Écrire pour vivre, écrire pour ne pas tuer?

Depuis vendredi, je repasse dans ma tête le texte de Marie-Claude Lortie. Particulièrement ces paragraphes:

Ce qu’il faut, c’est que les parents qui ont peur d’eux-mêmes se confient pour régler ce problème essentiellement d’anxiété. Qu’ils n’aient pas peur d’être jugés et soient prêts à accepter qu’il y a de l’aide et que cette aide est prête à les recevoir, tels quels.

Le Dr Saint-André n’a pas étudié en détail la présence sur le web d’un nombre impressionnant de blogues tenus par des mères en congé de maternité célébrant leurs imperfections – qui vont de Mère indigne en passant par Les (Z) imparfaites, Joa sur la 9e et Mamamiiia.com -, mais l’idée qu’un grand nombre de mères ventilent ainsi leurs sentiments pas toujours enthousiastes et positifs par rapport à la maternité lui semble à la fois intéressante et de bon augure.

Ce n’est pas suffisant, dit-il, pour répondre aux difficultés d’une mère en dépression post-partum, qui devrait être suivie médicalement. Mais ce n’est pas une mauvaise idée, souligne le médecin, d’apprendre à apprivoiser et à démystifier la culpabilité que l’on peut ressentir face à nos sentiments négatifs de parents.

«J’imagine qu’il y a quelque chose de salutaire là-dedans», dit-il au sujet de ces blogues. «Parce qu’on a droit à l’imperfection.»

Personnellement, j’ai toujours cru à l’écriture comme outil thérapeutique. Une fois nommées, écrites, les choses sont plus claires. Pas moins épeurantes: il faut avoir fait, ne serait-ce qu’une fois, un exercice d’écriture automatique en période de stress, ou de deuil, ou de peine intense, pour voir à quel point nous recelons tous des zones sombres, voire noires. Des choses qui ne remontent pas consciemment, mais qui dans ce contexte, éclatent sur le papier.

L’écriture comme thérapie donc. Pour évacuer le trop plein, j’en suis. Pour dédramatiser, j’en suis itou. Mais dans le cas des récents infanticides, je me suis demandée si le fait de coucher noir sur blanc ces émotions, cette impuissance, ces sentiments de haine ou de désespoir aurait changé le cours des choses.

L’humour ne guérit pas tout, non plus. Le clown est triste, mais continue de faire rire. Sans rien enlever du talent des unes et des autres, j’ai peur qu’on banalise. Comprenons nous bien: il était plus que temps qu’on déboulonne la perfection maternelle, qu’on se dise que parfois, on a en ras le pompon, que nos enfants ne sont pas parfaits et qu’il n’y a aucune raison pour que nous le soyions!  Mais j’ai peur que cette nouvelle tendance du « maman blogue pour évacuer » finisse par masquer une réelle détresse. Ou qu’on ne perçoive pas, sous l’humour ou le ton badin, les signaux d’alarme qu’on devrait y voir.

Entretemps, c’est dimanche. Il neige. Rien pour écrire un billet, hein?

5 réflexions au sujet de « Écrire pour vivre, écrire pour ne pas tuer? »

  1. Contente que tu parles de ça. J’y pense beaucoup aussi ces jours-ci. Comment peut-on y échapper ? Et je ne suis pas vraiment d’accord avec le Dr St-André. Le trop plein évacué dans les blogues n’a absolument rien à voir avec le trop plein évalué par les parents meutriers. Rien pantoute. Au fond, ce qui se dit dans les blogues, se dit aussi au café, assises sur les marche de la galerie, dans les cuisines, entre soeurs, entre amies, entre voisines. Il n’y a vraiment rien de neuf là-dedans. Les blogues apportent un peu de notoriété publique à la chose et, dans certains cas, une dimension littéraire, mais rien de plus. C’est thérapeutique bien sûr pour celles qui n’ont ni soeur, ni amie à qui se confier. Mais à part de ça,le blogue est aux dépressions / psychoses ce qu’est la blague raciste au KKK. Beau billet en passant !

