Parce qu’il faut que la vie continue

Merveilleuse merveille et moi avons fait hier notre voyage annuel en train, direction Saguenay. Je vous passe les détails de mes tergiversations personnelles – train? autobus? Rester à la maison et attendre? Tout ça pour se lever à 1h30 du matin,faire sans bruit des valises et un lunch nutritif et réveiller Mammouth pour lui dire que j’avais finalement décidé de prendre le train et qu’il faudrait mettre le « réveil-le-matin » (l’expression est de merveilleuse merveille, mais je la trouve tellement jolie que je l’ai fait mienne!) à 5h30 pour ne pas arriver en retard à la gare.

Bref, nous étions dans le train hier, et comme à l’habitude, nous y avons rencontré des gens fort intéressants. Ma seule doléance, c’est que les trains de marchandises ont préséance sur les trains de passagers, alors comme nous avons dû attendre, nous sommes arrivées avec près de deux heures de retard. Mais quand on a 5 ans, on a la vie devant soi, alors pourquoi stresser, hein? Surtout quand on a fait une jolie sieste sur maman, qui elle a le dos en compote, figée que je suis restée pendant 2 heures pour éviter de l’éveiller…

D’ailleurs, je me promets bien d’écrire, si je trouve le temps, aux dirigeants du CN: c’est quoi cette règle de donner préséance aux trains de marchandises? Paraît, selon le gentil chef de train, que c’est parce que les trains de marchandises transportent des biens périssables. Bon, j’avoues que je n’oserais qualifier mes semblables de « périssables », mais faudrait quand même mesurer le degré de « dangeurosité » d’une maman exaspérée par rapport au mûrissement accéléré d’un cantaloup. Pas sûr que l’explosion de la première est moins dommageable pour la santé, m’enfin…

Je suis zen, mais j’ai quand même une grande colère qui m’habite. Hier, en discutant avec lui, j’ai été frappée par sa sérénité, même si elle est teintée de résignation. Ce n’est pas tout à fait encore la sérénité dont mon père a fait preuve, mais on sent que la volonté de se battre n’y est plus tout à fait. Il me disait qu’il se faisait à l’idée que personne n’est éternel, et que son tour était venu. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire que je trouvais cela profondément injuste, et que si je pouvais faire une liste de ceux « dont le temps est venu », il ne serait pas en tête de liste. Je sais, c’est complètement idiot comme réflexion. Je ne souhaite la mort de personne. Mais je ne sais pas comment bien traduire en mots ce sentiment d’injustice quand je pense aux gens qui répandent le mal autour d’eux et qui s’en sortent toujours.

Malgré la lourdeur de l’atmosphère, je pense que j’ai bien fait de venir. Merveilleuse merveille console à sa façon sa grand-mère, qui bien que ne pouvant s’empêcher de verser des larmes sur cette cochonnerie de maladie et sur le départ prochain d’un compagnon de vie, retrouve vite le sourire pour sa petite fille tant aimée. Petite fille qui s’est d’ailleurs empressée de déguerpir avec son parrain pour aller retrouver ses amis saguenéens au Zoo de St-Félicien. Elle reviendra ce soir épuisée, mais avec des milliards d’histoires de macaques et d’ours polaires à nous raconter. Je ne veux pas lui mentir, elle comprend confusément qu’il se passe quelque chose, mais la bienheureuse innocence de l’enfance lui permettra, et nous permettra également, de passer au travers en se disant que la vie est plus forte que tout, et qu’elle continue.

Ne serait-ce que pour cela, je suis reconnaissante. Triste, en colère, mais reconnaissante. Et probablement fort impudique de déballer tout cela publiquement. Mais écrire est thérapeutique. Et je serais bien folle de me passer de thérapie ces jours-ci!

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2 réponses à Parce qu’il faut que la vie continue

  1. Mario Asselin dit :

    À force de nommer (dans le sens de mettre en mots) ce que je ressens, j’en viens à mieux me comprendre et j’avoue impudiquement que je comprends mieux les autres aussi depuis que je lis les mots qu’ils trouvent pour se révéler.

    J’ai accompagné deux personnes dans les derniers moments et ces rencontres sont parmi ce que j’ai de plus précieux pour mieux apprendre de la vie. Je ne sais pas s’il faut se préparer à la quitter pour mieux la goûter, mais j’ai envie de te dire d’ouvrir grand les yeux et les oreilles… Sans compter que pour celui que tu accompagnes, c’est tellement mieux de ne pas voyager seul dans ces moments qui doivent bien comporter quelques grands vertiges!

    Tu as tout notre soutien.

  2. Guy Verville dit :

    Il n’est jamais impudique de décrire la vérité humaine. Continue et bon courage!

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