Les chroniques du patio

Là où fleurent bon la résine de synthèse et le p'tit rosé estival

Archives de décembre, 2008

Au revoir, Valérie
30 décembre, 2008

Elle a été la voix de 275-allô. La grande complice de Chef et des enfants qu’elle savait si bien écouter. Elle a quitté, tout doucement, victime elle aussi de la maladie maudite.

Je ne la connaissais pas personnellement. Elle est la dernière d’une longue liste de gens connus ou non, importants ou non, qui feront la liste des « disparus 2008″. Mais son départ me touche. Comme celui d’Hélène Pedneault. Comme celui de gens dont le nom ne vous dirait rien. Mais qui ont fait une différence dans ma vie pour leur amitié, leurs écrits, leurs voix.

Chaque jour est du temps de gagner sur l’inéluctable issue. Alors malgré la fatigue, la nervosité, la déception parfois, l’énervement, profitons de ces instants précieux.

Allez, on se revoit en 2009!


C’est la belle nuit de Noël
24 décembre, 2008

La neige (la pluie, le verglas, le grésil, whatever!) étend son manteau blanc

Et les yeux levés vers le ciel, à genoux les petits enfants (à genoux? Comme à genoux dans le coin???)

Avant de fermer les paupières (vont s’endormir à genoux? La tête sur la douillette? Peuvent ben se réveiller tôt!)

Font une dernière prière …

L’avantage de faire ses emplettes le 24 décembre en après-midi, c’est que les magasins sont à toutes fins pratiques vides. Presque déserts. Et le boxing day est devancé, question de narguer la récession. Bref, après un ième épisode de la maladie qui commence par un g et finit par un o, je suis finalement retournée au bureau et Mammouth et moi avons « clenché » l’opération Père Nowel en 3 heures. Un record.

Depuis la naissance de Merveilleuse merveille, nous avons abandonné l’idée du réveillon le 24 au soir. Nous préférons les petits matins de Noël, suivis des soupers avec la famille élargie. Demain, nous serons 10 à table. Le menu reste inchangé, ce sont les traditions et des traditions, ici, c’est sacré.

Les enfants sont évidemment surexcités. Ils auront le droit de se coucher plus tard. Et je pourrai enfin compléter la job.

La seule chose qui me manque vraiment de ma vie d’avant, c’est la messe de minuit. Ce soir, je racontais à ma mère qu’avec une collègue de bureau saguenéenne comme moi, nous nous sommes remémorées les messes d’antan, ou toutes les madames abordaient la même coupe de cheveux, le même gel luisant, les mêmes paillettes, sous le manteau de fourrure trop chaud qu’il était indispensable de montrer à la messe de minuit. Je me rappelais la voix chaude de mon père, chanteur émérite de chants grégoriens, qui entonnait le Minuit chrétien avec beaucoup d’émotions.  Les voeux de « joyeux noël et joyeuses fêtes » échangés avec les voisins, les amis et les connaissances sur le parvis de l’église, malgré le froid qui mordait les joues et l’impatience de retrouver les cadeaux le sapin, le pain sandwich et les pâtisseries maison de ma mère.

Ce sentiment d’appartenir à une communauté, d’en connaître les membres, le laisse-t-on au pays de son enfance? Évidemment, j’ai ma propre famille, j’ai refait mon propre réseau amical et social. Mais il me manque cette certitude que l’an prochain à la même date, les choses seront restées intactes ou presque. Mais au fond, c’est peut-être ça, vieillir. Perdre ses certitudes mais recommencer à croire. Au Père Noël, au p’tit Jésus ou à soi-même.

À vous tous, ma communauté « virtuelle », je vous offre mes meilleurs voeux. Puisse ce temps des fêtes être agréable, rempli de joies grandes et petites et d’amour. Ou de sérénité. Surtout de sérénité.

Petit papa Noël

Quand tu descendras du ciel

Avec tes jouets par milliers

N’oublie pas mon petit soulier


Blogodépendance
20 décembre, 2008

La vie est parfois drôlement faite, et je crois fermement qu’il n’y a pas de hasard, que des rendez-vous qu’on accepte ou qu’on refuse.

En début de semaine, je croise sur MSN une copine virtuelle de longue date. Nous ne nous sommes jamais rencontrées, mais périodiquement, nous prenons de nos nouvelles via une brève conversation. Pas d’exception cette semaine: on se croise, nous sommes toutes les deux attendues quelque part, pas le temps de jaser. Je lui refile l’adresse des chroniques, en lui disant: tiens, tu sauras tout de moi.