  2. Ton texte réveille la Présidente du Groupe Les Relevailles de Québec, qui prend le temps de laisser une trace ici. :)

    L’isolement est un des facteurs clés. Le blogue est un des moyens possibles pour briser l’isolement, ventiler et savoir qu’on sera lue, de même qu’aller lire d’autres mères vivant la même réalité que nous. L’important c’est de ne pas rester isolée. Et de cesser de penser que si la mère a un conjoint, des amies et une famille elle n’est pas isolée. Il n’y a rien de pire que de sentir seule en groupe, et plusieurs mères le vivent ainsi, ne se sentant pas le droit de dire, de nommer leur réalité, parce que différente de celle qu’elles pensent « normale ».

    La dépression post-partum peut mener à une psychose si elle n’est pas adressée dans un délai acceptable, selon les facteurs de vies propres à chacune.

    Si bloguer (ironiser sur nos travers de mères, rire en lisant ceux des autres) et se sentir moins seule dans cette situation contribue à briser l’isolement et éviter ainsi d’entrer dans une profonde dépression, il y a effectivement quelque chose de salutaire là-dedans. Peu importe le moyen, l’important est de ventiler, de s’en donner le droit surtout.

    Est-ce bloguer sauverait des vies d’enfants? On ne le saura jamais, mais le contraire ne sera jamais prouvé non plus. Ce qui est prouvé par contre, c’est que briser l’solement, de toutes les façons, est souhaitable.

    En juin, notre nouveau site web sera en ligne. Il permettra aux mères sur le web de se donner un port d’attache en attendant de créer des liens avec d’autres mères blogueuses. On y croit, poussées par nos 26 ans d’expériences de moyens plus « traditionnels » de briser l’isolement, au point d’investir dans ce moyen plus actuel pour permettre à encore plus de mères de ventiler.
    http://www.groupelesrelevailles.qc.ca

  3. @Suzon… il y a encore des zones taboues. Sous le couvert de l’anonymat, on peut raconter bien des choses. Plus difficile devant un café.
    @ Esther: mon point, exactement. Bloguer ne brise pas l’isolement. On peut le faire du fin fond de son sous-sol, on peut commenter adnauseam sur des forums de discussion. J’ai juste peur qu’on pense, naivement, que bloguer pourra remplacer la thérapie, la vraie, celle qui nécessite une action soutenue.

  4. Ah ben là, je dois m’objecter. Bloguer, les sites de mamans, etc, ça brise l’isolement, je peux le clamer haut et fort.
    Ok, ce n’est pas la solution miracle, ni une personne assise à tes cotés, mais c’est déjà mieux que rien du tout. Et des fois, oui, ça te permet de sortir des affaires que tu ne dirais pas à ton conjoint, ta mère, etc… et surtout, pour pouvoir l’écrire et espérer une réponse, il faut pouvoir l’écrire. De un, ça te fait sortir « le méchant » un peu, et de deux, il faut pouvoir l’articuler un peu pour que ceux ou celles qui vont te lire te comprennent, ou au moins comprennent ce que tu veux leur dire. Ça te fais déjà sortir de ta tête, et ça, ça fait du bien. S’cusez-la.

  5. Et bien moi tu vois MJ, tous ces blogues irradiés d’humour et de charme, d’ironie légère et d’auto-dérision charmante, j’aime bien les lire, mais à la longue, je me trouve poche d’être souvent morose, d’être stressée, d’être inquiète et incapable de communiquer tout à fait avec mes grands ados. Je suis incapable de tourner en blague mes problèmes et mes inquiétudes réelles, mes « mésaptitudes » à être mère, ma souffrance de les voir partir sans leur avoir donner tout ce que j’aurais dû. Voilà, je n’ai rien de drôle à raconter, je me tais donc. J’ai du mal à imaginer que les gens prêt à tuer leurs enfants à force d’avoir du mal à vivre ai l’humeur d’écrire un blog… ou alors forcément, on verrait le noir cacher toute la couleur…Mais je me trompe peut-être, ce n’est qu’une opinion non professionnelle toute personnelle.

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