Le poids du pouvoir

J’aurais voulu écrire un texte sur l’angoisse qui m’habite depuis que j’ai vu le regard fou du tueur aux nouvelles. Ou sur la tristesse immense qui m’a envahie à regarder le reportage de RDI sur ces fillettes anorexiques. J’ai commencé plusieurs textes, mais les mots n’arrivent pas à exprimer mes sentiments. J’ai besoin de décanter un peu. Alors allons-y pour un sujet plus léger, presque printanier, et j’ai nommé la politique!

J’ignore comment l’histoire jugera de ce nouveau cabinet Charest, pour paraphraser Bernard Derome, avec qui il vaincra ou il périra. Des idées intéressantes, du sang neuf, de la continuité, mais des dangers certains.

Oui, c’est agréable de voir qu’on a pensé à nommer autant de femmes que d’hommes. Après tout, nous sommes 52% de la population, non? Et on ne les a pas confinées au rôle de potiche ou de plante décorative, dans des ministères gnangnan. Et c’est justement ça qui me turlupine…

Certaines d’entre elles ont des méga-ministères. Monique Jérôme-Forget a non seulement les cordons de la bourse, elle a la sacoche au complet, que dis-je, le magasin de sacoches à elle seule. Michelle Courchesne hérite de deux ministères qui vivront des chambardements majeurs dans les prochains mois: pas facile de dégeler les frais de scolarité, vache sacrée s’il en est une, et de gérer la grogne sur notre système de garderies. Line Beauchamp devra faire contrepoids à John Baird, démagogue comme pas un et garder le cap sur la volonté populaire d’être plus vert sans avoir à en payer le prix. Julie Boulet devra se débrouiller avec la patate chaude que deviendra inévitablement la Commission Johnson et gérer les attentes que génèrent un ministère disposant de moins d’argent et d’entrepreneurs avides de contrats. Christine St-Pierre fera son apprentissage du milieu politique en même temps que celui du milieu artistique, tout en réinventant le féminisme moderne. Yolande James devra quant à elle manoeuvrer dans le débat de société le plus tordu de l’heure, celui des accomodements raisonnables.

Je veux être claire: je ne doute aucunement des compétences de ces ministres. Même qu’elles feront probablement un meilleur travail que les hommes, conscientes qu’elles seront du regard que posent maintenant sur elles tous les observateurs. Mais elles ne sont pas infaillibles – y’a que le pape qui l’est, et encore! Je ne veux pas non plus insinuer qu’il y ait un complot anti-féministe dans l’entourage du PM. Et je ne peux m’empêcher de me questionner.

Qu’arrivera-t-il si, au lendemain de la prochaine élection, le gouvernement Charest mange une raclée? Entendra-t-on, tout bas pour ne pas être politically incorrect, chuchoter que des hommes auraient géré autrement et que le résultat aurait été différent? Leur fera-t-on porter le blâme?

Le plafond de verre existe en politique pour les femmes au Québec. Pauline Marois n’aurait jamais pu être chef du PQ, pas plus que Lise Bacon ne pouvait prendre le PLQ suite au départ de Bourassa. Les grands financiers ne sont pas derrière elles. On peut prétendre le contraire, mais c’est encore, en 2007, la réalité.

Pour fracasser ce plafond de verre, nos ministres ont maintenant le poids du pouvoir. Je souhaite qu’on leur donne les moyens d’être bien entourées, pour partager ce poids. Je souhaite que nous, femmes de tous horizons, ne les jugions pas à l’aulne du « deux poids deux mesures » traditionnel. Le vrai test de l’évolution de notre société, il se fera beaucoup sur comment nous évaluerons ce nouveau conseil des ministres. Sans égard pour le sexe du porteur de ballon.