C’est ma vie, c’est ma vie, je n’y peux rien, c’est elle qui m’a choisi

Semaine mouvementée, pleine d’émotions contradictoires. Et ce matin, alors que derrière moi, Merveilleuse merveille et Ado jouent aux échecs, j’ai besoin de faire le point. En cette dernière journée du mois de mars, café fumant près de moi, et alors que le soleil cherche timidement à percer à travers les nuages. Tout à fait à l’image de cette semaine, finalement.

Jeudi, à la blague, je me suis demandée ce qui fesserait le plus fort: le budget ou la cinquantaine? Un et l’autre, je peux dire ce matin. Mais pas dans le sens attendu. Sans surprise, le budget nous a confirmé ce que nous anticipions, soit une coupure dans les dépenses de l’état. Comment cela se traduira-t-il? Le bon côté des choses, même si je sais que ce sera dur, c’est que le temps d’attente achève. Les spéculations, l’anticipation, l’angoisse prendront fin la semaine prochaine, et nous pourrons enfin nous mettre en action. Ce ne sera pas facile, et j’ignore ce qu’il adviendra de moi. Mais après des mois à ne pas savoir, à espérer le mieux tout en anticipant le pire, le fait de savoir enfin nous permettra d’avancer. Pour l’instant, nous avons tous l’air du chevreuil terrorisé dans la lumière des phares.

La cinquantaine? C’est un chiffre. Ou un état d’esprit. Hier, j’ai été renversée par l’affection et la gentillesse de mon entourage. Et d’un entourage large: mes collègues directeurs des bureaux d’affaires m’ont tous envoyé un petit mot – certains mêmes avec mon abonnement à la FADOQ! – ma gang m’a fait une petite fête surprise avec gâteau, chandelles (bon j’admets, le gros 50 sur le gâteau m’a un peu dérangée) et carte remplie de mots gentils, Mammouth et les enfants m’ont gâtée en attendant le souper au resto de ce soir, mon Facebook débordait de mots gentils et le téléphone n’a pas dérougi de la journée.

Ça m’a un peu surpris. Je pense que je réalise mal à quel point je suis appréciée. Et juste de l’écrire, je me sens un peu prétentieuse. Un mot en particulier m’a touchée et je me permets de le reproduire:

 » Oooooooooooh! Une chance que je suis venue ce soir….moi qui apprécie tellement tes messages! Bonne fête très chère Marie-Josée…toi qui serais demeurée une inconnue sans FAcebook et nos nombreuses amies communes. tu ensolleilles presque toutes mes journées par tes liens, tes commentaires….Je te souhaite d’avoir quelqu’un qui, comme tu le fais pour moi, parfume tes journées de sourires fugaces et de petits bonheurs! »

Ce mot vient d’une femme qui a plus que sa part de malheurs, que je n’ai jamais vue, qui n’est qu’une connaissance virtuelle. Et pourtant, et sans le savoir, je compte un peu pour elle. Quand on parle du pouvoir d’internet… celui de détruire, mais également celui de faire du bien, de guérir, d’apaiser.

En cette nouvelle décennie qui commence pour moi, je me souhaite de ne jamais perdre de vue que ma vie, c’est ma vie. J’ai eu la chance de piger un numéro chanceux à la naissance: une bonne famille, de bonnes valeurs. Mais j’ai maintenant l’envie de me donner le crédit de ce que j’en ai fait, avec les choix, bons ou mauvais, et d’assumer que je récolte maintenant ce que j’ai semé, volontairement ou non.

Merci à vous, fidèles lecteurs. Depuis bientôt  6 ans, vous m’accompagnez malgré mon manque de constance. Je n’écris pas pour être lue, mais de savoir que vous le faites, ça me fait chaud au coeur!

Faudrait pas penser

… que je boude parce que l’échéance approche. Ou que je n’écris rien à force de me retenir de ne pas commenter l’actualité (les grèves étudiantes, l’affaire Turcotte, les budgets, les pannes de métro/train, etc, etc, etc.). Je n’écris pas, mais vous vous doutez bien que je n’en pense pas moins!

Non, si je n’écris rien, c’est que mars, c’est la fin de l’année financière. Exceptionnellement difficile, cette année. Le climat d’incertitude qui règne parmi les troupes, les fermetures sauvages d’entreprises à Montréal, les clients qu’il faut presque supplier à genoux pour qu’ils produisent leurs réclamations, bref, y’a rien qui coule de source. Même plus les érables, avec cette température estivale.

Me suis quand même taper un petit plaisir aujourd’hui. Suis allée faire une visite en entreprise. Ça, ça me « regrounde » toujours sur le sens de mon travail. La vraie raison pour laquelle je peux endurer tout le reste.

Et puis, minette a enfin accouché. 6 petits minous, mignons comme tout. Qui ont déjà presque tous trouvé une famille aimante. Bref, la vie continue. Malgré tout.

 

 

Le dernier droit

Ça y est. Dans moins de 26 jours, j’y serai.

Pourtant, j’étais zen. Après tout, ce n’est qu’un chiffre. L’important, c’est comment on se sent dans son corps, non? Et dans sa tête, hein? L’idée même de souligner, avec les gens que j’aime, cet anniversaire charnière me séduisait. Ben oui, faisons un gros party, invitons les amis, fêtons, célébrons! Après tout, ça se mérite, le demi-siècle.

