Dans un ministère près de chez-vous

NDRL: L’histoire que vous allez lire est vraie. Seul le nom de l’innocente a été changé, justement pour préserver son innocence. Les détails également ont été modifiés, question d’éviter toute poursuite légale. Enfin presque…

Picture this, comme disait Sofia: Un vendredi soir, au terme d’une longue semaine. 4 individus, dans un meeting qui commence à 16h30. Mettons 2 boss, 2 sous-fifres. Une de ces sous-fifres n’a qu’une envie, retourner à la maison pour se mettre au lit. Dans sa tête, ça fait blingblingbling… Ça discute ferme, de dossiers tous plus ennuyants les uns que les autres. L’atmosphère est sombre, comme la nuit noire et froide qui s’abat sur Montréal. La sous-fifre écoute à moitié, dans sa tête elle voit une ile grecque, des olives, des corps étendus sur une plage de sable…

Tout à coup, un dossier d’une importance capitale se pointe dans la discussion: pourquoi ne pas utiliser le précieux argent gracieusement donné par les contribuables du Kanadéa pour financer un service 811? Ce service, pour vous situer, est un genre de ligne d’urgence sociale, un 911 non médical. Vous êtes en train de faire une crise cardiaque? Signalez 911. Vous êtes sur le point de péter les plombs après une madame qui paye avec toutes les cennes noires de son p’tit porte-monnaie de cuir à la caisse express alors que vos enfants hurlent de faim, faites le 811. Vous vous faites frapper par une van en essayant de traverser à pied le boulevard des Laurentides, faites le 911. Vous pensez à enjamber le pont de la Rivière-des-Praires, faites le 811. Z’êtes mêlés? Faites le 0!

Bon, vous voyez le topo. La future ligne 811 servirait à désengorger le 911 des urgences non-médicales. L’idée est correcte en soi. Après tout, ça fera une autre bébélle à taxer éventuellement. Sauf que, dans votre ministère, vous avez une vocation économique. Pas sociale. Vous n’investissez que dans les naffaires à caractère économique. Pas dans le communautaire. Pas dans la prévention du suicide, dit un des boss.

Et c’est là que la sous-fifre innocente disjoncte. Carrémment. Blingblingbling dans sa caboche douloureuse. Et qu’elle s’étouffe de rire. Parce qu’elle se souvient qu’il n’y a pas si longtemps, le ministère a investi dans la confection de cercueils à valeur ajoutée *non, ne me demandez pas ce qu’est un cercueil à valeur ajoutée!* et dans le gossage d’urnes individuelles et portatives en granit que vous pouvez offrir à ceux qui restent, avec vos restes, à votre « grand départ »…

Et elle se dit que c’est typiquement gouvernemental: la main gauche qui ignore ce que fait la main droite. Pendant que la gauche subventionne le cercueil, la droite subventionne la prévention du suicide. Bref, la droite bousille la ressource première de la gauche… Et la sous-fifre devient carrément hystérique, essayant d’expliquer entre deux quintes de toux, la logique implacable de son raisonnement. On ne financera pas par souci de cohérence! Et la sous-fifre se dit que plus elle continue, plus elle se cale, mais que ça fait des semaines qu’elle n’a pas ri autant au bureau, alors tant pis!

Et après ça, vous direz que la vie de fonctionnaire est plate!

5 réponses sur “Dans un ministère près de chez-vous”

  1. Tant qu’à être cynique… j’ai toujours pensé que la valeur ajoutée devait être un truc qui, comme dans les ascenceurs des hôtels chics ou des tours à bureaux du centre ville, vous dit d’une voix mieleuse: « Going down » « nous descendons »….

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.