Le dernier droit

Ça y est. Dans moins de 26 jours, j’y serai.

Pourtant, j’étais zen. Après tout, ce n’est qu’un chiffre. L’important, c’est comment on se sent dans son corps, non? Et dans sa tête, hein? L’idée même de souligner, avec les gens que j’aime, cet anniversaire charnière me séduisait. Ben oui, faisons un gros party, invitons les amis, fêtons, célébrons! Après tout, ça se mérite, le demi-siècle.

Pourtant, j’étais zen. Bon, disons que cette année, les conditions gagnantes ne sont pas tout à fait réunies. L’incertitude au travail n’aide pas. La fatigue aussi, avec ce drôle d’hiver qui n’en finit pas de ne pas savoir s’il fait froid, chaud, tiède, neige, pluie.

Pourtant, j’étais zen. Jusqu’à une discussion avec ma mère qui m’a avoué ne plus dire l’âge de son ainée (moi) parce que ça la vieillit trop!

Le temps de verbe, ici, est important. J’étais. Je ne le suis plus. Plus du tout. Les cheveux blancs, les pattes d’oie, les articulations récalcitrantes, les symptômes de la pré-ménopause… arggggg! Je ne veux plus. Je ne veux pas! Rien! Pas de party, pas un mot, pas une seule allusion. Rien. Rien du tout! Forever 49! Compris????? F.O.R.E.V.E.R. 49. Point à la ligne.

…..

Ce moment de panique était une gracieuseté de mon calendrier qui m’a rappelé que je venais d’entamer le dernier droit.

Mammouth, si tu me lis, pas nécessaire de tout canceler… j’ai le temps de changer d’idée :-)

 

Clash de valeurs ou de générations?

Être quinquagénaire, c’est se rappeler qu’on a été élevée avec des valeurs fondamentales: l’honnêteté, l’intégrité, la reconnaissance et le don de soi. Et essayer de mettre ces valeurs en pratique tous les jours, même quand c’est difficile, même quand on a l’impression d’être la seule à les pratiquer.

Le soir, j’arrête toujours au dépanneur de la gare du train du retour. Tenu par deux frères, européens, d’un certain âge pour ne pas dire d’un âge certain. Depuis le temps, on a développé nos petites habitudes: quelques fois, je leur demande de me vendre le billet gagnant du 6/49, en leur promettant un voyage dans le Sud si jamais je gagne le gros lot. À chaque fois, quand je vérifie si la chance m’a enfin choisie, je leur fais la même remarque qu’en fait de Sud, c’est Longueuil qui nous attend s’ils ne font pas un effort. Quand je sors plus tôt, ou plus tard, ils commentent sur le fait que ce ne sont pas des horaires pour une maman. En hiver, leur kiosque est au milieu des grands vents glaciaux. En été, ils s’épongent au soleil qui plombent dans leur dos. Mais hiver comme été, ils sont souriants, gentils, attentionnés.

En début de semaine, arrivée à la dernière minute, j’arrête chercher un paquet de mouchoirs, tend un 20$ et reprend la monnaie que le plus âgé des deux me redonne et je m’engouffre dans le train. Ce n’est que rendue à la maison que j’ai réalisé qu’il m’avait redonné 5$ en trop.

J’aurais pu ne rien dire. J’en étais bien incapable. À eux deux, ils ne doivent pas gagner le tiers de mon salaire. Et ils le gagnent dans des conditions que je ne supporterais pas. Vous me direz que 5$, ce n’est rien, mais quand on gagne sa pitance dans de pareilles conditions, ce n’est pas rien.

Hier, comme j’étais en avance, j’ai tendu le 5$ en lui disant que si sa caisse ne balançait pas depuis mardi, c’était parce qu’il m’avait remis trop d’argent. Il m’a regardé, yeux grands grands grands, et a pris l’argent. Puis, il a crié à son frère, qui était un peu plus loin, de venir ici. Dans une langue que je ne comprends pas, il lui a dit quelques mot. Alors le plus âgé des deux s’est approché de moi, a pris ma main et y a déposé un baiser. En me disant que lui et son frère étaient touchés par mon honnêteté, et qu’ils aimeraient bien que j’accepte une barre de chocolat…

Je me suis questionnée tout le long du trajet du retour. Touchés par mon honnêteté? Est-ce à ce point rare? J’aurais fait la même chose à l’épicerie. Bien sûr, mon Provigo n’est en rien comparable à ce petit dépanneur, mais c’est souvent la caissière qui verra son chèque de paye amputé du montant manquant dans sa caisse à la fin de la journée. Pourquoi je la pénaliserais? Et si c’était moi? J’aimerais bien qu’on me remette l’argent manquant. Le montant importe peu, c’est le principe qui compte.