Pourtant, j’étais zen. Bon, disons que cette année, les conditions gagnantes ne sont pas tout à fait réunies. L’incertitude au travail n’aide pas. La fatigue aussi, avec ce drôle d’hiver qui n’en finit pas de ne pas savoir s’il fait froid, chaud, tiède, neige, pluie.

Pourtant, j’étais zen. Jusqu’à une discussion avec ma mère qui m’a avoué ne plus dire l’âge de son ainée (moi) parce que ça la vieillit trop!

Le temps de verbe, ici, est important. J’étais. Je ne le suis plus. Plus du tout. Les cheveux blancs, les pattes d’oie, les articulations récalcitrantes, les symptômes de la pré-ménopause… arggggg! Je ne veux plus. Je ne veux pas! Rien! Pas de party, pas un mot, pas une seule allusion. Rien. Rien du tout! Forever 49! Compris????? F.O.R.E.V.E.R. 49. Point à la ligne.

…..

Ce moment de panique était une gracieuseté de mon calendrier qui m’a rappelé que je venais d’entamer le dernier droit.

Mammouth, si tu me lis, pas nécessaire de tout canceler… j’ai le temps de changer d’idée :-)

 

Clash de valeurs ou de générations?

Être quinquagénaire, c’est se rappeler qu’on a été élevée avec des valeurs fondamentales: l’honnêteté, l’intégrité, la reconnaissance et le don de soi. Et essayer de mettre ces valeurs en pratique tous les jours, même quand c’est difficile, même quand on a l’impression d’être la seule à les pratiquer.

Le soir, j’arrête toujours au dépanneur de la gare du train du retour. Tenu par deux frères, européens, d’un certain âge pour ne pas dire d’un âge certain. Depuis le temps, on a développé nos petites habitudes: quelques fois, je leur demande de me vendre le billet gagnant du 6/49, en leur promettant un voyage dans le Sud si jamais je gagne le gros lot. À chaque fois, quand je vérifie si la chance m’a enfin choisie, je leur fais la même remarque qu’en fait de Sud, c’est Longueuil qui nous attend s’ils ne font pas un effort. Quand je sors plus tôt, ou plus tard, ils commentent sur le fait que ce ne sont pas des horaires pour une maman. En hiver, leur kiosque est au milieu des grands vents glaciaux. En été, ils s’épongent au soleil qui plombent dans leur dos. Mais hiver comme été, ils sont souriants, gentils, attentionnés.

En début de semaine, arrivée à la dernière minute, j’arrête chercher un paquet de mouchoirs, tend un 20$ et reprend la monnaie que le plus âgé des deux me redonne et je m’engouffre dans le train. Ce n’est que rendue à la maison que j’ai réalisé qu’il m’avait redonné 5$ en trop.

J’aurais pu ne rien dire. J’en étais bien incapable. À eux deux, ils ne doivent pas gagner le tiers de mon salaire. Et ils le gagnent dans des conditions que je ne supporterais pas. Vous me direz que 5$, ce n’est rien, mais quand on gagne sa pitance dans de pareilles conditions, ce n’est pas rien.

Hier, comme j’étais en avance, j’ai tendu le 5$ en lui disant que si sa caisse ne balançait pas depuis mardi, c’était parce qu’il m’avait remis trop d’argent. Il m’a regardé, yeux grands grands grands, et a pris l’argent. Puis, il a crié à son frère, qui était un peu plus loin, de venir ici. Dans une langue que je ne comprends pas, il lui a dit quelques mot. Alors le plus âgé des deux s’est approché de moi, a pris ma main et y a déposé un baiser. En me disant que lui et son frère étaient touchés par mon honnêteté, et qu’ils aimeraient bien que j’accepte une barre de chocolat…

Je me suis questionnée tout le long du trajet du retour. Touchés par mon honnêteté? Est-ce à ce point rare? J’aurais fait la même chose à l’épicerie. Bien sûr, mon Provigo n’est en rien comparable à ce petit dépanneur, mais c’est souvent la caissière qui verra son chèque de paye amputé du montant manquant dans sa caisse à la fin de la journée. Pourquoi je la pénaliserais? Et si c’était moi? J’aimerais bien qu’on me remette l’argent manquant. Le montant importe peu, c’est le principe qui compte.

J’ai raconté l’anecdote à Merveilleuse merveille ce matin. Qui m’a dit qu’elle, elle aurait gardé l’argent. Ai-je manqué à ce point son éducation? Je lui ai expliqué pourquoi j’avais agi ainsi, et que je souhaitais qu’elle réfléchisse, elle aussi, à comment elle réagirait si c’était elle à qui il manquait de l’argent. Elle m’a regardé, puis m’a dit… « ben là, 5$, maman, c’est rien! »

Ont-ils donc si peu la notion de l’argent? Les a-t-on trop gâtés? Je me questionne. Mais je n’ai pas de réponse. Ça me chicote. Est-ce une divergence de valeurs, ou simplement un choc des générations? J’ai lu, je ne sais plus ou, qu’ils ne faut jamais oublier que nos enfants rois seront demain ceux qui prendront soin de nous quand nous serons vieux. J’avoue: ça me fait peur.