Quoi de neuf chez-vous?

Bon. Maintenant que Clément l’a annoncé et que plusieurs blogues ont été réanimés (coucou CFD et Martine!), il me faudra bien revenir à une discipline d’écriture. Ce qui pourrait s’avérer plus facile à dire (ou plutôt à écrire!) qu’à faire…

Vous me connaissez. Je ne parle jamais politique. Ou si peu. Et 2017 ne fera pas exception. Notamment parce que j’ai une obligation de réserve. Et que mes opinions, voire mes prédictions de soirs de scotch, je le garde pour moi et de très proches amis. Et qu’on ne sait jamais qui viendra lire ici hein…

Je vais me garder également une petite gêne sur les exploits et finesses de Merveilleuse merveille. Notamment parce qu’elle n’a plus 5 ans, et qu’elle aussi sait lire et fouiller sur les zinterwebs.

Ma vie de couple? Elle va très bien et ne regarde que nous. Les gens heureux n’ont pas d’histoire, alors je vois mal ce que je pourrais vous raconter.

Mon xième régime? Les dernières séries écoutées? La météo??? La sacré météo???? Des recettes? De sport?

Et puis, quand on a pris l’habitude d’écrire 140 caractères ou un peu plus si on préfère Facebook, faire de longs textes (ie plus de 2 paragraphes!) faisant sens, c’est difficillllllllle, comme disait Paillasson.

Bref, on parle de quoi, en 2017, quand on veut bloguer?

J’ai lu quelque part qu’une bonne habitude se créer en 21 jours. Alors je me donne ce délai pour que bloguer redevienne une habitude. Entre-temps, je réfléchis.

À demain!



 

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Ce café qui n’est jamais arrivé

Paraît que le blogue va vivre sa renaissance, en 2017. C’est pas moi qui le dit, c’est mon ami Clément. Et comme je rêve de devenir une « influenceuse », je me suis dit que si je bloguais en 2016, je devancerais la tendance, voire même que je l’influencerais. Ouais. Genre.

Une fois cela dit, j’écris quoi, là? Le bilan de 2016? Parce que j’avais en tête, en déjeunant tout à l’heure au resto de l’hôtel ou nous avons fait escale, que 2016 a vraiment été une année de merde. Des morts célèbres – Bowie, Cohen, l’inventeur de l’œuf Kinder – qu’on pleure. Des attentats terroristes, l’horreur d’Alep, l’élection de Trump. La mort de l’innocence.

Plus près de nous, la maladie qui frappe notre belle Véro. Le mammouth qui se lance en politique et qui en fait l’apprentissage à la dure. Des projets professionnels qui demandent une énergie folle, avec des périodes de stress intenses et de doutes profonds.

Ouais, 2016 a été une année merdique. Quoique…  Je suis d’un naturel plutôt optimiste qui veut voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Et 2016 a eu son lot de bons moments, avec des amis, des collègues, mais surtout en famille. Une semaine de vacances près d’une rivière saumoneuse, des soupers de discussions joyeuses et animées, de belles surprises, de nouvelles amitiés. Et on finit ou on a commencé, en famille à l’Anse-St-Jean. En famille, en douceur, avec les touts-petits, la neige qui enjolive le village et le temps qui passe lentement.

2017 ne sera peut-être pas plus facile. Ma génération vieillit, et nos idoles, dont tout ceux qui sont partis cette année, vieillissent également. À quelques exceptions près, les gens qui sont partis cette année étaient à l’âge ou l’éventualité d’un décès devient probabilité. L’immortalité n’existe pas.  Il y aura élection, avec ce que ça comporte des nuits écourtées et de jours qui  s’étirent.

2017 sera aussi l’année du retour à la santé pour notre belle Véro, l’année des festivités du 375e, l’année des premiers émois amoureux de Merveilleuse merveille.

Je nous souhaite que 2017 nous donne un peu de recul pour éviter de dramatiser ce qui ne doit pas l’être et de prioriser ce qui doit l’être.  À quelques heures de traverser vers cette nouvelle année, je me souhaite de conserver la sérénité qui vient avec l’âge, la capacité de m’indigner pour ce doit changer, et de rester ouverte à ces nouvelles amitiés qui croiseront ma route et qui enrichiront ma vie sans oublier le dernier café…

Je vous souhaite, en plus du traditionnel santé bonheur et amour, de rester fidèle à vos valeurs et surtout, surtout, de voir votre verre à moitié plein.

