Dépêche-toi!

Combien de fois par jour? Dépêche-toi, merveille, on va être en retard! Dépêche-toi, merveille, c’est l’heure du bain. Dépêche-toi, merveille, c’est l’heure d’aller au dodo! Dépêche-toi, merveilleuse, brosse tes dents! Allez, dépêche-toi!

Samedi dernier, nous sommes allées, merveilleuse et moi, voir un spectacle à la bibliothèque. Madame Sacoche, fabuleuse conteuse et belle menteuse (si si, c’est pas moi qui le dit, c’est elle!), nous en a mis plein les oreilles et les yeux, et nous a fourni des suggestions de lecture pour les mois à venir. Puis, nous sommes également allées voir le spectacle de Jack et le haricot magique, magnifiquement joué par deux comédiennes dont je n’ai malheureusement pas retrouvé le nom. Étendues sur l’herbe, sous le soleil, nous avons passé une heure délicieuse. Puis, sitôt la pièce terminée, j’ai repris mon refrain de maman hyperactive: « Dépêche-toi, merveille, il faut aller à l’épicerie »…

Du haut de ses cinq ans et trois quart, elle m’a regardée droit dans les yeux et m’a dit: « Maman, aujourd’hui c’est congé, et tu as presqu’oublié de te dépêcher. Et tu sais quoi, maman? J’aime mieux ça quand on ne se dépêche pas… »

Elle a parfaitement raison, merveilleuse merveille. Ça donne quoi de se dépêcher à ce point? Toutes ces minutes perdues, ce sont des minutes qui ne reviendront pas. Alors aujourd’hui, on ne s’est pas dépêchées. On a flané, on a écouté des films, on a mangé tard. On ne s’est dépêché que pour les bisous et les câlins. Demain, on se dépêchera peut-être pour ne pas être en retard au train ou à l’école, mais définitivement, je mettrai à l’agenda cette célèbre phrase: Pressez-vous lentement!

Pourquoi?

Ça va faire couler beaucoup d’encre. Elle était jeune, jolie, impliquée dans sa communauté. Elle a été victime d’un crime sordide, et aucun détail ne nous sera épargnée au nom du droit du public à l’information.   Son meurtrier laisse derrière lui une famille dévastée, une communauté atterrée.  Une communauté qui aura peur, aussi. Peur parce que quand un des nôtres dérape à ce point, y’a plus rien qui tient. Ce meurtre, c’est une confirmation que nous avons toutes raison d’avoir peur la nuit, seule à la maison.

J’ai habité très longtemps seule. Quelques années dans un quartier qu’on disait dur. Je me suis fait voler mes bottes d’hiver sur mon palier, j’ai trébuché sur un sans abri endormi sur mon perron un matin de printemps. Des nuits à surveiller le moindre bruit suspect, j’en ai eu quelques unes. Vous savez, ces nuits ou on ose à peine respirer, recroquevillée au fond de ses couvertes, le ventre tordu? J’ai aussi vécu en couple. Vous croyez que ces nuits-là disparaissent quand on est deux sous les draps? Que nenni! On ose pas réveiller l’autre, de peur de passer pour une moumoune finie, mais on respire mal.

Quand Mammouth s’absente pour la nuit, je dors mal. Je me relève 3 fois pour faire le tour des portes et des fenêtres. Une chance, j’ai le meilleur système d’alarme qui soit: une grosse chienne un peu idiote, mais qui aboie assez fort pour faire fuir quiconque oserait s’aventurer trop près de la maison. Je garde à proximité une grosse poêle de fonte. N’empêche, je dors mal.

Je ne comprends pas comment on peut en arriver à vouloir tuer un autre être humain. Mais hier, il y a une petite partie de moi qui s’est passée la réflexion sur la peine de mort… Pas fort, je sais, mais dans un cas comme celui-là, je ne saurais pas pardonner, je ne pourrais pas croire à la réhabilitation du tueur. Parce qu’à chaque fois, je me sens en terrain moins solide pour dire à Merveilleuse merveille que tout va bien dans ce monde. Parce que je ne trouve pas les mots pour lui expliquer , parce qu’encore une fois, j’ai l’impression que depuis hier, y’a encore moins d’innocence  sur cette planète…