Dans la tempête

Aller retour à Québec la semaine dernière. Pour une session de travail avec des collègues. Dans la tempête, la vraie et celle que nous traverserons cette année.

Jeudi soir, je suis allée souper avec une copine pas vue depuis longtemps, qui m’a fait découvrir le secret le mieux gardé de Québec en termes de restaurant: la « Cohue ». J’y ai mangé un des meilleurs tartares de ma vie, meilleur que celui de l’Express, c’est pas peu dire! Et le service? Courtois, impeccable. Vraiment, j’ai hâte d’y amener le Mammouth.

Mais ça aurait tout aussi bien pu être une poutine Ashton. Le vrai plaisir, outre celui de la table, était bien plus dans la conversation avec Esther. Ça faisait une éternité que nous n’avions pas échangé, en plus de 140 caractères. La maternité m’accapare moins – il était temps, direz-vous, Merveilleuse merveille a 9 ans!, je redécouvre le plaisir de ces conversations de filles, à la fois tellement futiles et profondes. Et j’en aurai bien besoin, cette année, de ces conversations.

Tempête donc, dans mon milieu de travail. Bien sûr, personne ne pleurera le sort de fonctionnaires, déjà grassement payés pour ne rien faire dans l’esprit de bien des gens. Il est vrai que comparé aux travailleurs de White Birch, à ceux de Mabe et à combien d’autres, notre sort est enviable, les conventions collectives garantissant quand même des conditions de fin d’emploi qui sont plus qu’acceptables. N’empêche. Perdre son emploi, ce n’est pas jojo. Pour personne. Et derrière tous ceux qui risquent de passer à la moulinette, il y aura des drames humains: certains ont des conjoints malades, d’autres de jeunes enfants, ou alors viennent de s’acheter une résidence. Et comme gestionnaire, il faudra gérer la décroissance, en gardant le cap sur l’objectif, tout en s’assurant que les gens seront traités humainement, respectueusement.

Et moi? Moi aussi, je pourrais y passer. Il est vrai que pendant 20 ans, je n’ai eu aucune permanence, aucune sécurité d’emploi. Quand tu travailles en politique, tu sais à quelle heure tu entres au bureau le matin, mais tu ignores à quelle heure tu en sortiras et surtout, si tes services seront requis le lendemain. J’ai appris à vivre avec cette incertitude, qui n’est jamais devenue une angoisse. Il y a donc une partie de moi qui se dit qu’on traversera le pont quand on arrivera à la rivière et que y’a un Bon Dieu pour les Marie-José. L’autre fait « shit! » – j’ai presque 50 ans, une jeune famille et des obligations plates comme une hypothèque et un prêt auto. Me semble que j’aurais aimé ça, un bout tranquille.

Ai-je envie de tout recommencer? De repartir à zéro dans une autre sphère que je ne connais pas? En fait, je vaux quoi sur le marché privé?  Je n’en ai aucune idée. Ma seule certitude, c’est que j’ai Mammouth derrière moi. Qui, peu importe ma décision, sera solidaire et aidant. Mais je demeure optimiste: j’ai toujours su tirer mon épingle du jeu, et cette fois-ci ne sera pas différente. J’ai toujours pensé, et dit, que lorsqu’une porte se ferme, c’est qu’une fenêtre s’ouvre, souvent sur un paysage encore plus fabuleux. Alors j’ouvre mes fenêtres, je me mets en état de disponibilité et je fais confiance à la vie. À ma vie.

Tempête itou au plan médiatique. Le verdict vient de tomber sur le procès Shafia. Je suis heureuse de vivre dans un pays ou ce genre de crime n’est pas accepté et acceptable. Mais je vois tout de suite les comparaisons oiseuses qui se feront entre ce verdict et celui de l’affaire Turcotte. Dans un cas comme dans l’autre, le verdict ne ramènera pas les victimes. Il est là, le malheur. Pas dans le bruit autour.

Je fais le plein, ce weekend. De repos, d’amour et de tranquillité. Nous retournerons au patin, Merveilleuse merveille s’étant découvert une passion pour ce sport et ma banlieue mettant à la disposition des familles des heures de glace gratuites. Ne serait-ce que pour ça, les 4 heures de transport en commun quotidiennes me semblent moins lourdes.

Et quand nous reviendrons, le chili amoureusement concocté par le Mammouth sera prêt, le vin sera bon et la soirée sera tranquille. Demain, la tempête reprendra. Demain. D’ici là, c’est le calme. Et c’est très bien ainsi.