 

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Nah. Je refuse. Pas 14.

On le dit, comme on répète ces phrases creuses, passe-partout, qui ne veulent rien dire mais qui meublent le silence. « Eh! que le temps passe vite, hein! ». Puis on retourne à notre quotidien, boulot, petits et grands problèmes, réels ou inventés, petites et grandes peines, petites et grandes joies.

Les semaines filent les unes après les autres, comme les grains d’un chapelet, avec parfois un noeud plus gros que les autres. On s’arrête un peu sur ce noeud, on pleure, on rit, on respire un grand coup et on repart. La routine, la chère routine, qui nous garde la tête hors de l’eau. Le ménage, le lavage, l’épicerie, les amis qu’on voit trop peu, la famille si loin. La météo qui nous fait sacrer : trop chaud, trop froid, trop de pluie, pas assez de pluie, trop humide, trop sec, les « chu tannée en sacrement de mettre des bottes en mai ».

Et puis, un matin d’été, on réalise qu’il y a 14 ans, on a mis au monde la plus merveilleuse des merveilles. Maintenant adolescente pleinement assumée, ivre de sa nouvelle liberté – le métro et le bus de ville ne lui sont plus étrangers – prête à tester les limites, tout en étant d’une grande sagesse. Un sens de l’humour craquant, maitrisant l’ironie presqu’aussi bien que sa mère, curieuse de tout, passionnée de rien, et belle, mais belle! Comme le sont toutes les adolescentes qui se promènent, inconscientes de leur beauté mais qui s’essaient à séduire, sans se douter que ce jeu peut être dangereux.

Tu testes tes limites, ma toute belle rebelle, mais ce sont les miennes que tu fais reculer à chaque jour. Je suis morte de peur, mais je t’envie de découvrir chaque jour ton autonomie, sans avoir à assumer toute suite toutes les conséquences. Je t’envie de voir avec tes yeux neufs ce monde qui parfois m’exaspère. Je voudrais tant t’éviter les peines, les déceptions, la peur. Et en même temps, je sais que c’est à force de t’y frotter que tu développeras toutes les facettes de ta personnalité.

Tu as été Charlie, Paris, Nice et Orlando. Tu n’as pas peur du monde, mais en même temps, tu me dis que le tien sera moins brutal, moins violent. Puis, tu pars en chantant la dernière de Rhianna, comme si chanter à tue-tête faisait disparaître l’angoisse. Tu es toujours la plus belle des perséides. La plus brillante.

Je t’aime ma toute belle rebelle. Ce mois d’août est comme tous les mois d’août. Au bonheur de ta naissance, s’ajoute toujours une petite peine ou un gros chagrin. Cette année, c’est le gros Gaston, notre toutou si doux, qui nous a quitté, au bout de sa vie. Hier, c’est moi qui t’aurais consolé. Aujourd’hui, c’est toi qui a passé ton bras autour de mes épaules et qui m’a dit que tout irait bien. Ça m’a rassurée.

Je le vois dans tes yeux, parfois, que tu me trouves moumoune. J’ai le droit. Je suis ta mère. Depuis 14 ans.  Eh! que le temps passe vite, hein!

 

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Une teen… que je le veuille ou non

Ah! Merveilleuse merveille. Aujourd’hui, tu as 13 ans. 13 ans. J’ai peine à y croire: la vie va trop vite. Pourtant, notre vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Cette dernière année, tu as mûri. Le passage au secondaire, que nous appréhendions toutes les deux, s’est mieux passé que je ne l’espérais. Pas facile, tu as dû apprendre à t’organiser, à faire face à tes faiblesses, toi qui l’avais toujours eu facile au plan académique. Malgré tout, tu nous as impressionnés, en nous demandant à la fin de l’année de t’inscrire à des sessions préparatoires pour tes examens. Et tu as réussi! Un magnifique bulletin, dont tu étais fière et nous aussi!

