Son dernier téléjournal

Bernard Derome serait-il en train de devenir le Dominique Michel du Téléjournal? Je blague, mais au fond, je suis triste. Le téléjournal sans Bernard Derome, pour moi, ça fait pas de sens. Non que je doute des qualités de celle qui le remplacera: j’aurais hurlé si quelqu’un d’autre que Céline Galipeau avait obtenu le poste. Mais quand même, Bernard et moi, c’est comme une longue histoire d’amour.

Je suis une junkie de l’information, je l’ai toujours été. Au moment de choisir une carrière, je voulais faire mon cégep en Arts et technologies des média, convaincue qu’en sortant de là, je pourrais dire à Bernard « tasses-toi, mononc »… Bienheureuse insouciance de l’adolescence! Mon père en a décidé autrement et m’a indiqué que si je voulais « communiquer », j’irais d’abord à l’Université. Et comme il était registraire, donc responsable des admissions, au seul Cégep à offrir cette option, disons que ma marge de manoeuvre était plutôt mince…

J’ai finalement opté pour sciences pô, à l’Université. Mais j’ai toujours gardé un respect immense pour Bernard Derome. J’ai des souvenirs précis de moments importants: Bernard annonçant, avec tout le sérieux qui s’impose, que le Canada était en guerre (au moment de la guerre des Malouines), Bernard annonçant, presqu’avec émotion, que le non l’emportait de justesse au référendum de 95, Bernard annonçant son premier départ, Bernard revenant au Téléjournal. Bernard annonçant la mort de René Lévesque… Bernard et son chapeau dans la crise du verglas. Bernard Derome est indissociable des grands moments de notre histoire, à tout le moins de ceux qui m’ont marquée.

Un jour, je suis devenue attachée de presse. A la démission de ma patronne, tous les réseaux et tous les journaux ont sollicité des entrevues. Gérer des journalistes, des égos gros comme ça, ça fait partie de la job d’attaché de presse. Attaché de presse sur la colline, on connaît bien la faune de la tribune parlementaire, mais on a un rapport plutôt distant avec les « vedettes » de l’information, qui ne s’abaissent pas souvent à parler aux simples relationnistes que nous sommes. On parle à leurs recherchistes. Au moment d’enregistrer l’émission de Bernard Derome, je suis donc arrivée presqu’intimidée en studio. J’allais rencontrer mon idole, et on m’en avait parlé dans des termes peu élogieux: imbu de lui-même, impatient, colérique, etc.

Pendant que ma patronne était au maquillage, il est venu me parler. Gentil, courtois, professionnel. J’ai failli m’évanouir: puisque nous n’étions pas en direct, il m’informe que je serai en régie, et que si je n’aime pas les questions ou si je pense que la patronne aurait intérêt à répondre autrement, il m’invite à l’interrompre. Moi, la p’tite fille de Jonquière, interrompre le grand Bernard Derome parce que je n’aime pas sa question?

« Excuse-moi, Bernie, mais tsé, ta question sur…. c’pas fort, hein! »… Ya! Right!

De fait, c’est probablement une des meilleures entrevues de ma patronne à ce moment-là. Parce qu’il était à l’écoute. Pas complaisant, mais reconnaissant de l’apport de cette grande dame à la politique québécoise. Pas « védette » du tout. Un professionnel, certes, mais également un homme profondément humain. Qui avait probablement senti à quel point j’étais impressionnée et qui n’en a pas profité pour en remettre, question de me montrer qui était le boss dans son studio.

Ça me rassure de savoir qu’il sera là pour les prochaines élections. Parce que si la tendance se maintient… mais bon, je ne parle jamais politique. Ou si peu.



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4 réponses à Son dernier téléjournal

  1. mazsellan dit :

    Je suis d’accord avec ta perception de Bernie, c’est ainsi que je le vois au quotidien 😉 Il est toujours reconnaissant envers son équipe, sachant très bien qu’il ne peut faire son show sans eux. Il y a des petites véééédettes qui sont beaucoup plus complaisantes pour moins.

    Puis Céline, c’est un charme aussi 😉

  2. Djo dit :

    Hier soir, j’étais dans la salle des nouvelles. Je travaillais justement au 21h/22h. On le sentait fébrile, content, soulagé, relaxe. Il était particulièrement affable avec tout le monde.

    On va s’ennuyer de lui!

    (Bin, pas tout le monde, mais moi, certain)

  3. Mireille dit :

    Étant accro de la nouvelle moi-même, ça va me faire de la peine de ne plus l’entendre et de ne plus voir son petit sourire coquin… C’est une époque qui se termine avec son départ…

    Et je suis aussi attristée par la mort du journaliste américain qui animait l’émission Meet the press… Un autre grand qu’on ne reverra plus…

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