Ça a fait des petits. Satine a désormais son blogue, et passe ses journées à faire du « blogjumping »… Je l’ai rassurée: la blogodépendance n’est pas encore reconnue comme une maladie mentale. Mais j’y travaille!

Bienvenue dans la blogosphère, Satine!


Merci
19 décembre, 2008

Il y a des journées ou malgré la shnout, la seule chose que j’ai envie de faire, c’est remercier la vie. Dans l’ordre ou dans le désordre:

– merci pour la santé qui revient et qui me rend encore plus précieux les moments passés avec les miens;

– merci pour la laveuse qui fonctionne, le réparateur chez Sears et Mammouth et son « sens de la persuasion »;

– merci pour une merveilleuse merveille qui bravement, malgré la nuit d’enfer, voulait aller à l’école et qui est finalement revenue passé la journée avec moi;

– merci aux soeurs qui ensoleillent mes vendredis de leur 5 à 7;

– merci à Télé-Québec qui présente année après année mes grands classiques de Noël, me donnant ainsi une raison supplémentaire de me coller sur ma puce;

– merci pour le travail qui, même s’il me fait parfois suer, ne risque pas de me glisser sous les pieds.

J’écoute les nouvelles, je vois tous ces gens qui perdent leur emploi à quelques jours de Noël, qui passeront des fêtes difficiles. Et je me trouve chanceuse. J’ai un toit sur la tête, ma banque m’a même offert un renouvellement d’hypothèque à un taux moindre que ce que je paye maintenant, le congélo sera plein, ma mère vient passer les fêtes avec nous et gâter les enfants, Mammouth m’aime et j’aime Mammouth. Les enfants ne nous causent pas de gros soucis, tout le monde est en santé, tout le monde est heureux. Un gros toutou s’est joint à la famille – une petite chose délicate de 125 livres qui prend la moitié de la cuisine quand il décide de s’y coucher. Parfois, je me dis que c’est presqu’indécent.

Je ne peux pas soulager la misère du monde. Je ne peux qu’aider un peu. Je peux surtout réaliser à quel point la vie, ma vie, est douce. Et dire merci.

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Patience et longueur de temps
18 décembre, 2008

…font mieux que force et rage. Genre.

2 semaines, presque 3. À ne pas avoir d’énergie. À ne faire que l’essentiel et à payer pour chaque geste de plus. À écouter des émissions insignifiantes, à découvrir des blogues et des sites intéressants. À se sentir inutile. À dormir, et à rager contre mon corps qui me trahit.

Aujourd’hui, je me sens presqu’en forme. Presque. Pour la première fois depuis 3 semaines. J’ai terminé les pâtisseries pour les profs de merveilleuse merveille, je ferai une lasagne pour le souper, et j’ai des courses à faire ensuite. Demain, j’irai peut-être au lunch de Noël du bureau.

Je sais que je me plains pour rien. Autour de moi, des gens sont malades, inquiets de l’avenir, angoissés à l’idée de renouveler leur hypothèque. So what si mes décorations ne sont pas installées? So what si le ménage n’est pas parfait?

C’est vrai pour moi, mais c’est aussi vrai pour des gens que je connais bien. J’ai écouté tout à l’heure la cérémonie d’assermentation du nouveau cabinet Charest. Bien sûr, des visages connus, des « en attentes », des « wannabe »… Contente que le principe de parité ait été respecté, et non pas au détriment des compétences des unes et des autres. Mais surtout contente pour Norm. Patience et longueur de temps, c’est beaucoup  lui. Le GBS incarné. Pas un saint, on s’entend, mais quelqu’un de bien. Passera-t-il à l’histoire comme un grand ministre? Probablement pas. Mais à tout prendre, j’aimerais mieux qu’on se souvienne de moi de par mes qualités d’humain, et non pas par mes exploits professionnels. Bravo Norm! On prendra une grosse à ta santé!


Moi, malade?
10 décembre, 2008

Je vous l’ai peut-être déjà dit, mais je suis un brin hypocondriaque. Un brin? OK, un gros gros gros brin. Heureusement, je suis rarement malade. Des rhumes rapportés par merveilleuse merveille ou par Mammouth, une infection urinaire par ci, par là, une migraine de temps à autre, mais rien de plus. Des malaises dûs au grand âge (les jointures moins souples, la descente de l’escalier le matin plus lente, les lunettes de lecture, etc). J’ai presque tous mes morceaux, à l’exception d’une vésicule qui a décidé un jour de ne plus fonctionner et qu’une habile chirurgienne a fait disparaître en deux temps trois mouvements. Malade, moi? Jamais. Enfin jamais ailleurs que dans ma tête.