Tu es de plus en plus belle. Fabuleuse, dis-tu avec une grande modestie! Et même si tu gères de mieux en mieux tes émotions, tu as toujours cette étincelle prête à s’enflammer pour toute injustice réelle ou perçue. Je te vois, avec les touts petits qui nous entourent, douce et maternelle, et la seconde d’après prête à mordre pour défendre tes droits. Tu es toujours ma belle rebelle, ma perséide. Tu commences à parler d’université, en nous avisant que tu auras le goût d’étudier « ailleurs »: Harvard, Oxford, Standford… Tu vises haut, puis tu doutes.

Cet été, toi et tes copines avez reculé les limites de votre liberté: vélo, piscine familiale ou municipale, cinéma, musée, spectacles et backstages… C’est l’été de tes 12 ans, un été qui ne reviendra pas. Tu en as profité, tu t’es épanoui, tu es devenue plus sage, mais également plus ouverte aux autres.  Puissent les prochains étés être aussi plein d’aventures et de découvertes. Tu ne veux pas me l’entendre dire, mais ces années seront les plus belles de ta vie, même si elles te paraissent difficiles. Elles seront difficiles pour moi également: de te laisser ouvrir tes ailes et ne pas te montrer mon inquiétude, faire confiance aux bases que nous t’avons données et te laisser tester mes limites, c’est pas simple ma cocotte!

Demain, nous partons toi et moi en voyage, ton papa ne pouvant nous accompagner. J’ai hâte, ma choupinette, de passer ce temps avec toi, de découvrir avec toi ce nouveau pays. Qui sait? Peut-être pourrons-nous en faire une nouvelle tradition.

Ce matin, nous t’avons trouvé endormie sur le divan du salon. Ce grand corps de femme, c’est quand même ma fille, ai-je pensé. Avec une immense bouffée d’amour. La même bouffée d’amour qu’au moment où nos regards se sont croisés pour la première fois.  Depuis 13 ans tu fais ma joie et mon bonheur. Je t’aime, ma toute belle rebelle. Maintenant, vas faire ta chambre!!!

 

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Rituels et autres considérations pascales

Hier soir, nous étions invités à une soirée. En compagnie de gens bien (non non, je ne nommerai personne!). Mais surtout, nous avons été invités à partager le rituel de Pessah, la Pâque juive. Entre nourriture traditionnelle, lecture et chants, la soirée a été fort agréable.  Et s’y sont mélangés des chants irlandais, des conversations qui allaient dans tous les sens et des rires qui ont augmenté au fil du vin versé dans les coupes.

Aujourd’hui, c’est Pâques. À part l’orgie de chocolat, que me reste-t-il des rituels catholiques? Rien. Enfant, je me souviens qu’il aurait été hors de question de ne pas assister aux cérémonies religieuses du jeudi (là où le prêtre lavait les pieds de 12 « choisis »), du vendredi saint – à cette époque, les magasins fermaient à 14h00 – et du dimanche, qui commençait avec la course à l’eau de Pâques, et où les cocos ne se mangeaient qu’après la grande messe. Celle où on étrennait chapeau, manteau et souliers neufs et où c’était officiellement le début du printemps. Sans parler de faire maigre jeûne le vendredi et de mettre fin au carême avec le jambon à l’ananas. C’était aussi le temps du gâteau en forme de lapin, avec le modèle découpé dans « Perspectives » que ma mère faisait, année après année, entouré de paille de couleur et de cocos au sucre. Gâteau qu’elle a fait pour ma fille, poursuivant ainsi la tradition.

J’aime les rituels, j’aime qu’on y porte attention. Ils marquent le temps, l’année. Ils sont un repère, tout comme Noël et la dernière journée d’école. Ils nous aident à perpétuer les traditions familiales. Ils ont un sens, celui qu’on leur donne.

Parce qu’on peut reprocher un tas de choses à la religion catholique, on a jeté le bébé avec l’eau du bain. On tente, parfois maladroitement, de recréer des rituels. J’ai assisté à une cérémonie funéraire, il y a quelques mois. J’écris cérémonie, mais ce n’est pas le bon mot. Dans une salle, un vidéo du « disparu » qui tournait en boucle. Des gens qui jasaient, comme dans une soirée mondaine. Rien, pas un mot, sur la peine et la douleur des gens qui lui survivaient. Pas de place pour ça. On occulte la mort, on vous regarde de travers quand après trois jours, on ose dire qu’on a de la peine. Pourtant, les rituels anciens de la mort avaient pour but d’apprivoiser l’absence et de faire savoir à tous qu’on était plus fragile.

