Le droit du public à l’information

Vous me connaissez, je ne parle jamais politique. Ou si peu. Mais les débats entourant le cancer de Jack Layton me troublent.

L’image est terrible. Un Jack Layton amaigri, le teint gris, l’oeil éteint. J’ai vu cela chez de nombreux cancéreux et ce n’est jamais bon signe. Pas besoin d’avoir un bulletin de santé détaillé, il me semble, pour comprendre que l’homme est gravement malade. Peu importe, à ce stade, de savoir de quel cancer il s’agit, non? Il a pris la seule décision qu’il pouvait prendre, celle de se retirer et de se battre en privé. De tout coeur, je lui souhaite de gagner cette bagarre, plus dure et plus cruelle que la vie politique. Et je comprends que cette drogue dure qu’est l’adrénaline de la politique soit tellement forte qu’il espère y revenir, le plus tôt possible. Que c’est probablement ce qui le tient debout, à l’heure actuelle.

Je m’explique mal l’insistance de certains à vouloir des détails, un bulletin de santé détaillé. J’en ai rien à cirer que les hommes politiques américains publient chaque année les résultats d’examens médicaux: ce qui nous distinguent justement des américains, c’est la pudeur que nous avons encore, un peu, à l’égard de la vie privée de nos hommes et de nos femmes publics. La seule chose qui m’importe, c’est qu’ils et elles fassent preuve de jugement et se retire, s’ils ne sont plus en mesure d’exercer la tâche convenablement.  Je pense à monsieur Bourassa qui, au plus fort de la crise autochtone en 1990, a retardé les traitements de son cancer de la peau. Je pense à Claude Béchard, qui s’est rendu à l’extrême limite. L’un comme l’autre ont fait passer l’intérêt public avant leur propre intérêt. À voir Jack Layton, cette semaine, j’ai l’impression qu’il a en fait autant. Trop tardivement, peut-être.

Sommes-nous à ce point en train de nous américaniser? Rien de rassurant. Non, rien.

Des vacances des vacances

Ouf! Qui a dit que les vacances devraient servir à refaire le plein d’énergie, à se reposer, à prendre ça mollo? Qui, hein????!!!

Aujourd’hui, on prend des vacances des vacances. Depuis samedi, c’est un feu roulant d’activités, de plaisirs, de rencontres, d’eau, de soleil, mais pas de repos. On a parti le bal avec le traditionnel party de famille dans l’Estrie. Revoir les oncles, les tantes, les cousines et les cousins, toutes générations confondues, un peu plus vieux certes, mais toujours aussi verts, ça vous « reground » dans ce qui est fondamentalement la plus grande richesse qui soit, la famille.

Puis, dimanche, nous avons reçu. Une gang. Une grosse gang. À un moment, nous étions 20 dans la piscine. Là aussi, toutes générations confondues, de belle-maman à la petite B. terrorisée par le gros Gaston. De gros fun, de la bonne bouffe, des enfants qui jouent au soccer, des parents qui discutent léger ou sérieux, du rosé, du blanc, de la bière et de l’eau. Une bien belle journée, comme nous les aimons, pour vraiment baptiser notre nouvelle terrasse.

Il y a quelques semaines, nous avons hésité sur le choix des vacances: retournerions-nous en Gaspésie, ou un autre party de famille nous attend? Irions-nous en camping, au gré de la route? Resterions-nous à la maison, Mammouth étant brûlé par une année mouvementée? Et, comme souvent, ce sont les événements qui ont un peu décidé pour nous. Nous avons donc choisi de faire des escapades à droite et à gauche. Lundi, nous avons pris la direction d’Ottawa, d’abord pour les glissades d’eau à Calypso Park. Malgré le ciel menaçant, nous avons passé une journée extraordinaire. Même Mammouth a fait la piscine à vagues, c’est peu dire! Puis, nous avons soupé chez des amis que nous n’avions pas vu depuis longtemps. J’ai une chance énorme: ces amitiés nouées dans la vingtaine sont précieuses et intemporelles. Après avoir fait le tour des nouveautés de nos vies, on finit toujours par reprendre la conversation comme si nous nous étions vus la veille. Aussi simplement. Les enfants se sont baigné à nouveau, ont créé de nouvelles amitiés que je leur souhaite aussi solide que celle qui unit leurs parents.

