Avertissement: ce texte est 100% intelligence humaine, avec une forte tendance « à coeur ouvert » .
Vous me connaissez, je ne parle jamais politique. Ou si peu.
Bon, traitez-moi de menteuse: tout est politique. Même le choix de poster des vidéos de p’tits chatons tout mignons ou de vieilles dames indignes, c’est politique. Mais compte tenu de mon parcours professionnel, je me suis toujours gardé une petite gêne, sauf quand l’indignation m’étouffe. Et dieu sait que cette dernière campagne m’a donné bien des occasions de m’étouffer!
Je ne veux pas jouer dans le film intitulé « Moi dans mon temps ». Je suis une vieille dame, qui a commencé à s’intéresser à la politique en 1980. Je suis tellement vieille que moi, j’ai voté au premier référendum. J’ai voté OUI, avec enthousiasme. Je l’ai souvent raconté: dans ma perspective, on me demandait la permission d’aller négocier un meilleur arrangement avec le Canada, et on reviendrait me consulter sur la finalité des choses. On me demandait un mandat non pas de quitter le Canada, mais d’aller voir si on pouvait faire mieux, faute de quoi, on me demanderait si je souhaitait quitter le Canada. Et ce « on », qui me le demandait, c’était un de nos plus grands démocrates, un de nos plus grands premiers ministres, René Lévesque.
Je me souviens, à mon Cégep, d’un débat entre Robert Bourassa et Pierre Bourgault. Je me souviens de l’intelligence du propos, de la profondeur des arguments, mais surtout, de la courtoisie entre les deux hommes, entre le très cérébral Bourassa et le fougueux Bourgault. Ma véritable passion pour la politique, c’est de cette conférence qu’elle est née.
Bien sûr, le soir du référendum, j’étais déçue. Pas dévastée. Puis la vie a passé et à fait en sorte que j’ai travaillé pour les libéraux de Monsieur Bourassa. À l’époque, René Lévesque n’était plus que l’ombre de lui-même, mais le PQ demeurait un parti d’idées, ouvert sur le monde. À mes yeux, outre l’objectif de l’indépendance, les deux partis convergeaient vers un même objectif, noble: faire du Québec un endroit où chacun pouvait aspirer à mieux. Divergences sur les moyens, peut-être, mais pas sur l’objectif.
Je n’ai jamais été ultra partisane. Les gens qui me connaissent et qui m’ont connue lors de cette période professionnelle peuvent en témoigner. J’avais de très bons amis chez les péquistes, des amis avec qui je partageais des repas, et des discussions respectueuses. Même si j’étais une « maudite libérale ».
La vie m’a amenée ailleurs, à Ottawa. Là-bas aussi, j’étais une maudite libérale, mais j’avais de bons amis chez les bloquistes et au NPD. Moins, je l’avoues, chez les conservateurs qui, pour mémoire, n’avait plus grand chose de progressistes (c’était l’époque du Réforme Party, avant la fusion avec le PPC). Au deuxième référendum, j’ai voté NON. Encore là, la qualité des acteurs étaient remarquables: Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Jean Chrétien. Qu’on les aime ou non, ils étaient tous de remarquables bêtes politiques. J’ai voté NON parce que pour moi, les avantages de devenir un pays n’étaient plus grands que les désavantages. Traitez-moi de traitre à mon pays. Non, je ne vibre pas à regarder les Rocheuses. Non, je ne suis pas remuée quand j’entends le « Ô Canada », sauf aux Olympiques. Je vibre quand j’entends Michel Rivard, Lou-Ann Cassidy. Y’a rien de plus beau que l’Anse-St-Jean au petit matin. Mais déjà, j’aimais moins le discours du « Le Québec au Québécois ». Mais au moins, il y avait un projet derrière ça. Le Québec, par sa langue, sa culture, était distinct, certes, mais ce sont ses valeurs de coeur et d’ouverture qui, je le pensais, nous distinguait. Le soir du vote, j’étais plus dévastée qu’en 80. Je venais de voir la fracture entre deux visions de ma société.
J’ai ensuite cessé de faire de la politique active. Je n’ai pas pour autant arrêté de m’intéresser à la chose. J’ai aimé Jack Layton, tout comme QS est venu chercher quelque chose en moi, malgré un petit côté « c’est la faute des riches, faisons-les payer ». Bien malin qui pourrait dire où j’ai apposé mon X à chacune des élections fédérales ou provinciales. Ce n’est pas parce qu’on est une « maudite libérale » qu’on vote systèmatiquement pour. Ou qu’on les renie à chaque fois qu’on entend le mot « brownies »…
Les derniers mois ont été difficiles et nous avons pu observer de très proche la décrépitude du système de santé. Bien que les soins reçus soient excellents, il est évident que le personnel est à bout. Et si ce n’était de tous ces gens venus d’ailleurs, les étages auraient été bien vide de soignants. Et je ne parle pas uniquement des préposé.e.s aux bénéficiaires. Médecins, infirmières, agents de sécurité: plus de la moitié sont des gens qui ont choisi le Québec. C’est pourquoi le discours ambiant sur l’immigration me heurte profondément. Il fait fi d’une autre réalité, qu’on occulte, celle des gens qui tiennent à bout de bras un système qui risque de lâcher sous peu. Et ce n’est pas les promesses d’un médecin par habitant, d’une réduction de temps d’attente, de l’utilisation un-peu-beaucoup-profondément au privé qui va changer ça. La réalité, c’est que pour « torcher des culs » comme l’a si éloquemment évoquer Ruba Ghazal pendant un débat, c’est cette main-d’oeuvre là dont nous aurons besoin.
Entendre Duhaime qualifié de « fraudeurs » 37% des demandeurs d’asile, l’entendre patauger dans des explications vaseuses lorsque confronté aux vrais chiffres de 2.6% m’a sidérée. Je ne doute aucunement de l’intelligence de cet homme, mais ça me lève le coeur de voir qu’il met cette intelligence au service de la démagogie pour nourrir un sentiment anti-autre de son bassin d’électeurs potentiels. De voir PSPP franchir lui aussi allègrement la limite de la démagogie en mettant tous nos maux de société sur le dos des immigrants et du fédéral qui s’en sert pour nous assimiler – ce n’est pas une citation exacte- me sidère, parce qu’il le fait exactement pour les mêmes raisons. Le PQ n’est plus, à mes yeux, le parti ouvert sur le monde qu’il était, ni ce parti progressif qui nous a donné de grandes réalisations comme les CPE. Voir Milliard évacuer presque complètement le côté humanitaire de l’immigration pour en faire un argument purement économique me questionne profondément. Et je ne réécrirai pas tout le mal que je pense du virage identitaire de la CAQ. Roberge me fait hurler à chaque fois qu’il ouvre la bouche.
Demain, quand j’irai voter, ma question de l’urne sera la suivante: stratégique ou de coeur? Qui me propose une société dans laquelle j’ai envie de m’investir et que je souhaite laisser à ma fille? La réponse m’appartient, tout comme la votre vous appartient. L’important c’est de voter. Parce que le 6 octobre, c’est la première journée de la prochaine élection, qu’elle soit dans 12 mois ou dans 4 ans. Et que quelque soit le choix des québécois, ce sera un choix démocratique avec lequel nous devrons vivre.