J’ai raconté l’anecdote à Merveilleuse merveille ce matin. Qui m’a dit qu’elle, elle aurait gardé l’argent. Ai-je manqué à ce point son éducation? Je lui ai expliqué pourquoi j’avais agi ainsi, et que je souhaitais qu’elle réfléchisse, elle aussi, à comment elle réagirait si c’était elle à qui il manquait de l’argent. Elle m’a regardé, puis m’a dit… « ben là, 5$, maman, c’est rien! »

Ont-ils donc si peu la notion de l’argent? Les a-t-on trop gâtés? Je me questionne. Mais je n’ai pas de réponse. Ça me chicote. Est-ce une divergence de valeurs, ou simplement un choc des générations? J’ai lu, je ne sais plus ou, qu’ils ne faut jamais oublier que nos enfants rois seront demain ceux qui prendront soin de nous quand nous serons vieux. J’avoue: ça me fait peur.

 

La dame du train

Et il revint vers le renard:

– Adieu, dit-il…

– Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

– L’essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.

– C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.

– C’est le temps que j’ai perdu pour ma rose… fit le petit prince, afin de se souvenir.

– Les hommes ont oublié cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l’oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose…

– Je suis responsable de ma rose… répéta le petit prince, afin de se souvenir.

Antoine de St-Exupéry, le Petit Prince, chapitre 21

Chaque matin, je prends le train. Depuis des années, à la même gare. Et à chaque mois de septembre, quand la routine reprend vraiment, il y a toujours une nouvelle madame qui distribue le journal gratuit. Vous savez, ces gens qu’on ne remarque pas, qui font partie du paysage?

Cette année, la dame est particulièrement timide. Elle nous tend le journal, sans dire un seul mot, sans même oser nous regarder. À chaque fois, j’essaie d’imaginer sa vie. De toute évidence, elle ne l’a pas eue facile. Elle essaie de se fondre dans le paysage, malgré son dossard voyant.

Depuis septembre, tous les matins, je prends le journal qu’elle me tend en lui disant merci et je lui souhaite une bonne journée. Le vendredi, je lui souhaite un bon weekend. Pour moi, c’est du savoir-vivre. Après tout, qu’il fasse -30 ou qu’il pleuve, elle est là, fidèle au poste. La moindre des choses est de lui dire merci, non?

Depuis peu, elle ose me regarder. Même me dire merci et bonne journée. Et cette semaine, elle a même soutenu mon regard, avec un sourire éblouissant. J’ai eu envie de lui demander ce qui me valait cet honneur, mais je n’ai pas osé. J’ai quand même souris quand, en réponse à ma question sur son prénom, elle m’a répondu « Rose »… ça m’a fait penser au Petit Prince. Yup, désormais, je me sens responsable de la rose que j’ai apprivoisée…

La Saint-Laventin

Petite, Merveilleuse merveille avait toujours hâte à la Saint-Laventin. Et je n’ai jamais voulu corriger ce mot d’enfant, que je trouvais si joli et avouons-le, moins commercial… Vous vous voyez, entrant chez le fleuriste, lui demander 12 roses à longues queues pour célébrer la St-Laventin?

Son professeur a eu une très belle initiative: elle a demandé à tous les parents, dans le plus grand secret, d’écrire une lettre d’amour à notre enfant, qu’elle lira cette semaine. Je me permets donc de reproduire ici ce que Mammouth et moi avons écrit à notre fille adorée:

Ma toute belle,

Cette semaine, c’est la fête de l’amour. Celle des amoureux, bien sûr, mais aussi celle de  l’amour que nous avons pour toi.

Depuis ta naissance, tu as illuminé nos vies. À chacun de tes anniversaires, je me rappelle cette journée magnifique d’août 2002, quand tu as fait ton entrée dans notre famille. Belle, déjà curieuse de ne rien manquer, tu as tout de suite conquis tous ceux et celles qui t’approchaient.

