Hier soir, je lui ai fait mes adieux. Nous savions, tous les deux, que c’était la dernière fois que nous nous verrions. J’y suis allée avec Mammouth et la tribu. Il a eu un bon mot pour chacun, et a enfin eu droit à son gros câlin de merveilleuse merveille.
Je suis ensuite restée seule avec lui quelques minutes. Nous avons pleuré, nous avons ri. Je l’ai remercié, du fonds du coeur, de tout ce qu’il a fait pour ma mère, pour mon frère, pour ma famille et pour moi. Il a toujours considéré merveille comme sa petite-fille, même si les liens du sang n’y sont pas. Le reste de notre discussion ne regarde que nous, mais j’ai vu, dans son regard intense, une grande sérénité. Pas encore de la résignation, mais une grande sérénité.
Avant de partir, il a tenu à se lever. J’ai serré dans mes bras son corps maintenant si frêle, en retenant mes sanglots. C’est à la fois l’horreur et la beauté de mourir de cette saloperie: l’horreur de voir la déchéance d’un humain qui, il n’y a pas si longtemps, était grand et fort comme un chêne. La beauté d’avoir le temps de se dire qu’on s’aime, et de se faire des adieux tristes certes, mais d’une réelle intensité. Un moment vrai. Pas de frime, pas de faux-semblants, pas de fausse pudeur.
Par deux fois, avec mon père et avec cet homme qui a aussi tellement aimé ma mère, j’ai eu le privilège de pouvoir dire adieu. Et j’ai une pensée, aujourd’hui, pour la famille de la mairesse Boucher. Quand la mort frappe aussi subitement, on doit rester avec un sentiment d’inachevé terrible.
Au revoir Oyé. Et bon voyage! Une fois dans l’avion, fais la bise aux miens. Et amusez-vous! Ici, une fois qu’on aura pleuré, c’est en riant que je me souviendrai de toi et de ton humour, et ce sont les souvenirs heureux que je raconterai à merveille. Je te l’ai promis, et je tiens toujours mes promesses…