J’hais ça, être malade. Me sentir diminuée, ne pas avoir d’énergie pour faire mes journées,  être sous la vague impression que mon cerveau s’est insidieusement transformé en jell-o, j’hais ça. Prendre des médicaments, ça m’énerve. J’ai déjà assez de contraintes sans en plus m’astreindre à avaler des grosses pilules à heures fixes. Je suis incapable de ne rien faire, de relaxer, de juste attendre que ça aille mieux. Mon côté p’tit caporal, sans doute. Mais là, mon p’tit caporal ne peut plus rien diriger. Il doit attendre.

Dimanche dernier, tannée d’un rhume qui n’en finissait plus de finir et de la sensation d’avoir un éléphant assis sur la poitrine, je me décide à aller voir le médecin du CLSC. Au triage, l’infirmière note mes symptômes, pose mille questions, hoche de la tête, écrit des trucs que je ne peux pas déchiffrer. M’envoie direct à la radio.  Ça y est, mon p’tit hamster part: c’est grave. Très grave. Ça doit hein? Sinon, elle m’aurait retournée dans la salle d’attente, en compagnie des dizaines de nez morveux et de chevilles foulées? Pourquoi directement à la radio? Pourquoi le technicien, au demeurant fort sympatique (ici, on note l’ironie et l’angoisse de la dame qui voit et interprète tout de travers), ne desserre-t-il pas les dents? Ça veut dire quoi ces « hum hum »… Retour à la salle d’attente et au café dégueu de la machine industrielle. Pourquoi, oh! pourquoi suis-je venue encombrer le système de santé alors que je ne vais pas si mal que ça? Pourquoi, oh! pourquoi tenter le diable et laisser la chance à ce médecin de me découvrir un cancer de la prostate? J’ai presque revu ma vie passer devant mes yeux, j’ai quasiment écrit ma notice nécrologique. Hypocondriaque, vous dites? À peine, je réponds. À peine!

J’étais sur le point d’aller indiquer à la préposée à l’accueil que je retournais à la maison quand ils ont appelé mon nom. Je suis entrée dans la petite pièce et j’ai attendu le gentil doc. Quand il a mis mes radios sur la plaque lumineuse, j’ai « vu » mon cancer. Si si, je l’ai vu. Enfin, je pense. Je me suis maudit d’avoir fumé toutes ces années, je m’en suis voulue de laisser un veuf éploré et une orpheline en larmes, je me suis demandé si mes papiers étaient en ordre. Quand le doc a commencé à parler, j’étais incapable de l’écouter. J’étais surtout incapable de déchiffrer ce grand sourire sur son visage. Me semble qu’on annonce pas une terrible nouvelle avec le sourire, non? Focus, ma fille. Focus!

« Vous auriez dû consulter avant, madame » – je le sais!

« Vous devez avoir une santé de fer pour être capable de fonctionner quand même.. » – ben oui, je voulais mourir en santé, tsé!

« Après une semaine d’antibio, ça devrait aller mieux. » – Est-ce que je vais perdre mes cheveux?

WO!!!! On perd pas ses cheveux avec les antibio! Focus, ma fille. Focus!

C’est quoi, déjà, ce brouillard sur les radios? Ha! Une double pneumonie! Fiou!!! C’est rien, ça. Ça se soigne! Ça rend malade, moche, sans énergie, mais on en guérit!

J’ai pris ma prescription, mon papier de congé de maladie et je n’ai pas osé lui demander s’il était sûr de son diagnostique. Je suis revenue, soulagée. Et songeuse.

Autour de moi, y’a plein de femmes qui ont chaque semaine des diagnostiques de cancer du sein ou du poumon. Un ancien collègue, plus jeune que moi, atteint de la maladie de Lou Gehrig (la SLA) dépérit si vite qu’il ne passera peut-être pas les fêtes avec ses fillettes. Je ne sais pas comment je réagirais si on m’annonçait que ce coup-ci, c’est mon tour d’avoir rendez-vous avec cette saleté. Mon père avait pris la nouvelle avec stoicisme, puis avec une grande sérénité. Je ne pense pas que je pourrais en faire autant.