Tu es née avec les perséides et tu leur ressemble : vive, pétillante, tu peux aussi cracher le feu. Mais, à chaque fois que notre regard se pose sur toi, nous faisons le vœu que ta vie soit douce et à la hauteur de tes rêves les plus fous.

Tu es curieuse, avide d’apprendre. Tu es d’une générosité sans bornes  avec tes ami(e)s. Tu adores t’occuper des petits, et tu feras une gardienne extraordinaire. Ton cousin T. est chanceux de t’avoir comme grande cousine, et je suis sûre que bientôt, il te regardera comme son idole. À condition que tu apprennes les règles du football!

Tu es aussi courageuse, ma toute belle. Et rebelle. Tu es notre toute belle rebelle. Parfois, tes beaux yeux s’assombrissent, parce que tu as de la peine ou de la colère. Nous sommes très fiers de toi : tu as appris à nommer ce qui te dérange, et tu deviens chaque jour celle que tu veux être.

Tu es pleine de talents, à toi de décider ce que tu en feras. Seras-tu écrivaine, toi qui aime tant lire? Journaliste? Gymnaste internationale? Vedette de la chanson?

 Peu importe tes choix, nous serons derrière toi. Parce que nous t’aimons, inconditionnellement. Pour rien au monde, nous ne t’échangerions contre une autre : tu es notre fille, notre  rayon de soleil.

Passe une bonne journée! Qu’elle soit remplie d’amour et d’amitié… et de chocolat!

L’amour, ce n’est pas que le 14 février. Et le temps à aimer les nôtres passe toujours trop vite. Allez! Vite à vos crayons pour écrire un petit mot, même pas une phrase, à ceux que vous aimez. Croyez-moi, ça vaut encore plus cher que toutes les boîtes cheap en forme de coeur achetées, même avec amour, chez Jean Coutu!

Y’en aura pas d’facile

C’est ce que je me dis tous les matins. Et tous les soirs. Et parfois plusieurs fois dans la journée.

On le savait, le prochain budget va sonner la fin d’emploi pour plusieurs de mes collègues, de mes employés voire même de certains patrons. L’échéance se rapproche, et m’oblige à utiliser toutes mes forces, mais aussi mes faiblesses de gestionnaire. Parce qu’il n’y a pas de honte à admettre que nous ne sommes pas parfaits. Mais on dirait que c’est plus facile de dire que nous ne sommes pas parfaites…

Je regarde mes collègues qui vivent, en même temps que moi, ces temps troubles. Tous et toutes, nous réagissons avec notre propre expérience, notre propre bagage émotionnel. Et sans vouloir faire du sexisme, mes collègues féminines ont eu moins de pudeur à montrer que les choix que nous devrons faire nous atteignent. Profondément. Je suis toutefois persuadée que mes collègues masculins le vivent aussi durement, mais le vivent autrement.

En réunion d’équipe, vendredi, j’ai dit à ma gang que je leur demandais de faire un acte de foi, de me faire confiance. Qu’au final, nous serions probablement moins dans quelques mois, mais que j’avais travaillé, avec mes autres collègues, en les gardant tous et chacun en tête, parce qu’en bout de piste, j’aurai été équitable, transparente et juste. Je sais qui vient d’avoir un bébé, qui vient d’acheter une maison, qui prend soin de ses parents âgés, qui a un conjoint qui vient de perdre son emploi. Peu importe qui seront les perdants et les survivants de l’exercice, il y aura, derrière le papier officiel, un drame humain plus ou moins grave. Un humain qui sera affecté pour quelques jours, quelques semaines, ou plusieurs mois.

Et il y a moi. Personne ne m’a dit que mon poste serait préservé. Il se pourrait que je sois moi-même sur le marché des « agents libres » d’ici quelques semaines. Je ne suis pas angoissée outre mesure, mais ce n’est pas un sentiment agréable. Je me sens prise entre deux feux: être le capitaine de mon  bateau, mener mes troupes à bon port, que ce soit parce qu’ils gardent leur emploi ou que je les aide à se replacer, mais prendre soin de moi également, pour ne pas me retrouver le bec à l’eau.

