15 secondes de gloire

C’est fou, parfois, la vie. Un texte, écrit à chaud, sans recul. Presque confidentiel, parce qu’écrit sur ce blog que je délaisse à moitié. Suffit d’un tweet… pfttt… tout à coup, ce texte part à tous vents, ramenant ici des gens qui laissent des commentaires gentils, ou agressifs, ou lisant dans mes mots des choses qui n’y sont pas. Fou, je vous dit. Hier soir, dans un bar, quelqu’un me dit: « Content de te rencontrer, j’ai beaucoup aimé ton texte »… Fou.

Tiens, c’est comme Muguette, ça. Du gros bon sens, 30 secondes pour poser une question de la « vraie vie », et bang! Sa vie bascule. Twitter, encore une fois. Je trouve ça épeurant. Pas que ça n’existait pas avant, non. Mais twitter accélère le processus. Et moi, quand les choses vont trop vite, j’ai tendance à vouloir mettre les freins.

C’est pour ça que j’ai arrêté de répondre aux commentaires. Pas envie de nourrir la bête, pas besoin de publicité. Par nécessité, d’abord, mon emploi exigeant la plus stricte neutralité. Mais aussi par ma nature profonde. Le devant de la scène, très peu pour moi. J’aime mieux les jeux de coulisse… le vrai fun, il est là :-)

À part ça, la vie coule. J’ai hâte à la vraie chaleur, au vrai printemps. De ma fenêtre, ce soir, je vois tomber une pluie épaisse, presqu’une neige mouilleuse. Je sais, en avril ne te découvre pas d’un fil. Mais j’en peux plus des mitaines, des foulards, du froid, du gris. Heureusement, mes crocus ont encore une fois bravé le temps et fleurissent, indécents, à travers la boue de mes plate-bandes.

On a fini notre année financière hier, et pour les prochaines semaines, on va gérer l’attente et l’angoisse des employés quant à leur avenir. Pauline a pété un « score historique », le CH a passé au travers le premier match contre les méchants Bruns et s’apprête à répéter l’exploit ce soir, MM va de mieux en mieux à l’école, et Mammouth tente tant bien que mal de soigner une mauvaise grippe. Après Pâques, on prendra quelques jours pour se reposer et commencer à mettre la maison sur son air d’été. Ou pour dormir.

Pour le reste, et sans vouloir repartir la polémique, ce magnifique texte qui dit tout.

On fait dur. Ben dur.

NDLR: J’aurais pu intituler ce billet « À soir, on pète une coche », mais c’est tellement dans l’air du temps de péter sa coche… pis ménopause oblige, chu trop fatiguée pour péter ma coche. Je vais juste faire une mini montée de lait, ok?

On fait dur, les Québécois. Ben dur, je trouve. Depuis hier, je lis avec stupeur les twits, les blogues, les textes d’opinion sur l’affaire « Cantat ». Savez, ce chanteur de Noir Désir, reconnu coupable d’avoir tué sa conjointe, l’actrice Marie Trintignant, meurtre crapuleux d’une rare violence, et qui pourrait participer à un spectacle ici, à Montréal, écrit par Wadji Mouawad.

Stupeur, parce qu’à quelque part, on disjoncte entre nos discours. Vrai, le gars est un criminel, un assassin, un écoeurant. Vrai aussi qu’il a été condamné, qu’il a purgé la peine et qu’il a été libéré. Techniquement, le gars est en réinsertion sociale.

Pourquoi on fait dur? On s’insurge. On le blâme de vouloir exercer son métier et on lève le nez sur ceux qui l’ont engagé. Des inconscients, des complices, des dégénérés, et j’en passe et des meilleurs.

Joblo a écrit un texte là-dessus. Je la cite:

Aller applaudir l’idole, c’est banaliser un geste irréparable au sens humain et au sens spirituel. Je pardonne à Martha Stewart, elle a payé sa dette, n’a tué personne, a fait une folle d’elle et a mangé du pain blanc tranché trois fois par jour dans une prison. Mais je ne pardonnerai JAMAIS à Cantat. Sa liberté est déjà un cadeau immense. Il aurait dû avoir la délicatesse (hum!) de se teindre en blonde, de changer de nom et de pays. Guy Cloutier, ça vous dit encore quelque chose? Et ce médecin à St-Jérome qui a commis l’infanticide sur ses deux jeunes enfants il y a deux ans? Aucun pardon pour moi. Et une réinsertion exige du doigté, de l’humilité, pas une parade d’ego sur une scène dans le rôle du héros repenti et du mâle purifié. Un rappel avec ça?

Pourtant, ceux qui hurlent ainsi sont aussi ceux qui crient haut et fort quand le gouvernement Harper veut augmenter les peines des jeunes criminels, qu’il renforce le côté « law and ordre », qu’il veut abolir le registre des armes à feu.

Vous me connaissez, je ne parle pas politique. Ou si peu. Et là n’est pas mon propos ce soir. Mais je me questionne. Peut-on être pour la réinsertion à deux vitesses? Bref, tu peux être réinséré si tu as fait un crime politiquement correct? Autrement, et comme on peut plus te pendre haut et court, prend ton trou et crève? Suis-je la seule à penser qu’à quelque part, c’est tordu?

Irais-je applaudir Cantat sur scène? Non. Pas à cause de son crime, mais parce que le propos ne m’intéresse pas. Mais j’ai de la misère à m’expliquer notre irritation « collective » et « épidermique » à des sujets qui, somme toute, relève de la saveur du jour twitesque.

Madamisation des médias, indignation cantatesque, même combat. On s’échange des twits, des statuts facebook, on cherche un blogue sur lequel on peut cracher son venin dans les commentaires. Pendant ce temps, y’a une campagne électorale avec de vrais enjeux, qui auront des répercussions sur notre avenir, et s’il pleut le 2 mai, on aura de la misère à aller voter, parce que « ça change rien anyway, man« .

Ouais, on fait dur. On s’en va à droite, mais on se réconforte en pensant qu’on est toujours à gauche. Mais c’est vrai que rendu au bout de la droite, t’es à gauche. Téka…

Merveilleuse merveille, maman va te raconter une histoire… Une fois, c’est une société qui voulait le beurre, l’argent du beurre, la vache dans la cour, la crémière et le cul de la crémière…