Nah. Je refuse. Pas 14.

On le dit, comme on répète ces phrases creuses, passe-partout, qui ne veulent rien dire mais qui meublent le silence. « Eh! que le temps passe vite, hein! ». Puis on retourne à notre quotidien, boulot, petits et grands problèmes, réels ou inventés, petites et grandes peines, petites et grandes joies.

Les semaines filent les unes après les autres, comme les grains d’un chapelet, avec parfois un noeud plus gros que les autres. On s’arrête un peu sur ce noeud, on pleure, on rit, on respire un grand coup et on repart. La routine, la chère routine, qui nous garde la tête hors de l’eau. Le ménage, le lavage, l’épicerie, les amis qu’on voit trop peu, la famille si loin. La météo qui nous fait sacrer : trop chaud, trop froid, trop de pluie, pas assez de pluie, trop humide, trop sec, les « chu tannée en sacrement de mettre des bottes en mai ».

Et puis, un matin d’été, on réalise qu’il y a 14 ans, on a mis au monde la plus merveilleuse des merveilles. Maintenant adolescente pleinement assumée, ivre de sa nouvelle liberté – le métro et le bus de ville ne lui sont plus étrangers – prête à tester les limites, tout en étant d’une grande sagesse. Un sens de l’humour craquant, maitrisant l’ironie presqu’aussi bien que sa mère, curieuse de tout, passionnée de rien, et belle, mais belle! Comme le sont toutes les adolescentes qui se promènent, inconscientes de leur beauté mais qui s’essaient à séduire, sans se douter que ce jeu peut être dangereux.

Tu testes tes limites, ma toute belle rebelle, mais ce sont les miennes que tu fais reculer à chaque jour. Je suis morte de peur, mais je t’envie de découvrir chaque jour ton autonomie, sans avoir à assumer toute suite toutes les conséquences. Je t’envie de voir avec tes yeux neufs ce monde qui parfois m’exaspère. Je voudrais tant t’éviter les peines, les déceptions, la peur. Et en même temps, je sais que c’est à force de t’y frotter que tu développeras toutes les facettes de ta personnalité.

Tu as été Charlie, Paris, Nice et Orlando. Tu n’as pas peur du monde, mais en même temps, tu me dis que le tien sera moins brutal, moins violent. Puis, tu pars en chantant la dernière de Rhianna, comme si chanter à tue-tête faisait disparaître l’angoisse. Tu es toujours la plus belle des perséides. La plus brillante.

Je t’aime ma toute belle rebelle. Ce mois d’août est comme tous les mois d’août. Au bonheur de ta naissance, s’ajoute toujours une petite peine ou un gros chagrin. Cette année, c’est le gros Gaston, notre toutou si doux, qui nous a quitté, au bout de sa vie. Hier, c’est moi qui t’aurais consolé. Aujourd’hui, c’est toi qui a passé ton bras autour de mes épaules et qui m’a dit que tout irait bien. Ça m’a rassurée.

Je le vois dans tes yeux, parfois, que tu me trouves moumoune. J’ai le droit. Je suis ta mère. Depuis 14 ans.  Eh! que le temps passe vite, hein!

 

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