Garder l’équilibre. Le difficile équilibre entre prendre soin des autres et prendre soin de toi. Ne pas tout donner, mais ne pas tout garder. Séparer l’émotion de la raison, et la raison de la froideur. Laisser le bureau au bureau, et la maison à la maison. En conservant ma santé mentale. Enfin, si tant est que je sois encore en bonne santé mentale :-)

De tous les défis rencontrés depuis que je suis gestionnaire, celui-là sera le plus demandant. J’espère, de tout mon coeur, être à la hauteur. Aux yeux de mes employés, mais aussi à mes propres yeux. Tout ce que j’espère, c’est pouvoir continuer à me regarder dans le miroir, chaque matin, avec le sentiment que j’ai donné le meilleur, que j’ai pris les bonnes décisions.

 

Des nouilles aux restes

Non non, je ne me prends toujours pas pour Martine. Et je n’ai pas envie de transformer mon blogue en blogue de cuisine. Mais quand j’improvise, et que ça goûte si bon, j’ai besoin de garder une trace.

Ce midi, nouilles aux restes.

  • une boîte de macaronis coupé
  • 1/4 tasse de beurre
  • 1/4 tasse de farine
  • 3 tasses de lait
  • muscade rapée
  • une pointe de piment de cayenne
  • sel et poivre au goût
  • 2 tasses de fromages mélangés (restes du plateau de la veille, parmesan, mozzarella, bref, ce que vous avez sous la main)
  • 2 tasses de fleurettes de brocoli (ou restes de légumes de la veille, coupés en petits morceaux)
  • chapelure ordinaire ou panko

Préchauffer le four à 375.

Faire cuire les macaronis selon les indications du fabriquant. Si vous utilisez des légumes congelés, les ajouter aux pâtes pour les 3 dernières minutes de cuisson.

Dans un chaudron à fond épais, faire fondre le beurre et ajouter la farine. Faire cuire en brassant pendant 1 minute, puis ajouter le lait en brassant continuellement, jusqu’à ce que la béchamel soit épaisse. Combien épaisse? Épaisse. Ajouter les fromages, et assaisonner. Vous pourriez ajouter de la poudre d’oignon ou d’ail, de la moutarde sèche, bref, ce qui vous tente. Après tout, c’est votre macaroni.

Incorporer les pâtes cuites et égouttées avec les légumes, mettre dans un grand plat allant au four et couvrir de chapelure. Combien de chapelure? Pour couvrir.

Mettre au four pendant 20 minutes, le temps que la chapelure soit grillée et que le mélange bouillonne. Servir avec une salade verte et/ou des crudités. Écouter, ravie, votre mammouth et les enfants faire menoum. Laver les chaudrons.

 

Je dois être naïve… mais laissez-moi mes illusions

Vous me connaissez, je ne parle jamais politique. Ou si peu. Et c’est pas parce qu’on est en 2012 que je vais déroger de cette règle. Par conséquent, je ne commenterai pas les commentaires d’un père blessé à mort, mais qui oeuvre dans le public.

Ce qui me trouble, dans cette histoire, ce ne sont pas ses remarques. Chacun a droit à ses opinions. Et je me garde le droit d’être d’accord ou non. Je peux même comprendre: si quelqu’un s’attaquait à merveilleuse merveille, mon premier réflexe serait de vouloir lui faire autant de mal qu’il lui en a fait. Physiquement mal, je veux dire. Dans le genre arracher les yeux, arracher les couilles, dépecer. Bon je sais, j’ai pas l’air d’être violente et au fond, je ne le suis pas. Mais je peux comprendre que mise devant la situation d’être dépouillé des êtres qu’on aime le plus au monde, le monstre en soi prend toute la place.

Non, ce qui me trouble depuis hier, ce sont les commentaires que j’entends autour de moi. Commençons par un aveu: malgré le  paragraphe précédent, je suis contre la peine de mort. Profondément contre. Je ne crois pas à la loi du talion. Outre une satisfaction immédiate, il me semble que le fait d’emprisonner à vie est beaucoup plus rough que de mourir au bout d’une corde. Savoir que plus jamais on n’aura la liberté de ses actes et de ses mouvements, ça me semble encore plus terrifiant que de mourir.

