Salut Claude

J’ai hésité avant d’écrire. Claude n’était pas un intime, mais je l’ai connu à l’époque ou il était recherchiste. Je l’ai revu député, puis ministre. Mais pour moi, il était toujours Claude. Il est et sera toujours Claude. Baveux, drôle, parfois insupportable. Mais toujours passionné. Je l’ai vu en décembre, alors qu’il croyait avoir triomphé de la salope. Il avait des étincelles dans les yeux, c’est vrai. Mais aussi une pointe d’inquiétude. Cette même inquiétude que j’ai vue dans les yeux de mon père après son premier cancer, même quand les tests sont beaux, même quand ça fait plus de 5 ans. L’annonce de sa récidive m’a bouleversée. Mais comme les autres, je me suis dit qu’encore cette fois, il passerait non pas au travers, mais par dessus.

J’ai suivi ses funérailles à la télé, ce midi. J’aime la délicatesse de Louis Lemieux, je vous l’ai déjà dit. Mais j’ai particulièrement apprécié le commentaire de Sébastien Bovet, sur les politiciens en général. En gros, et sans le citer au texte, Bovet a rappelé que parfois, les journalistes participent au cynisme ambiant. Que oui, des politiciens véreux, ça existe, mais que ça demeure l’exception. Et que dans l’immense majorité des cas, les gens vont en politique parce qu’ils veulent aider leurs concitoyens. Pour servir. Plusieurs perdent leurs illusions, souvent plus tôt que tard, et peut-être qu’une fois ces illusions perdues, ils deviennent aigris et oublient pourquoi ils ont choisi ce métier.

Je le répète: aller en politique, c’est comme entrer en religion. Il faut avoir la foi, être prêt au sacrifice et savoir accepter l’ingratitude. Certains en sont capables, d’autres pas. Et il est si facile de critiquer les politiciens sans jamais avoir saisi pleinement l’ampleur de la tâche.

Mourir à 41 ans, d’une saloperie, ça ne s’explique pas. Mais si au moins la mort de Claude peut amener une réflexion sur le métier de politicien, qu’on arrête de tous les voir comme des morons, des croches, des voleurs ou des magouilleurs en puissance, elle servira à quelque chose. Ce sera sa dernière, mais peut-être sa plus importante contribution au débat public.

Salut Claude!

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Un texte à relire et une émission à revoir. Pas pour pleurer, mais pour se rentrer dans la tête que la vie, c’est fragile. Et que ça peut s’arrêter n’importe quand.

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