Hier, nous avons visité de fond en comble le Musée canadien de la guerre. J’avoue: j’étais loin d’être convaincue au départ. J’avais peur qu’on y fasse l’apologie d’une idéologie ou qu’on y glorifie notre passé sans nuance aucune. J’en suis ressortie admirative et beaucoup plus riche de notre histoire militaire, présentée de manière équilibrée, factuelle, sans glorification de quoique ce soit. L’exposition sur la médecine en temps de guerre, bien que graphique, a fortement impressionné les enfants et suscité des discussions intéressantes avec eux. Et avouons-le: pour un p’tit pet de 6 ans, se retrouver à travers les « chars d’assault », c’est coollllllllllllllll…. Boys will be boys!

Aujourd’hui, repos. Il fait gris, un temps parfait pour se reposer, lire, dormir, lire, écrire, dormir, lire. Et accessoirement, préparer un repas qui ne soit pas des hots-dogs, des hamburgers ou du mais. Mon corps réclame de la salade. Et des pâtes. Ouais. Des pâtes.

Pour le reste de la semaine, on improvisera. Québec? Trois-Rivières? Drummond? Y’a plein de places qu’on ne connaît pas. On part à l’aventure. Mais juste demain. Aujourd’hui, on prend des vacances des vacances.

Karma, karma, quand tu nous tiens

À la suite d’un statut FB, ma copine Toune commente en disant: « encore une des aventures de MJ ». Et elle a raison. Ma vie en cinémascope. Les malheurs de MJ. L’Auberge Espagnole. Name it, ces jours-ci, ça ressemble à ça. Mais faut en rire.

Depuis l’achat de la maison, chaque année nous avons fait des améliorations, des remplacements ou des mises à jour. Rien de majeur, mais une maison de plus de 30 ans a des besoins. L’extérieur nous a beaucoup occupé: changer la clôture, installer une nouvelle toile de piscine, changer le filtreur et débloquer des tuyaux usés, etc… Cet été, refaire la terrasse s’imposait: vermoulue, planches glissantes, Mammouth y a même passé une jambe au complet. Faire du BBQ relevait quasi de l’exploit et plus question d’inviter des amis avec des enfants, par peur que quelqu’un se fasse sérieusement mal. Nous qui adorons vivre dehors et recevoir nos amis pour des baignades rafraîchissantes, des apéros rigolos et de longs soupers, c’était définitivement un must.

Notre homme à tout faire, le bon monsieur H, a commencé les travaux jeudi dernier. Même si les planches étaient pourries, les clous et les innombrables vis, elles, étaient comme neuves! Il en a arraché, au sens propre comme au figuré!

Vendredi, le plancher de la terrasse a pris forme: faut dire que c’est une grande terrasse, 20 pieds par 12. Samedi et dimanche, il s’est attaqué à la finition:  des banquettes, qui nous serviront à la fois de siège de lecture, de bancs pour la table, ou de lit pour MM, une boîte à fleurs sur mesure, une avancée pour rejoindre ma toujours illégale corde à linge. C’est magnifique. Bon, ce n’est qu’une terrasse, ça n’a rien à voir avec celle qu’on voit dans les Decormag ou les annonces de maisons hors de prix, mais elle est comme nous: rustique et chaleureuse. Et hier, nous sommes allés aux puces voir le gentil monsieur qui fabrique de si jolis meubles en bois pour meubler notre nouvel espace de vie: pas question de remettre la table laide en plastique vert déteint, même recouverte d’une jolie nappe de chez Dollo… Nanon, du beau, bon et pas cher! Pourquoi se priver, la vie est si courte! Et pour faire bonne mesure, rajoutons cette chaise longue dans laquelle il fera si bon s’étendre et lire près de la piscine.

Mais, canicule aidant, depuis 3 jours, je fais dans la redondance du conseil maternel : regardez ou vous marchez! Faites attention aux clous! J’ai pas envie de passer la journée à l’urgence quand il fait si beau sur le bord de la piscine! Je voyais MM et ses amies, et les deux grands, passer à côté de la scie ronde de monsieur H, en essayant de ne pas imaginer dans ma tête les pires scénarios catastrophes, dignes de « Freddy » ou de « Massacre à la tronçonneuse ».