Et puis, la peine de mort me semble être un symbole d’une société barbare, et malgré la tendance droite-drette-droitiste que prennent parfois le Québec et le Canada, je ne considère pas vivre dans un pays de cowboys. Enfin, c’est ce que je pensais.

J’ai été estomaquée par les remarques entendues sur le sujet aujourd’hui. Des gens que je côtoie tous les jours, que je considère, m’ont servi des énormités. Dans le genre:

  • Sont traités comme des rois en prison, pis on paye pour ça.
  • Ben oui ça se pourrait une erreur judiciaire, mais on fait pas d’omelettes sans casser d’oeufs.
  • Tsé, y méritent juste ça ces crottés là.
  • Il est temps qu’un gouvernement mette ses culottes, chu tanné de voir que mes taxes servent à ça. Moi, les Shaffira, j’enverrais ça se faire lapider dans leur pays.

Mais la meilleure, celle qui m’a touchée en plein front, c’est « on sait ben, toi, t’excusais Turcotte! Dans le fond, t’es une naïve de gauche, qui pense encore que tout le monde est beau, tout le monde il est gentil ».

Ma chum Sophie m’avait bien fait rire en me disant qu’elle est une hippie de garde-robe. Serais-je donc une Mère Térèsa qui refuse de sortir du placard?J’avais vu les chiffres d’un sondage qui indiquait que 69% des Québecois sont pour la peine de mort. Mais j’avais pas enregistré l’ampleur, je pense. Pour moi, ça fait partie des contradictions qui nous habitent comme peuple: on vote NPD en masse, mais on est pour la peine de mort. On fait pas dans la nuance. Plus du tout.

Non, je ne crois pas que tout le monde est beau, tout le monde il est gentil. Il est plein de cons, d’abrutis, de méchants tawins et de dangereux malades. Il est pas tout noir, ni tout blanc. Mais qu’on en soit à utiliser des arguments économiques dans un débat profondément moral, ça me chavire. En fait, c’est pire: on ne débat pas, on répète comme des perroquets des arguments gros comme des troncs d’arbre, sans même se demander s’ils tiennent la route.

Laissez-moi mes illusions: je ne veux pas vivre dans une société prête à prendre le risque d’une erreur judiciaire, parce qu’on ne fait pas d’omelettes sans casser d’oeufs. J’ai pas envie de vivre dans une société qui pense qu’on va régler des problèmes de criminalité – d’ailleurs, à part les cas sensationnels, je ne crois pas qu’on vive dans un monde hyper criminalisé! – en mettant à mort les coupables.

Ce matin, au déjeuner, j’ai eu une conversation avec merveilleuse merveille, qui voulait comprendre l’affaire Shaffia. On a parlé des talibans, de sociétés ou les femmes n’ont pas leur mot à dire, du père qui décide qui sera ton amoureux. Elle m’a dit qu’elle ne supporterait pas ça et a conclu en disant qu’on était chanceux de vivre ici, dans une société tolérante. Merveilleuse merveille, j’aimerais ça partager ton optimisme. Je suis de moins en moins sûre qu’on vit dans une société tolérante. Mais ici, dans ta maison, dans ta famille, ça reste une valeur fondamentale. T’en fais pas.

Dans la tempête

Aller retour à Québec la semaine dernière. Pour une session de travail avec des collègues. Dans la tempête, la vraie et celle que nous traverserons cette année.

Jeudi soir, je suis allée souper avec une copine pas vue depuis longtemps, qui m’a fait découvrir le secret le mieux gardé de Québec en termes de restaurant: la « Cohue ». J’y ai mangé un des meilleurs tartares de ma vie, meilleur que celui de l’Express, c’est pas peu dire! Et le service? Courtois, impeccable. Vraiment, j’ai hâte d’y amener le Mammouth.

Mais ça aurait tout aussi bien pu être une poutine Ashton. Le vrai plaisir, outre celui de la table, était bien plus dans la conversation avec Esther. Ça faisait une éternité que nous n’avions pas échangé, en plus de 140 caractères. La maternité m’accapare moins – il était temps, direz-vous, Merveilleuse merveille a 9 ans!, je redécouvre le plaisir de ces conversations de filles, à la fois tellement futiles et profondes. Et j’en aurai bien besoin, cette année, de ces conversations.