À force de tout vouloir réinventer, passe-t-on à côté de quelque chose? Que vais-je laisser à ma fille qu’elle aura envie de passer à ses propres enfants? Qu’elle refera en ayant une pensée, si petite soit-elle, pour sa propre mère qui faisait les mêmes gestes que sa mère à elle? Matière à réflexion…

Joyeuses Pâques!

 

 

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De la fragilité

Ce texte fait partie de la série initiée par Clément Laberge, » 10 minutes, pas une de plus », et inspiré par un texte de mon amie Sophie 

 

Encore une fois, on a passé le cap. Le premier de l’An. Pleins d’espoirs, d’objectifs, de résolutions. Pleins de bonne volonté, d’amour du prochain, d’envie de changer le monde. On a fait son bilan perso le 31 au soir, écouté le Bye Bye pour le critiquer et avoir un sujet de conversation au retour au travail. On a échangé des voeux avec amis réels et virtuels.

« La routine habituelle, quoi » disait je ne me souviens plus quel personnage d’une série pour enfants que j’ai tant écouté petite. Pourtant, plus j’avance en âge, plus cette routine prend de l’importante. Ou plutôt, devient rassurante. Elle m’ancre et m’encre dans ma vie.

Cette année, tous les plans faits depuis quelques mois pour la période des fêtes se sont retrouvés chamboulés. Et j’ai passé, avec une amie, la soirée du premier de l’an dans une salle d’urgence. Rien de grave, mais un formidable observatoire de la nature humaine.

Question de réaliser, une fois de plus, la fragilité de la vie et de nos certitudes. Question de ne rien prendre pour acquis et de profiter de chaque seconde. Question de ne plus remettre à demain.

TIme is up. Temps de retourner à ma vraie vie!

 

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Le rire d’un enfant

Dans la série « 10 minutes, pas une de plus » initiée par Clément Laberge

 

De plus en plus, les sons m’agressent. Quand je suis revenue de l’Inde, ça m’a pris une éternité à me remettre du décalage horaire. J’ai mis ça sur le compte du long trajet en avion mais j’ai compris que ce qui m’avait le plus drainée, c’est le bruit, incessant, agressant – les klaxons, les cris, l’appel à la prière. J’avais envie de silence. Et pourtant, je ne peux m’endormir sans la radio. Paradoxe, paradoxe.

Mes souvenirs sont souvent reliés à des sons, parfois à des odeurs. Souvent à des chansons, parfois à un timbre de voix. Mais rien, rien ne me ramène dans un état de bonheur comme le rire d’un tout petit.

Ce matin, malgré une petite déception – je ne verrai pas les miens en ce temps des Fêtes, épidémie de grippe oblige – c’est le rire de Fabuleux filleul au téléphone qui m’a réconciliée avec la situation. Pur, cristallin, provoqué par une blagounette.

Souhaitons-nous, en cette fin d’année, que le rire des enfants soit le moteur de nos actions pour 2015. Que ce rire nous inspire, nous réconforte et nous ramène dans cette zone où le bonheur existe.

 

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10 minutes , top chrono.

Pour l’amour des mots. Pour le plaisir du défi. Pour l’envie de tisser un lien avec une communauté virtuelle, mais si précieuse.

Malgré un sentiment puissant d’imposture. La sensation d’être une illettrée  au milieu de gens qui connaissent les mots, qui en vivent.  De gens qui m’impressionnent par la qualité de leur plume, la justesse de leur propos, la finesse de leur esprit. Y ai-je ma place? Peut-être. Peut-être pas. Est-ce important? Nah…

Alors fonce, Alfonse aurait dit mon père! 10 petites minutes pour raconter la lumière de l’Inde? La merveilleuse luminosité de matins d’été en Gaspésie? Le son cristallin du rire de la petite voisine, excitée par la période des fêtes? L’odeur de la tourtière qui hier a cuit tout doucement, se mêlant à celle du sapin au salon? Ces odeurs si particulières de ce temps de l’année qui me ramènent instantanément à l’enfance?