 

Message à toi qui aura 40 ans

Oui oui, toi. Tu ne me lis pas, mais sache que pour cette fois, tu aurais intérêt. Question de savoir dans quoi tu t’embarques.

On aura beau dire que 40, c’est le nouveau 30, c’est de la bullshit. Yup, on a l’air moins vieux que dans le temps de nos parents, on a commencé plus tard qu’eux à vivre notre vie d’adulte, on a déjà quelques relations de couples et/ou quelques enfants dans notre biographie officielle, mais reste que 40 ans d’usure, c’est 40 ans d’usure.

40 ans, c’est la moitié de sa vie. C’est souvent la période des remises en question, personnelles et professionnelles, voulues ou subies. C’est la réalisation ultime que les choix faits à 20 ans doivent être assumés, ou qu’il est temps de s’inscrire à un programme de protection des témoins.

Plus facile pour un gars, tu me dis? Pfffttt… pantoute. Sauf qu’inconscient, tu ne réalises pas. En couple, tu commences à te demander si les 40 prochaines années de ta vie, tu veux les passer avec elle. Célibataire, t’es dans un endroit inconfortable: trop vieux pour les cougars (pourquoi s’embarrasser d’un quadragénaire qui se cherche quand y’a plein de beaux jeunes hommes dans leur vingtaine?), il te reste la trentenaire dont le big ben intérieur résonne à fond pour le dernier bébé, ou la fille de vingt ans, bien roulée, qui te regarde, amusée, te flatte dans le sens du poil mais te trouve ben vieux quand même, surtout si tu n’as pas le chèque de paye pour compenser. Je suis cynique, tu crois? 20 minutes dans une salle de bain d’un bar de centreville te convaincra aisément que je te ménage, tiens! Monoparental? Tu pognes sûrement à l’épicerie, mais la quadra qui te regarde évalue d’abord ton potentiel à devenir un gardien pour ses propres enfants!

Pas facile la quarantaine pour le mec moderne. Tu sais plus si tu dois être métro ou über, caquiste ou khaderiste, tu t’inquiètes pour ta performance au bureau et pour ton régime de pension. T’es plus un ti-cul, mais tu refuses d’être un monsieur. Tu peux jouer au hockey le samedi avec tes chums, mais l’odeur de l’antiflo commence à remplacer ton eau de toilette de plus en plus souvent le dimanche. Tu l’admettras pas, mais la deuxième bouteille de vin est maintenant de trop. Tu t’inquiètes pour ta prostate et tu surveilles discrètement les étiquettes sur les aliments pas trop trop bio que tu achètes.

Pas jojo, hein? Ben non! Tu vis les meilleures années de ta vie! Crois-moi: j’en sors, de cette quarantaine, et pour rien au monde je ne l’aurais échangée contre ma vingtaine. Mais bon, c’est probablement parce que je suis une fille. Tu sais ce que tu vas découvrir, dans cette nouvelle décenie? L’auto-dérision. Yup. Le drame d’hier n’aura plus d’importance. Tu réaliseras le chemin parcouru et tu en seras fier. Discrètement fier. Tu accueilleras tes premiers cheveux blancs comme autant de signes que la vie ne te maltraite pas trop, et tu aimeras ces rides au coin des yeux qui font craquer les filles. Et sans t’en rendre compte, tu auras franchi le cap délicat et tu redeviendras cet homme qu’on veut tous et toutes avoir comme ami, comme amoureux ou comme collègue.

Pas fine, tu dis? Dans 2 mois, tu pourras te venger et me rebalancer toutes les vacheries sur les femmes de 50 ans. Mais souviens-toi: 50, c’est le nouveau 40!

Entre-temps, je te souhaite un très joyeux anniversaire. Tiens, même, je t’embrasse. Mais juste parce que tu as 40 ans.

Ajout: mine de rien, c’est mon 500e billet sur ce blogue. Champagne!  

Ajout 2: Ce texte ne s’adresse à personne en particulier, mais plusieurs tipits de mon entourage franchiront le cap cette année. Considérez-le personnel!