Tempête donc, dans mon milieu de travail. Bien sûr, personne ne pleurera le sort de fonctionnaires, déjà grassement payés pour ne rien faire dans l’esprit de bien des gens. Il est vrai que comparé aux travailleurs de White Birch, à ceux de Mabe et à combien d’autres, notre sort est enviable, les conventions collectives garantissant quand même des conditions de fin d’emploi qui sont plus qu’acceptables. N’empêche. Perdre son emploi, ce n’est pas jojo. Pour personne. Et derrière tous ceux qui risquent de passer à la moulinette, il y aura des drames humains: certains ont des conjoints malades, d’autres de jeunes enfants, ou alors viennent de s’acheter une résidence. Et comme gestionnaire, il faudra gérer la décroissance, en gardant le cap sur l’objectif, tout en s’assurant que les gens seront traités humainement, respectueusement.

Et moi? Moi aussi, je pourrais y passer. Il est vrai que pendant 20 ans, je n’ai eu aucune permanence, aucune sécurité d’emploi. Quand tu travailles en politique, tu sais à quelle heure tu entres au bureau le matin, mais tu ignores à quelle heure tu en sortiras et surtout, si tes services seront requis le lendemain. J’ai appris à vivre avec cette incertitude, qui n’est jamais devenue une angoisse. Il y a donc une partie de moi qui se dit qu’on traversera le pont quand on arrivera à la rivière et que y’a un Bon Dieu pour les Marie-José. L’autre fait « shit! » – j’ai presque 50 ans, une jeune famille et des obligations plates comme une hypothèque et un prêt auto. Me semble que j’aurais aimé ça, un bout tranquille.

Ai-je envie de tout recommencer? De repartir à zéro dans une autre sphère que je ne connais pas? En fait, je vaux quoi sur le marché privé?  Je n’en ai aucune idée. Ma seule certitude, c’est que j’ai Mammouth derrière moi. Qui, peu importe ma décision, sera solidaire et aidant. Mais je demeure optimiste: j’ai toujours su tirer mon épingle du jeu, et cette fois-ci ne sera pas différente. J’ai toujours pensé, et dit, que lorsqu’une porte se ferme, c’est qu’une fenêtre s’ouvre, souvent sur un paysage encore plus fabuleux. Alors j’ouvre mes fenêtres, je me mets en état de disponibilité et je fais confiance à la vie. À ma vie.

Tempête itou au plan médiatique. Le verdict vient de tomber sur le procès Shafia. Je suis heureuse de vivre dans un pays ou ce genre de crime n’est pas accepté et acceptable. Mais je vois tout de suite les comparaisons oiseuses qui se feront entre ce verdict et celui de l’affaire Turcotte. Dans un cas comme dans l’autre, le verdict ne ramènera pas les victimes. Il est là, le malheur. Pas dans le bruit autour.

Je fais le plein, ce weekend. De repos, d’amour et de tranquillité. Nous retournerons au patin, Merveilleuse merveille s’étant découvert une passion pour ce sport et ma banlieue mettant à la disposition des familles des heures de glace gratuites. Ne serait-ce que pour ça, les 4 heures de transport en commun quotidiennes me semblent moins lourdes.

Et quand nous reviendrons, le chili amoureusement concocté par le Mammouth sera prêt, le vin sera bon et la soirée sera tranquille. Demain, la tempête reprendra. Demain. D’ici là, c’est le calme. Et c’est très bien ainsi.

 

Apprécier, les petites choses comme les grandes

Hier soir, par hasard (… genre!) , nous étions chez quelqu’un qui célébrait son 40e anniversaire. Belle foule, bonne bouffe, bons vins. Une soirée agréable, une soirée d’adultes, des conversations légères ou plus profondes, des rires. Un discours du fêté, qui soulignait qu’il se sentait choyé, non seulement matériellement, mais surtout d’être entouré d’amis et de gens qu’il aime et qui l’aime en retour. Une belle soirée.

Aujourd’hui, il fait froid. Je suis aussi choyée: une maison chaude, des enfants qui vont bien, une merveilleuse merveille qui a joué dehors toute la soirée hier et toute la matinée ce matin et qui en a rapporté de belles joues rouges, un chum aimant, un gros chien idiot. De la bouffe en masse dans le frigo. Et j’apprécie. Moi aussi je me sens privilégiée.