Trop d’idées, trop peu de temps. Time is up, darling!

Mais ce n’est que partie remise…

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Souvenirs de l’Inde

Trop de souvenirs. Trop de sensations. Quelques photos. Pas grand chose, au fond.

L’Inde, c’est un mélange d’émotions et de sensations. Une histoire où s’emmêlent les religions, les croyances et les traditions, où la cruauté rivalise avec de grands gestes de bonté. On reste le souffle coupé devant la beauté du Taj Mahal, pouvant à peine imaginer tous ces artistes qui ont, patiemment, incrusté pierres précieuses et semi-précieuses dans un marbre immaculé. Ou ces artisanes, brodant finement des fresques murales de fils d’or et d’argent.

J’y ai appris, d’un guide fabuleux, que les harems étaient aussi destinés aux veuves des soldats tués au combat, et à qui l’empereur offrait un toit, pas toujours en échange de faveurs sexuelles. J’y ai aussi appris l’histoire de ce fils, qui voulant succéder au trône, a assassiné ces deux frères aînés pour devenir ainsi l’héritier. Qui a ensuite emprisonné son père qui, pendant 8 ans, a regardé le mausolée de sa conjointe aimée avant de l’y rejoindre.

La rue? Ce sont des odeurs, celles du curry, prédominantes, et celles plus subtiles d’ail, d’oignons et d’herbes. Des odeurs qui s’incrustent. C’est aussi ces montagnes de déchets, de bouteilles vides, de briques et de pierres concassées tassées sur le bord de la route. Des voitures, des « touk-touk », des gens qui traversent sans se soucier de rien, et un traffic  d’enfer. J’ai eu l’impression toute la semaine d’être dans un carrefour giratoire sans priorité de passage. Et comme l’Inde est une ancienne colonie britannique, la conduite y est à gauche. Complètement déstabilisant.

Des couleurs: celles des sari, magnifiques, vibrantes, brillantes. Des publicités, en anglais, partout, partout, pour des cliniques médicales, des chirurgies plastiques. Involontairement comique, parfois: « Got brain tumor? Don’t worry! » ou encore « Here, we guarantee that your hart is ok, or your next surgery is free », avec des dessins qu’on pourrait qualifier d’art naif. Et le noir des niqab, de plus en plus présents. Des femmes aux regards intenses, qui se hâtent de faire leurs courses, en houspillant les enfants.

On a tous lu ces histoires d’horreur de viols collectifs, de femmes mutilées. C’est une réalité. Mais que je n’ai pas cotoyée: je n’ai vu que des gens souriants, doux, sans agressivité, qui n’ont rien mais qui sont prêts à tout donner. Qui voulaient se faire prendre en photo avec nous – on est toujours « l’exotique » de quelqu’un! Un mélange de délicatesse et de rudesse parfois inexplicable. Une culture où on trouve normal de « magasiner » le mari de sa fille, même si cette dernière est dentiste et a 25 ans. Qui ne comprend pas qu’on puisse voyager avec un collègue de travail qui n’est pas son conjoint.

J’ai peur d’oublier. Je ne veux pas oublier, revenue dans le tourbillon d’un quotidien qui nous happe. J’ai besoin de mettre en mots cet émerveillement, et ce désespoir qui frappe tous ceux qui ont la chance de passer quelques jours en Inde.

Désespoir? Le mot est peut-être fort, j’en conviens. Mais je ne sais pas comment appeler ce sentiment qui m’a envahie un soir, au retour. Des dizaines d’enfants, vivant dans la rue, qui cognent gentiment dans les fenêtres de la voiture, quémandant des sous pour manger. Une fillette, magnifique sous la saleté, qui fait les yeux doux à mon compagnon de voyage. Un bambin, à peine plus vieux que Fabuleux filleul, qui marche à travers les autos, mêlant ses cris aux bruits incessants des klaxons. Comment aider? À ce point, la pauvreté peut-elle être éradiquée?  Par où commence-t-on? Se sentir privilégié d’être née dans un pays « riche », coupable d’être une touriste « riche », ça n’aide en rien ces millions de gens qui vivent dans les slums.