Les enfants m’ont écouté. Pas un seul incident. Ouais. La seule qui s’est ramassée à l’urgence de la clinique du CLSC… c’est moi. Oui. Moi. Comme une idiote, alors que je ramassais les dernières planches laissées sur le terrain, j’ai marché sur une planche sans voir l’énorme clou qui dépassait. Une chance, j’avais mes espadrilles. Mais la sensation du clou qui s’enfonce dans votre pied, c’est pas agréable. J’ai eu une tite pensée pour les gens qui, dans un élan de fanatisme, se font crucifier à Pâques….C’est définitivement pas mon truc. Faire un mauvais jeu de mots, je dirais que j’y prendrais pas mon pied. M’enfin…

J’ai donc ramassé mes clés, mon cellulaire et pris la direction de la clinique, en espérant que je n’y passerais pas la soirée. 45 minutes plus tard, j’étais sortie, vaccinée contre le tétanos et munie d’instructions pour me faire tremper le peton 4 fois par jour… Je me disais, alors que Santana hurlait dans la radio, qu’il devait y avoir un bon dieu de service pour les MJ de ce monde.

Ben le bon dieu de service, son chiffre finissait à 16h00, faut croire. À moins de 2 kilomètres de la maison, la voiture a soudainement décidé d’arrêter. Yup. Net, fret, sec. Sur l’autoroute. Sans avertissement, sans petite lumière qui clignote. Rien. Nada. Appel à Mammouth, qui me dit d’appeler le service d’assistance routière de notre concessionnaire. Qui me demande à combien de kilomètre est rendu la voiture. 104 000 que je lui réponds. Idiote. I-D-I-O-T-E. L’assurance prend fin à 100 000 km. J’aurais pu mentir et faire la nounoune quand le monsieur serait arrivé, non? Pantoute. Je me suis fait répondre que je n’étais plus couverte, d’appeler le CAA ou la police.

Bon, le bon dieu du chiffre de soir devait avoir pris son chiffre plus tôt, la dépanneuse est arrivée en moins de 15 minutes et 149,05$ après, j’étais à la maison. Avec une voiture qui, mystérieusement, a démarré comme une neuve ce matin. Même le garage n’y comprend rien.

Alors depuis 10h00 ce matin, je suis membre du CAA. Qu’on se le dise, c’est la dernière fois que je me fie au bon dieu du dimanche!

U2, traffic, vie montréalaise, Dolce vita

Merveilleuse merveille est revenue de son séjour saguenéen. C’est fou comme ça grandit un enfant en  deux semaines! Tout d’un coup, la maison qui était calme et à l’ordre s’est remplie de cris d’enfants, de « ploufs » dans la piscine, de maillots mouillés, de « maman, j’ai faim », de serviettes humides laissées sur le plancher, de « maman, j’ai faim », de sandales lancées au hasard, de musique de Mixmania, de « maman, j’ai faim »… La vie qui revient, en force, effacer la tristesse et la lourdeur des dernières semaines.

L’été peut commencer. Il fait beau, il fait chaud. Même le festival du cône orange montréalais semble moins lourd. Hier, au centre-ville, malgré la chaleur humide, flottait un air de vacances, de dolce vita, d’insouciance, et de fébrilité.

Tout n’est pas rose, loin de là. Mais les drames semblent toujours moins dramatiques quand on peut se consoler sur la terrasse, à grands coups de rosé et de soupers entre amis. Tiens, ce soir par exemple, on fête la dernière soirée de notre vieille terrasse vermoulue, qui sera remplacée lundi par une toute nouvelle. L’été, tous les prétextes sont bons pour souligner qu’il faut profiter de la vie pendant qu’elle passe.

Ce matin, tout est tranquille: Catherine Perrin et ses invités jouent en sourdine, le café embaume ma cuisine, la corde à linge illégale est pleine de serviettes qui flottent au vent et j’ai lu ma Presse d’un couvert à l’autre, Gaston-le-chien à mes pieds.

Et U2, me demanderez-vous? Je n’y suis pas allée, et je n’ai pas une once d’envie pour ceux qui ont, ou qui iront, assister au spectacle. Ma musique à moi, elle ronfle à mes côtés.

Quand comprendre est difficile, voire impossible

Le verdict a surpris, mais surtout choqué beaucoup de gens. C’est émotif, à chaud. Quelques voix s’élèvent, appellent au calme. Marie-Claude Lortie, Yves Boisvert, Véronique Robert.

