Fatigue, grosse fatigue, prise II

M’écouter, j’appelerais demain au bureau pour leur dire que je rentrerai après la prochaine élection…

Dans une ancienne vie, j’ai fait beaucoup d’heures au bureau. Trop peut-être, mais j’étais célibataire, sans enfants, ambitieuse mais pas carriériste, et j’adorais ma job. Et, pour être honnête, il y avait des compensations. Non, n’appelez pas le juge Gomery, pas des compensations de cette nature! Mais ma job m’a donné l’occasion de voyager, de rencontrer des gens fascinants et d’avoir un tout petit pouvoir d’influence sur différents dossiers qui m’étaient précieux, tout ça sans avoir à me mettre la face sur un poteau pendant 6 semaines et sans me taper les soupers spaghettis du club de l’âge d’or dans le temps des fêtes.

Ce que je faisais, je le faisais avec le sentiment de redonner ce que j’avais reçu en abondance: des valeurs solides d’équité et de justice sociale, l’amour du travail bien fait et le don de soi. Jusqu’à vendredi dernier, j’avais réussi à transposer le tout dans mon nouveau boulot. Vendredi, ça a basculé. Et c’est comme si toutes les heures données depuis l’élection du nouveau gouvernement (y’a tu kekun qui va dire à Harper que dans moins d’un mois, ça fera un an, et que le mot nouveau commence à faire vieux!) venaient de me tomber dessus, avec toute la fatigue qui va avec.

Je ne ferai pas un burnout (quoique magasiner les cadeaux, c’est un motif suffisant!), mais j’aurai définitivement moins de coeur au ventre… et je trouve ça dommage. Pour moi. Travailler alors que ça nous fait chier, je n’avais jamais connu, et découvrir ça maintenant, je suis pas sûre d’aimer…

Non mais ça va pas!

Suis-je complètement abrutie ou quoi? Il y a des élèves qui ont planifié faire une bataille de bouffe dans leur cafétéria… ouais et pis, ils l’ont fait et qu’elle n’est pas ma stupeur de lire dans le journal le tourment de ses parents qui sont déçus par leurs rejetons… ouais, ben on a vu pire en ce bas monde.

Replacez-vous parents indignes qui vous offusquez parce que vos enfants ont voulu juste avoir du fun! Le directeur en a expulsé 17 et le comité d’établissement veut supprimer toutes les activités sociales de l’année entière en représailles. Non mais je rêve. Faites-leur laver la cafétéria 2 fois plutôt qu’une histoire de ne pas cautionner le fait mais les juger et les punir une année entière sans compter ceux qui ont été virés, il n’y a pas mort d’homme quand même, même pas de casse de matériel alors trop c’est trop!

Où êtes-vous parents lorsqu’un enfant meurt en Afrique toutes les minutes du sida et de la famine? Vous offusquez-vous de votre manque d’humanité sous prétexte que cela ne se passe pas juste en-dessous de votre nez… sans compter le regard que vous jetez aux pauvres itinérants qui vous gâchent le paysage… Qui vous juge pour votre manque de tolérance et votre non-assistance à personne en danger de mourir de froid dehors cet hiver… Aidez-vous les autres avant « d’être déçus » par vos enfants qui ont osé jouer avec de la nourriture? Tendez-vous une main compatissante vers cette mère qui vous tend la main dans la rue ou détournez-vous le regard?

Avant de jeter la pierre, apprenez à reconnaître qui vous êtes vraiment et ne jugez pas trop vite une blague d’enfant qui même si elle n’est pas très heureuse dans le fond ne voulait en aucun cas faire de mal à quelqu’un. Qui a tort? Vous qui détournez le regard jour après jour sur la misère humaine ou vos enfants qui ont juste voulu rire en se balançant de la nourriture une fois!

Arrêtez que diable, je craque devant tant de flagornerie hypocrite!