Bien sûr, il y a parfois l’angoisse. Les prochains mois seront rock & roll au travail, et j’ignore si je ne serai pas moi-même à la recherche d’un emploi quand l’automne arrivera. Mais je refuse que cela me gâche le moment présent. On verra, dirait Legault. C’est en plein ça, on verra et on traversera le pont en arrivant à la rivière. Et s’il n’y a pas de pont, on nagera! Pour l’instant, je savoure mes bonheurs, les petits comme les grands.

Parmi ceux-ci, mon cadeau de Noël. « L’art de vivre, selon Joe Beef« .  J’aime les livres de recettes, même si je ne les suis pas. Mais depuis Les Pinardises, je n’avais pas eu autant de plaisir à lire un livre de cuisine, et à rire au fur et à mesure de ma lecture. Un extrait:

« Un jour, un cuisinier préposé aux légume en plein lendemain de veille a concocté une assiette de polenta grumeleuse de piètre qualité. C’était un plat au menu, alors il nous était impossible de la remplacer par des carottes et un mot d’excuse. Nous l’avons donc simplement passée dans le presse-purée. Quand elle en est ressortie, elle frisait la perfection, sans grumeaux et semblable à du riz, fondant doucement dans le beurre. Nous étions quatre adultes à observe ce phénomène, toujours aussi fascinés par le presse-purée et par les gros seins » .  De la poésie, j’vous dis!

Écouter France Beaudoin le samedi soir, ça aussi c’est un petit bonheur. Une belle heure d’émotions, de chansons qu’on aime, une belle heure de télévision intelligente. Tout comme la nouvelle série Apparences, dont je suis devenue accro en 15 minutes.

J’ai quasiment l’air de radoter, à parler encore une fois de gratitude. Mais parfois, quand on remet à plus tard, il est trop tard. Merci donc, pour les petites comme pour les grandes choses de ma vie.

 

De retour à notre programmation régulière

Sapin défait, décorations rangées, reconfiguration du salon, balayeuse pour ramasser les zillions d’aiguilles qui se sont infliltrées sous les tapis et dans les craques du plancher: ça sonne la fin de la période des fêtes, cet espace/temps ou les règles sont plus souples pour les repas, les dodos, etc… C’est aussi le retour de la course du matin, pour s’assurer que le lunch est soutenant et chaud, que Merveilleuse merveille a tout ce qu’il lui faut, que les devoirs sont faits, les papiers de l’école signés. Bref, c’est le retour à la programmation régulière, petit coup à donner jusqu’à la relâche de mars.

C’est aussi la découverte de la programmation télévisuelle d’hiver, plaisir coupable s’il en est un. J’ai très hâte à Apparences: j’ai adoré Aveux et mes attentes sont élevées, meilleur moyen d’être déçue, je le sais. Je retrouverai Trauma avec plaisir, et O’ m’attire, surtout pour Guy Nadon que j’aime d’amour.

J’entre en hibernation. Je déteste le froid et l’hiver. Mais comme j’habite une banlieue formidable, j’aurai plein d’occasions de me confronter à l’hiver. J’ai appris récemment que ma ville offre du patinage libre tous les samedis soirs et les dimanches après midi, tout à fait gratuitement, à l’aréna. Merveilleuse merveille, qui a découvert le patin l’an dernier, m’y a trainé hier. Et m’a fait promettre que nous y retournerions tous les dimanches. Bon, je n’ai pas patiné hier, puisque j’avais prêté mes patins à l’amie de merveilleuse, mais je compte bien me reprendre dimanche prochain. Je n’aurai pas honte du tout de m’agripper à une chaise pour faire maladroitement 2 tours de patinoire, avant de m’effondrer sur le banc des joueurs. Vous ai-je dit que je n’ai rien d’une athlète, encore moins d’une sportive? Mais bon, si l’amour d’une mère peut transporter des montagnes, il peut sans doute aider dans l’accomplissement d’un tour de piste ou deux…Je reprend le yoga la semaine prochaine. Si je survis jusque là. Parce que m’écouter, je me blottirais sous la doudou jusqu’en mai. Mais comme il faut bien gagner sa vie…

Et ne vous en faites pas, même si l’apparence du blog a changé. Je remets les liens vers mes blogs préférés dès que j’ai une minute.