Les tribunes publiques se font aller, et avec elles, selon le degré d’habileté de l’animateur, les pires commentaires comme les plus fins se mélangent. Une cacophonie publique de gérants d’estrade, qui se sont forgés une idée à travers les bribes dévoilées par les médias et qui avaient, souventes fois, condamné d’avance le méchant docteur.

Bien sûr, je pense à la mère, d’une dignité remarquable. Dans les mêmes circonstances, je ne sais pas si je serais capable d’autant de dignité. Elle a choisi, à mon avis, la seule voie pour s’en sortir, si on peut se sortir d’un tel drame: s’accrocher, pas à la vengeance, mais à la vie et à ce qui lui reste de ses enfants, le souvenir des bons moments.

Je pense aux enfants aussi. Qui n’auront pas la chance de grandir. Qui n’ont pas dû comprendre pourquoi ce papa, tout à coup, leur voulait du mal. Je n’ai pas pu expliquer à MM pourquoi, quand on aime, on devient à ce point méchant, au moment du drame.  Je suis contente qu’elle soit absente, ces jours-ci. Je n’aurais pas pu expliquer cette fois encore, je n’ai pas plus les mots qu’en 2009.

Je pense aussi aux jurés. Ils ont eu du courage. Si, du courage. Ils devaient savoir que ce verdict ne les rendraient pas populaires. Je ne sais pas, cependant, s’ils avaient anticipé cette déferlante de colère et de jugements sur leur propre jugement. Je ne peux pas oublier que depuis 3 mois, ils vivent quotidiennement avec les détails horribles, les images sanglantes, la vue de deux adultes défaits, le souvenir de deux adorables enfants. Ils ont eu à faire l’effort de passer par-dessus la réaction instinctive que nous avons tous devant une telle tuerie, incompréhensible. Celle de vouloir faire souffrir le méchant docteur. Et pourtant, ils ont pris le temps de bien comprendre les méandres juridiques, les avis d’experts en psychiatrie. Se sont-ils fait emberlificoter, comme plusieurs le prétendent? Ces jurés, ce sont des gens comme vous et moi. Ça aurait pu être vous ou moi. Je ne sais pas si j’en aurais été capable. Je n’ai pas envie de les « blaster » ce soir. J’ai plutôt envie de leur lever mon chapeau.

J’ai aussi pensé à l’avocat, Me Poupart. Ma route a autrefois côtoyé la sienne, dans un  environnement professionnel. Un homme charmant, intelligent, redoutablement intelligent. Et humain, très humain. Ça ne m’a pas surpris quand j’ai su qu’il avait pris la cause. Si quelqu’un pouvait réussir, c’était lui. Mais encore fallait-il qu’il soit intimement convaincu que son client avait réellement disjoncté ce soir là. Pour le peu que je connaisse de lui, je ne crois pas qu’il aurait pu défendre l’indéfendable. Assumer une défense difficile, oui, mais pas défendre l’indéfendable.

Et je pense aussi à lui. Au méchant docteur. À tous ceux qui souhaiteraient le voir croupir en prison, je réponds que sa prison, il l’aura en dehors. Tous les matins, il devra regarder l’homme qui a tué les enfants qu’il aimait. Tous les jours de sa vie, il devra faire face au mépris des autres. Il ne pourra plus pratiquer, ne pourra pas s’exiler, et ne pourra jamais oublier ni se faire oublier. Son enfer quotidien sera pire, à mon sens, que d’être enfermé aux frais des contribuables.

J’y crois, moi, qu’on peut souffrir à ce point qu’on disjoncte. Qu’on se comprenne bien: je ne blâme pas la mère, comme je l’ai entendu parfois aujourd’hui.  Je n’enlève en rien les aspects narcissiques du méchant docteur et le fait qu’il y a d’autres méthodes pour engourdir la souffrance que de tuer ses enfants. Je ne comprendrai jamais qu’on puisse penser qu’en amenant ses enfants avec soi dans la mort, on les empêche de souffrir eux aussi. Mais surtout, je crois  qu’on a tous cette fragilité et tous un point de non-retour. Ça n’excuse pas le geste, ça n’enlève pas l’horreur. Ça l’explique peut-être un peu. Et c’est ça qui fait peur. Le monstre en soi, comme disait Foglia je crois.

Je pense. Trop.