J’ai eu une discussion éclairante avec une chercheure de l’Université de Mumbai, qui est venue il y a quelques années à Montréal. Elle était abasourdie de voir que bien que nous ayons des itinérants, nous n’avons pas de familles dans la rue. Que notre pauvreté est bien relative. Mais surtout, surtout, que nous pouvons vivre dans un pays où il fait si froid. Elle m’a expliqué que malgré tout, les indiens sont heureux. Difficile à comprendre, quand le moindre retard de métro devient un irritant majeur, que l’absence de médecin de famille est un drame et que pour se donner bonne conscience, on fait un don à Centraide.

Le bonheur, c’est bien relatif. Non, je ne me sens pas coupable d’être née ici. Mais je m’en voudrais de ne pas profiter de ma chance et d’oublier.

 

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J’ai 12 ans, maman

Jeune adulte, un album de Diane Dufresne a tourné en boucle pendant des mois dans mon appartement. Et au coeur de cette album, une chanson qui parlait d’une enfant qui avait peur de manquer sa vie, du temps qui passe et de la bombe à neutrons.

Aujourd’hui, c’est toi ma poussinnette qui a 12 ans. Cette dernière année où je n’ai pas écrit sur ce blogue a été fertile en changements de toutes sortes pour toi comme pour nous. Mais surtout, surtout, tu as 12 ans et tu t’apprêtes à passer à une étape qui, je l’avoue, me fait un peu peur.

Dans quelques jours, tu commenceras le secondaire. Pour l’instant, tu crânes, tu te la joues facile. Mais je te connais… en dedans, y’a une petite angoisse. Normale, cette peur de l’inconnu. Un jour, je te raconterai comment j’étais terrorisée à cette étape de ma vie.

Entre-temps, ma belle rebelle, tu changes. Tu es une jeune fille magnifique – et ce ne sont pas que mes yeux de mère tout à fait partiale qui le remarquent. Ton corps a changé, et tu fais déjà tourner les têtes. Toi, superbe inconsciente, tu minaudes, tu te « selfises-moues-de-truite » et tu demandes si tu es jolie. Jolie? Mieux que ça. Belle. Du genre intimidante.

Et brillante. Comme un singe. Avec un humour décapant. L’autre jour, alors que je te racontais que le fils d’une amie souhaite, quand il sera grand, fréquenter la même école que toi parce que tu y seras, tu m’as regardé du coin de l’oeil en me disant: « M’man, tu le sais bien… je suis une cougar! ».

Une combinaison parfaite, donc, pour être une ado qui nous en fera baver. Ma job est loin d’être finie, mais Mammouth et moi sommes fiers de ce que tu deviens. Tu as encore à apprendre qu’il te faudra assumer tes choix, les bons comme les mauvais, et à en gérer les conséquences. C’est cela, l’adolescence. Ce ne sera pas facile ni pour toi, ni pour nous. Il me faudra te laisser tester mes limites, et j’aurai à apprendre à gérer mes peurs pour te permettre de grandir. Je ne pourrai t’éviter ni les peines, ni les angoisses, ni les erreurs. Je devrai me mordre le dedans des joues pour ne pas te répéter « je te l’avais bien dit » et autres phrases de maman plate que j’ai tant reprochées à la mienne et que je comprends maintenant.

Tu m’as demandé, dernièrement, si je serais déçue que tu n’ailles pas à l’université. Je t’ai répondu que ma job à moi, c’était de te donner la possibilité de faire tes choix, mais qu’ensuite, il t’appartiendrait de les faire et de les assumer. Et que peu importe, je t’aimerais en doctorante comme en éboueuse, en autant que tu sois heureuse. Ai-je tort? Devrais-je essayer d’influencer tes choix? Suis-je une mère qui démissionne de son rôle de guide? Tu vois, moi aussi je doute. Souvent. Parce que tu me forces à me remettre en question constamment.

Je t’aime, ma belle rebelle. Cette nouvelle étape, nous la vivrons ensemble. Je me suis promis, devant ces perséides qui te représentent si bien, que le plaisir et le bonheur seront au rendez-vous pour les prochaines années. Souviens-t’en. Même quand je serai la mère qui ne comprends rien, qui te gosse et qui ne veut rien savoir. Je me donne le droit d’être imparfaite et de continuer à apprendre, à tes côtés, comment devenir une meilleure femme et une meilleure mère.

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