Dans ma banlieue loin loin, il y a de nombreux, très nombreux parcs. Et dans la plupart de ces parcs, un « croque-livres », ces boites où on peut déposer des livres pour que d’autres puissent profiter de nos lectures. Du plus loin que je me souvienne, même en plein hiver, les croque-livres sont pleins. Romans, essais, et surtout livres pour enfants y sont laissés, et il arrive même parfois que le croque-livre se vide en moins d’une journée.
En prenant ma marche quotidienne avec Virgule, j’ai vu une scène qui m’a mise en joie. Un jeune enfant, tout au plus 7 ans, seul au parc, a méticuleusement choisi deux livres et s’est installé dans la balançoire pour lire. Je me suis discrètement rapprochée, pour l’observer. Manifestement, c’est un enfant qui aime non seulement lire, mais l’objet que représente un livre. Il les a retournés, regardés, puis a choisi celui qu’il lirait en premier. Ça m’a émue. De voir que même si jeune, la lecture a cette importance.
J’ai l’imagination fertile. Peut-être n’a-t-il pas accès, chez-lui, à de tels trésors. Il y a fort longtemps, je donnais quelques heures par semaine à l’aide aux devoirs dans un quartier défavorisé. Tous les enfants de cette classe provenaient d’un milieu tough, et avait probablement vu des choses qu’aucun enfant ne devrait voir à cet âge. Un d’entre eux, petite frimousse malcommode, n’avait aucune patience avec les chiffres, mais aimait lire. Beaucoup. Dans ma grande naiveté, je m’imaginais qu’il devait avoir des livres à sa disposition. Quand je lui ai posé la question, il m’a répondu que sa mère ne voulait pas acheter des livres, parce que c’était de l’argent gaspillé. Chez-nous, la fréquentation du Salon du livre était un must, alors considérer qu’acheter un livre était du gaspillage ne faisait aucun sens pour moi. Après quelques semaines, j’ai obtenu l’autorisation de lui payer son abonnement à la bibliothèque municipale, où il pouvait aller seul. J’ignore ce qu’il est devenu, mais j’ose espérer qu’il a continué à trouver dans les livres un rempart contre la vie trop dure.
Peut-être que le petit garçon du parc a des parents qui limitent l’accès aux tablettes et téléphones, et qu’il a trouvé dans la lecture un substitut de choix. Qui sait? Mais une chose est sûre, pendant les 15 minutes où je l’ai observé discrètement, il était dans sa bulle. Il était magnifique.
Vous me connaissez, je ne parle jamais politique. Ou si peu. Et je ne me transformerai pas en critique de programmes politiques. Mais je trouve que l’idée d’offrir un livre québécois à chaque enfant à chaque fin d’année scolaire est une maudite bonne idée. Si on développe le goût de lire, mais surtout si on donne la possibilité à tous ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter des livres d’en posséder quelques uns, c’est leur donner un début de richesse. Personne ne devrait avoir à choisir entre un livre et de la nourriture, mais c’est notre réalité. Et pour parler le langage économique si en vogue maintenant, ce n’est pas une dépense, mais un investissement. Dans notre jeunesse, dans notre langue, dans notre culture.
Je n’ai plus de livres pour enfants. Merveilleuse merveille a grandi, on en a refilé quelques uns à Fabuleux filleul et à sa magnifique soeur, et le reste est allé dans un croque-livre. Le 12 août prochain, j’achèterai un livre jeunesse d’un auteur d’ici. Et j’irai le porter au parc.