Tu vises haut, puis tu doutes.

Cet été, toi et tes copines avez reculé les limites de votre liberté: vélo, piscine familiale ou municipale, cinéma, musée, spectacles et backstages… C’est l’été de tes 12 ans, un été qui ne reviendra pas. Tu en as profité, tu t’es épanoui, tu es devenue plus sage, mais également plus ouverte aux autres.  Puissent les prochains étés être aussi plein d’aventures et de découvertes. Tu ne veux pas me l’entendre dire, mais ces années seront les plus belles de ta vie, même si elles te paraissent difficiles. Elles seront difficiles pour moi également: de te laisser ouvrir tes ailes et ne pas te montrer mon inquiétude, faire confiance aux bases que nous t’avons données et te laisser tester mes limites, c’est pas simple ma cocotte!

Demain, nous partons toi et moi en voyage, ton papa ne pouvant nous accompagner. J’ai hâte, ma choupinette, de passer ce temps avec toi, de découvrir avec toi ce nouveau pays. Qui sait? Peut-être pourrons-nous en faire une nouvelle tradition.

Ce matin, nous t’avons trouvé endormie sur le divan du salon. Ce grand corps de femme, c’est quand même ma fille, ai-je pensé. Avec une immense bouffée d’amour. La même bouffée d’amour qu’au moment où nos regards se sont croisés pour la première fois.  Depuis 13 ans tu fais ma joie et mon bonheur. Je t’aime, ma toute belle rebelle. Maintenant, vas faire ta chambre!!!

 

Rituels et autres considérations pascales

Hier soir, nous étions invités à une soirée. En compagnie de gens bien (non non, je ne nommerai personne!). Mais surtout, nous avons été invités à partager le rituel de Pessah, la Pâque juive. Entre nourriture traditionnelle, lecture et chants, la soirée a été fort agréable.  Et s’y sont mélangés des chants irlandais, des conversations qui allaient dans tous les sens et des rires qui ont augmenté au fil du vin versé dans les coupes.

Aujourd’hui, c’est Pâques. À part l’orgie de chocolat, que me reste-t-il des rituels catholiques? Rien. Enfant, je me souviens qu’il aurait été hors de question de ne pas assister aux cérémonies religieuses du jeudi (là où le prêtre lavait les pieds de 12 « choisis »), du vendredi saint – à cette époque, les magasins fermaient à 14h00 – et du dimanche, qui commençait avec la course à l’eau de Pâques, et où les cocos ne se mangeaient qu’après la grande messe. Celle où on étrennait chapeau, manteau et souliers neufs et où c’était officiellement le début du printemps. Sans parler de faire maigre jeûne le vendredi et de mettre fin au carême avec le jambon à l’ananas. C’était aussi le temps du gâteau en forme de lapin, avec le modèle découpé dans « Perspectives » que ma mère faisait, année après année, entouré de paille de couleur et de cocos au sucre. Gâteau qu’elle a fait pour ma fille, poursuivant ainsi la tradition.

J’aime les rituels, j’aime qu’on y porte attention. Ils marquent le temps, l’année. Ils sont un repère, tout comme Noël et la dernière journée d’école. Ils nous aident à perpétuer les traditions familiales. Ils ont un sens, celui qu’on leur donne.

Parce qu’on peut reprocher un tas de choses à la religion catholique, on a jeté le bébé avec l’eau du bain. On tente, parfois maladroitement, de recréer des rituels. J’ai assisté à une cérémonie funéraire, il y a quelques mois. J’écris cérémonie, mais ce n’est pas le bon mot. Dans une salle, un vidéo du « disparu » qui tournait en boucle. Des gens qui jasaient, comme dans une soirée mondaine. Rien, pas un mot, sur la peine et la douleur des gens qui lui survivaient. Pas de place pour ça. On occulte la mort, on vous regarde de travers quand après trois jours, on ose dire qu’on a de la peine. Pourtant, les rituels anciens de la mort avaient pour but d’apprivoiser l’absence et de faire savoir à tous qu’on était plus fragile.

À force de tout vouloir réinventer, passe-t-on à côté de quelque chose? Que vais-je laisser à ma fille qu’elle aura envie de passer à ses propres enfants? Qu’elle refera en ayant une pensée, si petite soit-elle, pour sa propre mère qui faisait les mêmes gestes que sa mère à elle? Matière à réflexion…

Joyeuses Pâques!

 

 

De la fragilité

Ce texte fait partie de la série initiée par Clément Laberge, » 10 minutes, pas une de plus », et inspiré par un texte de mon amie Sophie 

 

Encore une fois, on a passé le cap. Le premier de l’An. Pleins d’espoirs, d’objectifs, de résolutions. Pleins de bonne volonté, d’amour du prochain, d’envie de changer le monde. On a fait son bilan perso le 31 au soir, écouté le Bye Bye pour le critiquer et avoir un sujet de conversation au retour au travail. On a échangé des voeux avec amis réels et virtuels.

« La routine habituelle, quoi » disait je ne me souviens plus quel personnage d’une série pour enfants que j’ai tant écouté petite. Pourtant, plus j’avance en âge, plus cette routine prend de l’importante. Ou plutôt, devient rassurante. Elle m’ancre et m’encre dans ma vie.

Cette année, tous les plans faits depuis quelques mois pour la période des fêtes se sont retrouvés chamboulés. Et j’ai passé, avec une amie, la soirée du premier de l’an dans une salle d’urgence. Rien de grave, mais un formidable observatoire de la nature humaine.

Question de réaliser, une fois de plus, la fragilité de la vie et de nos certitudes. Question de ne rien prendre pour acquis et de profiter de chaque seconde. Question de ne plus remettre à demain.

TIme is up. Temps de retourner à ma vraie vie!