La jalouserie

Commençons cette semaine qui s’annonce magnifique par un aveu. Un aveu de taille. Je suis atteinte de jalouserie. Oui, tel que vous me lisez, je suis jalouse.

D’une autre femme? Que nenni! Bien que je sache que mon Mammouth charme par sa voix radiophonique des milliers de femmes chaque semaine, je crois notre amour assez solide. Bon, je m’inquiéterais si l’une d’elle avait droit à son risotto aux pleurotes – après tout, c’est ce qui m’a fait succomber, moi!

Non, le sentiment qui m’habite est d’un tout autre ordre. Serais-je jalouse du talent des autres? Que nenni non plus! J’ai l’humilité assez humble pour reconnaître que je n’écrirai jamais comme Chroniques blondes ou Martine, que je n’ai pas l’humour de Mère indigne ou de Déesse dodue, et que mes péripéties maternelles n’arrivent pas à la cheville de celles d’une Couvée de princesses.

Non plus que je n’aurai la chance, comme Sarah-Émilie ou mon chauffeur de taxi préféré, de passer une soirée à signer des autographes. Émilie a écrit un roman, la Danse de l’esquive, que je vous recommande fortement. L’intrigue est bien construite, et alors que vous pensez savoir ce qui va arriver, oups! Elle vous entraîne ailleurs. J’ai bien hâte d’assister au lancement officiel, le 6 octobre prochain.

Non, ma jalouserie n’est pas littéraire. Elle n’est même pas culinaire. Non, je n’envie pas ces femmes capables de vous faire un Ceviche au shiso vert et aux pétales de souci en allaitant la p’tite dernière, ni même une tarte aux pommes à faire saliver un moine bouddhiste. Ma tarte au chocolat shirrif satisfait mon homme et ma fille, alors on est heureux comme ça.

Non, ma jalouserie est de nature, comment dire, plus basique. En fait, moi aussi je veux, depuis des années, éprouver la solidité de mon couple en vivant une épreuve quasi initiatique. Nah! Pas de baignade à moitié tout nu dans les eaux froides du Labrador pour nous! Ni même d’escalade du Mont Blanc en gougounes de plage. Non, je parle de la vraie épreuve, celle qui scelle la complicité d’un couple: les rénovations!

Je jalouse Martine et son doux qui ont refait pendant un an leur salle de bain, et pendant quelques mois leur sous-sol! Je suis verte à la pensée de la jolie Julie de chez Rona qui refait, bédaine par en avant, l’intérieur de sa modeste demeure! Voilà, c’est dit! Verte, je vous dis!

Enfin, jusqu’à hier.

Parce que depuis une heure, l’ouvrier pioche, coupe, scie, cloue, fait du bruit dans la salle familiale du sous-sol! Et si tout va bien, nous serons ce soir les heureux propriétaires d’un beau plancher qui remplace l’horrible tapis gris dont nous avions hérité avec l’achat de la maison.

Et notre couple? Mammouth travaille dans son bureau, 2 étages plus bas, et je suis à mon ordinateur, à la mezzanine. C’est du solide, notre affaire! Pas une seule engueulade depuis le début des travaux!