J’ai oublié, ces derniers mois, d’être reconnaissante à la vie qui m’a envoyé des joies plus grandes que les peines. Qui a mis sur mon chemin des gens et des événements qui m’ont permis de m’épanouir. Qui m’a permis d’aimer et d’être aimée en retour. Et surtout, qui m’a donné une santé de fer.

Moi, malade? Si peu, finalement. Les antibio font effet (en fait, ils font effet incluant TOUS les effets secondaires inscrits sur le petit papier… ) et je prends des forces chaque jour. Aujourd’hui, merveilleuse merveille a soigné son rhume à la maison, et nous nous sommes fait de la tire sur la neige. Un pied de nez aux conventions, juste parce que. Parce que la vie.


Aimer d’amour
10 décembre, 2008

C’est se réveiller à 4h00 du matin parce que les déneigeurs font leur travail sous ta fenêtre, constater que son amoureux est bel et bien réveillé, ouvrir la télé et regarder ensemble une infopub de Ron Popeil, le roi de l’infopub. Comment a-t-on résisté à son offre extraordinaire de 25 super couteaux pour 3 paiements faciles de 13,33$ canadiens? Ça prend une force de caractère peu commune!

C’est aussi garder Merveilleuse merveille à la maison, au chaud, pour guérir cette toux creuse à grands coups de chocolat chaud. Après tout, tant qu’à être moi-même au bord de l’agonie, aussi bien en profiter pour nous gâter un peu.

C’est aussi ne pas publier le texte que m’ont inspiré les résultats électoraux. Non, c’est pas de l’amour ça, c’est de la charité chrétienne… Les commentaires que j’ai lus sur certains blogues en regard du départ de Mario Dumont m’ont laissé un mauvais goût dans la bouche: quand la partisanerie devient du mépris, je me demande dans quelle société on vit. Au risque de me répéter, peu importe le parti, quand un citoyen a le courage de mettre son visage sur un poteau et de défendre ses idées, il mérite mon respect. Pas mon vote, mais mon respect. Le web a peut-être l’avantage de « démocratiser » la parole citoyenne, il n’en reste pas moins que les règles de civilité et de savoir-vivre devraient s’appliquer. Idem pour les travailleurs de l’ombre en politique. Ils font ce qu’ils peuvent, avec les moyens du bord, par conviction. Oui, il y a eu des dérapes. Oui, des morons il en existe partout. Mais de généraliser, de ne pas nuancer, c’est tomber dans l’analyse d’estrade bébête et gratuite.

Mais vous me connaissez, je ne parle jamais politique. Ou si peu.

Sur ce, je retourne m’occuper de ma merveilleuse merveille.


Malgré tout, la vie est bien faite. Elle met sur notre chemin des anges qui adoucissent les chagrins, qui nous indiquent la voie à suivre ou qui, tout simplement, parce qu’ils sont des anges, mettent de la joie dans nos coeurs.

Ce soir, un ange accompagné de 3 lutins a sonné à notre porte. Elle apportait avec elle un méga toutou, pour consoler une merveilleuse merveille de la perte de son chien. Instantanément, une petite lumière est apparue dans les yeux de merveille. Et il fallait les voir, 4 magnifiques têtes de petites filles, se faire des câlins alors que 5 minutes avant, elles ne se connaissaient pas! Un moment magique! Nous avons donc convenu que bientôt, très bientôt, les petits lutins reviendraient et qu’ensemble, nous ferions un party de préparation de biscuits de Noël, décorés et tout et tout.

Wiki/toutou s’est endormi dans le lit de merveilleuse merveille, qui a tassé pour lui les autres toutous. Quand je les ai bordé, tous les deux, elle lui chuchotait à l’oreille que demain, il rencontrerait tous les amis et que désormais, il pourrait dormir avec elle tous les soirs.

Merci Adèle! Merci mille fois.


Soyons légers!
4 décembre, 2008

Bon, la vie est dure, l’hiver s’en vient, les politiciens virent fous, va falloir aller voter encore… en décembre, et peut-être en mars. Mais c’est pas une raison pour ne pas être légers!

Parfois, le matin, je m’enfonce les écouteurs dans les oreilles et j’écoute distraitement les nouvelles en lisant mon petit journal dans le train. Parfois, je suis infidèle à René et je me paye une petite incartade du côté de Paul. Et j’avoue un autre plaisir coupable: Claude Poirier. C’est dit. Pour les fous-rires qu’il me procure et qui font que mes voisins me regardent d’un drôle d’air. Pour la complicité développée avec certains autres voisins, qui sourient au même moment.

