L’industrie de la vieillesse

Texte touchant de Victor-Lévy Beaulieu, hier, dans La Presse. L’homme est un énergumène, mais il écrit comme peu savent le faire. J’ai réécouté avec bonheur les reprises de Bouscotte, et je suis une fan finie de L’Héritage. Ne serait-ce que pour la scène plasmodiée par Gilles Pelletier enterrant son cheval. À y penser, j’en ai encore les frissons.

Bien sûr, même avec une plume aussi riche, l’homme a parfois des idées que je ne partage pas. Loin de là. Mais hier, sa lettre à sa mère et le regard trop lucide qu’il porte sur la vieillesse m’a émue.  Ma mère a passé le cap des 70 ans cet automne. Bien sûr, elle ne les fait pas, elle est en santé, plus autonome que bien des femmes plus jeunes, bien entourée. Mais le temps avance quand même. Un jour, elle sera « vieille ».

Et puis tout à l’heure, en regardant les annonces classées, j’ai vu « Commerce à vendre: résidence de personnes âgées ». Commerce??? Je sais pas pour vous, mais y’a quelque chose qui m’a profondément choquée dans cette appelation. Commerce? On vous vend quoi? Un lit, 3 repas par jour (du manger mou???), une couche de temps en temps? En prime, parce que c’est vous, et uniquement parce que c’est vous, vous aurez droit à un sourire par semaine, après l’unique bain? Et pour un léger supplément, on vous demandera si vous allez bien?

Tout à coup, je ne suis plus sûre de vouloir vieillir.

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2 réponses à L’industrie de la vieillesse

  1. La Fêlée dit :

    Mes parents ont eu une résidence pour personnes agées pendant plusieurs années. C’est pas un commerce, c’est une vocation. Quand ils ont fini par prendre leur retraite (en vendant), ce fut la langue à terre, fatigués, pas plus riche qu’avant le début de l’aventure. Des années à penser aux autres, à ne pas pouvoir prendre de vraies vacances, à nous demander d’ajuster nos activités familiales avec leurs contraintes… C’est pas un commerce, et non, moi non plus je veux pas me rendre là. Je sais que c’est pas partout comme ce que j’ai vu chez nous, et c’est ça qui me fait peur. Mes parents étaient dans ce domaine une exception de qualité.

  2. bibco dit :

    Je pense souvent à mes parents qui habitent une autre ville et à moi qui ai déjà si peu de temps….Je me dis que l’idéal serait dans quelques années d’avoir un immeuble où je pourrais loger tout mon monde près, très près de moi, famille, famille élargie, mère de famille élargie… Je pourrais gagner du temps sur l’inexorable fin habituelle des maisons de retraites et ne pas courir comme une folle pour prendre soin des parents…Je vais aller acheter un billet de loterie tiens.

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