9 ans. Going on.

On va se dire les choses telles qu’elles sont. Un grand déballage de vérité, toute nue.

Merveilleuse merveille, aujourd’hui tu as neuf ans. NEUF ans. C’est assez. Tu auras neuf ans l’an prochain, et les dix suivantes. Il est hors de question que tu atteignes le 10 ans, compris? Bon, faudrait pas que tu penses que je refuse d’avoir 50 ans, ça n’a strictement rien à voir. Non. Pas du tout. Pas pantoute.

C’est plutôt que j’aime cette période de ta vie. Curieuse, allumée, vive (parfois trop!), girly girl, câlineuse, obstinée, entêtée, persuadée parfois que tu as 16 ans comme ta grande soeur, déçue de constater que tu n’en as que 9. Belle comme le jour,  mais parfois sombre comme la nuit. Rancunière, mais généreuse. Tu fonces, sans te soucier du danger. Mais tu peux aussi être pétrifiée par une abeille qui butine dans le buisson fleuri menant à la piscine. Pleine de contradictions, tu hésites entre être encore notre petite fille et devenir l’ado que tu souhaites être, maintenant.

Je t’écoute, en cachette, quand tu chantonnes dans la douche. Il est question de garçons, de voyages, de beauté. Mais il arrive aussi que  tu y cries ta colère contre Mammouth et moi, qui t’empêchons de « vivre ta vie ».

On a regardé ensemble la liste des écoles secondaires, avant d’arrêter notre choix. Bon, éventuellement tu entreras en secondaire 1. Mais tu seras la plus jeune, puisque tu auras ENCORE 9 ans. Excitée à l’idée de voyager, d’aller dans tous ces pays que tu vois aux nouvelles, tu voudrais passer par-dessus les années du primaire qu’il te reste à faire. Aller directement au secondaire, passer GO et réclamer 200$. Que tu dépenserais en maquillage et autres colifichets de fifille.

Moi, si je le pouvais, je te retournerais en maternelle. Mais c’est vrai que depuis, tu as beaucoup appris. C’est pas pour rien que tu as traité ton petit camarade d' »espèce de Moubarak ». Lui ignorait de quoi tu parlais, mais toi, tu le savais très bien. Tu discutes politique à table avec nous, avec une préférence marquée pour… bon, on va garder ça entre nous. Mais je te vois très bien, dans quelques années, à des rassemblements militants, ma beachbumette, en train de haranguer un premier ministre qui oserait te bullshiter. Bien sûr, tu n’auras pas le droit de vote puisque tu n’auras ENCORE que 9 ans.

Il y a quelques jours, le plus sérieusement du monde, tu m’as dit que tu souhaitais que je cesse de t’appeler mon chaton, ma cocotte, ma poulette, sous prétexte que tu n’es plus un bébé, ni même une petite fille. Quand je t’ai demandé comment tu souhaitais qu’on t’appelle, maintenant, tu m’as dit que si je m’étais creusé la tête pour te trouver un joli prénom, c’était qu’on avait sans doute eu l’idée de l’utiliser. Tout ça avec un magnifique sourire.

Tu es née avec les perséides, et au fond, tu leur ressembles: vive, pétillante, tu peux aussi cracher le feu. Mais pour rien au monde je ne t’échangerais contre une petite fille tranquille. Tu es ma fille, ma chair, mon âme.

Je t’aime, ma toute belle rebelle. Un jour, tu pourras avoir 20 ans. Même 15, tiens. Mais pour l’instant, j’ai envie d’être la maman d’une poulette de 9 ans, qui vient encore se blottir contre moi le soir pour me raconter, d’une voix ensommeillée,  qu’elle a passé une bonne journée et qu’elle m’aime.

Ce matin, tu es ma poulette-cocotte-chaton, et tu as NEUF ans. Au moins encore un an.

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4 réponses à 9 ans. Going on.

  1. Quelquepart dit :

    Ooooh, tu viens de me donner des frissons… Joyeux anniversaires à ta MM. On boira à ça.

  2. Annie dit :

    Quel beau témoignage MJ. L’amour qu’on leur porte n’arrive jamais à se tarir et les voir grandir est aussi un privilège (même si on a tatoué sur le coeur leur odeur de nouveau-né, arrgh!)

  3. mawoui dit :

    Avec retard, je tombe sur ce sincère et touchant billet …

    « Tu es née avec les perséides, et au fond, tu leur ressembles: vive, pétillante, tu peux aussi cracher le feu. Mais pour rien au monde je ne t’échangerais contre une petite fille tranquille. »

    Superbe !
    Tu m’as même arraché une larme. Ce désir impossible d’arrêter là le temps. Du moins, avec tes mots tu as su en quelque sorte à le suspendre. Et dans cet instant figé retentit toute la plénitude d’un amour maternel.

  4. Ping : Me semblait qu’on avait réglé ça l’an passé… | Les chroniques du patio

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