Salut Benoît!

Je viens de voir aux nouvelles que le député de Repentigny, Benoît Sauvageau, est décédé ce matin d’un accident bête de la route. J’ai fermé les yeux et j’ai revu Benoît…

Non, nous n’étions pas des intimes. Nous avons cependant, chacun de notre côté de la « barrière » travaillé ensemble sur un dossier d’immigration, il y a quelques années. Nous avions convenu que nous ne voulions pas faire de petite politique sur le dos d’êtres humains qui vivaient alors un drame. Benoit et moi avons cherché des solutions, dans le respect de nos contraintes respectives et nous avons réussi. Il aurait pu s’attribuer tout le crédit, dire que grâce à lui, ces gens pourraient revenir s’établir au Québec, que ça prouvait l’utilité de sa formation politique à Ottawa. Non. Il a tout simplement dit qu’il était heureux que le dossier se règle, avec la collaboration de la ministre responsable du temps. Pas sûre que son chef avait apprécié, m’enfin…

Il n’était pas bien vu à l’époque de « traverser » les barrières à Ottawa.C’était, et c’est probablement encore vu, comme fraterniser avec l’ennemi. Or, j’ai un souvenir vivace d’une conversation téléphonique, un vendredi très tard en après-midi. Je lui disais que bien que nous étions partagés sur l’avenir du Québec, j’avais néanmoins – et j’ai toujours – un énorme respect pour les gens qui ont le « guts » de mettre leur visage sur un poteau pendant une campagne électorale. Peu importe la couleur du parti. Benoît m’avait alors fait un vibrant plaidoyer sur la nécessité pour notre génération (nous sommes du même âge) de s’impliquer et de faire bouger les choses. J’avais conclu en riant que décidément, je n’avais pas l’abnégation nécessaire. Benoît a été un des derniers à qui j’ai parlé quand j’ai quitté le monde politique, et il m’a simplement dit qu’une fois mon « trip de maternité passé », j’y reviendrais, puisque j’avais « ça » dans le sang… T’avais tort, mon vieux! Plus ça va, et moins j’ai envie d’y retourner, dans ce milieu.

Était-il un bon député? Probablement, puisqu’il a été réélu sans mal depuis 1993. Et il l’aurait été sans aucun doute à la prochaine. Mais là, maintenant, je pense à sa conjointe et à ses quatre enfants. La vie politique est dure, très dure. Elle retient loin de la famille des hommes et des femmes qui ont choisi de se mettre au service des autres. Surtout quand on sait au départ qu’on ne formera jamais le gouvernement, qu’on ne sera toujours qu’un « humble député de l’opposition ». Auront-ils des regrets de ne pas avoir pu profiter plus d’un conjoint et d’un père? Seront-ils fiers, au contraire, qu’il ait donné 13 ans de sa vie au service public? Les politiciens sont l’objet de tant de mépris…

Au cours des prochains jours, parce que la nature humaine est ainsi faite et que les morts sont toujours plus fins que les vivants, Benoît fera l’objet d’éloges. Je souhaite seulement que sa famille puisse y puiser un réconfort durable

Salut Benoît!

Ce contenu a été publié dans tranches de vie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Salut Benoît!

  1. Oh Marie-Lorraine, tu me fais pleurer, là. T’as tellement trouvé les bons mots pour expliquer ce qui nous échappe à tous, tellement plus préoccupés des scandales que des bons coups.

    Merci d’avoir partagé ton Benoit avec nous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>