Ce matin, c’est en entendant le « dans la nuit de cette nuit » que nous nous sommes souris.

Soyons légers! Le Parlement est fermé, il neigera lundi et il ne nous reste que 19 jours pour magasiner!


La buanderie
2 décembre, 2008

À force de vivre dans son petit confort de banlieue, on oublie la réalité des autres. La dure réalité, la laide réalité, l’autre réalité.

Depuis dimanche, notre laveuse a décidé de faire la grève du « spinnage ». Un peu embêtant quand on est 5 dans une maison et qu’on a pas lavé depuis des jours. Comme la guerre est engagée avec le service à la clientèle du magasin ou nous l’avons acheté (elle a manqué 3 fois en 4 ans, et j’en ai marre de payer une garantie prolongée qui coûte 3 fois le prix d’achat!) et que la meilleure arme dans ce dossier est la grand-mère pitbull pour ces choses-là, nous avons choisi de donner la chance au coureur plutôt que d’appeler un réparateur anonyme. En conséquence, le choix était clair:  trouver une buanderie publique ou mourir étouffés sous le panier à linge débordant.

Certains d’entre vous avez peut-être l’image un peu romantique de la buanderie « in », avec services sans-fil et latte à la vanille. La buanderie de cinéma, ou la clientèle se fait discrètement du charme et des yeux doux en pliant d’affriolants dessous. Moi-même, qui ai cessé à la fin de mon université de fréquenter ces endroits  enchanteurs décrits à une certaine époque comme la Mecque de la chasse à l’Homme , j’avais développé une image quasi mythique de ces lieux.

Dure réalité. Dans mon coin, la buanderie a tout de la piquerie ou presque. Un dimanche matin blafard, des rangées de laveuses industrielles, des sécheuses qui ont connu de meilleurs jours et une clientèle à l’avenant. Équipée de mes rouleaux de 25 sous, de mon Tide sans phosphate et d’une humeur de dimanche matin, j’ai passé la porte d’un monde à mille lieux de mon quotidien aseptisé.

Pas l’endroit pour sortir la biographie de Paul Martin, que j’ai remis stratégiquement dans le fond de ma sacoche. Et pas l’endroit non plus pour engager la conversation: trois autres clients, dont un qui entretenait un dialogue soutenu avec sa bouteille de savon, un autre qui avait l’air d’avoir mangé du chien enragé pour déjeuner et un troisième qui semblait avoir beaucoup de plaisir à faire craquer ses jointures.

Alors qu’il ne restait que 8 minutes à mon cycle de rinçage – c’est quand même chouette, une laveuse qui vous indique le temps qui reste à votre brassée! – le monsieur qui discutait avec sa bouteille de savon a élevé la voix et s’en est pris à monsieur jointures qui, semble-t-il, regardait d’un oeil concupiscent sa laveuse. Le ton a monté et le tout s’est soldé par la rencontre du nez du premier avec le set de jointures du second…

J’y suis retourné aujourd’hui. C’était plutôt vide, jusqu’à l’arrivée d’une dame qui s’est mise à japper au téléphone sur une histoire de grosse torche  qui tournait à l’entour de son chum, de loyer impayé, de comptes de cellulaire, de party de Noel pis de la brosse de la veille. P’tite vie, p’tite misère. J’ai échangé un coup d’oeil avec une jeune étudiante regardant tourner les bavettes de son bébé, tout en lisant « les fleurs du mal » de Beaudelaire.

Pourtant, je ne suis pas snob. Je n’habite pas un château, j’ai habité des quartiers défavorisés, j’ai travaillé à la sécurité du revenu sans pitié, mais sans lunettes roses non plus pour la réalité des démunis. Me suis-je embourgeoisée? Il vient d’ou, mon malaise? De mon incapacité à pouvoir réellement faire quelque chose pour ces gens qui ne sont pas démunis que financièrement, mais socialement? De l’ampleur de la tâche ou du constat que malgré la bonne volonté, nous perdons la lutte à la pauvreté un peu plus chaque année? Depuis quelques jours, les pubs de la Grande Guignolée passent en boucle, les banques alimentaires crient au secours, et les grosses boîtes pour recueillir les dons sont installées à l’entrée des épiceries. On se donne bonne conscience à la mesure de nos moyens… et on oublie jusqu’en décembre prochain.

Peut-être au fond que ma laveuse voulait m’envoyer un signal? Qu’il est temps que je sorte de mon confort et que je recommence à me questionner sur ce que je peux faire, au quotidien?