Du brocoli à la rescousse

À l’automne, Merveilleuse merveille a eu une phase végétarienne. Très végétarienne. Quasi-végétalienne, même. On peut tous manger moins de viande, j’en conviens, mais j’ai réalisé, à ce moment, qu’une fois éliminés boeuf, poulet, poisson (elle déteste le poisson!), veau et porc (incluant sa forme jambonesque), la préparation de repas sains, savoureux et propices à la croissance d’une jeune gymnaste relevait de l’exploit les soirs de semaine. Dieu merci, elle adore les oeufs, mais on ne peut quand même pas souper 7 soirs sur 7 à l’omelette/légumes/fromage.

Puis, elle a eu la grippe. J’ai fini par la convaincre que même si les fruits et les légumes sont excellents pour la santé, introduire un peu de protéines animales lui permettrait de se remettre plus vite sur le piton. La voir avaler avec appétit la méga tranche de jambon ce soir-là m’a convaincue que sa phase végétarienne prenait fin, mais que nous aurions tous intérêt à faire attention à notre alimentation.

J’ai lu, sur de nombreux sites, d’appétissantes recettes végétariennes. Bon, je persiste à penser que le tofu constitue un calfeutrant extraordinaire pour hiverniser les fenêtres, à moins qu’il soit sous sa forme soyeuse, dans un grand smoothie plein de fruits. Mais je dois me rendre à l’évidence: j’aime la viande, Mammouth aime la viande et les grands aiment la viande. La seule qui résiste au boeuf, c’est Merveilleuse merveille. Même sous sa forme hachée, à moins que ce ne soit dans le pâté chinois ou dans les tacos – et encore, le boeuf lui roule dans la bouche.

C’est pourtant elle qui, un soir de novembre, m’a demandée de lui faire du boeuf au brocoli. Souvenir d’un repas au resto asiatique qu’elle avait adoré. J’ai alors consulté internet et au gré des recettes pigées ça et là, j’ai concocté mon propre festin. Elle a non seulement mangé toute la viande de son assiette, mais en a redemandé et a spécifié qu’elle souhaitait qu’il en reste pour son lunch du lendemain!

Ce qu’elle aime dans le boeuf au brocoli? Le brocoli, évidemment! Alors on a eu quelques variantes: poulet au brocoli, jambon au brocoli, etc…  Ce qui me fait sourire, c’est que j’entretiens avec ce légume un rapport ambigu. Il a fallu que je quitte la maison familiale pour que je découvre que le brocoli cuit n’est pas grisâtre: ma mère l’assassinait allègrement en le faisant bouillir pendant de lonnnnnnnnnnnnnnngues minutes, avant de découvrir les vertus de la cuisson à la marguerite. Je détestais ce légume mou et sans saveur. Puis, enceinte, l’odeur du brocoli cuit, même vapeur, a provoqué tout au long de ma grossesse des nausées énormes. Petite, c’est le seul légume que Merveilleuse merveille refusait de goûter. Puis, au fil des plateaux de légumes, elle s’est mise à dévorer les fleurettes de brocoli crues.

Tout ça pour vous dire qu’en ces lendemains de fêtes remplies de bouffe, quand je leur ai donné le choix pour le repas ce soir, c’est le boeuf au brocoli qui est ressorti grand gagnant. Alors boeuf au brocoli ce fût. Et c’était délicieux! La recette? Nah… je ne veux pas concurrencer les nombreux blogues qui, mieux que le mien, vous mettent l’eau à la bouche.

Vous insistez? Nah… Si? OK d’abord. Mais souvenez-vous qu’avec moi, les quantités sont toujours approximatives…

  • 1 livre de boeuf détaillé en lanières (Comme je suis paresseuse, j’achète les lanières déjà prêtes)
  • 1 brocoli défait en fleurettes (la paresseuse en moi apprécie, quand le brocoli est trop cher ou pas très joli, les fleurettes congelés d’Artic Garden)
  • 1 c à soupe d’huile végétale
  • 3 oignons verts, tranchés en diagonales
  • 2 c à soupe de gingembre frais, râpé à la microplane
  • 2 à 3 gousses d’ail, râpées à la microplane
  • 2 c à soupe de sauce chili chinoise
  • 2 c à soupe de sauce soya foncée
  • 1/2 tasse de bouillon de boeuf
  • 1 c à soupe de fécule de mais délayée dans un peu d’eau froide

Dans un wok chaud, faire revenir les lanières de boeuf dans l’huile chaude. Quand elles sont cuites, les retirer. Incorporer l’oignon vert, le gingembre, l’ail, la sauce chili chinoise, la sauce soya et le bouillon de boeuf. Amener à ébullition. Ajouter les fleurettes de brocoli et cuire quelques minutes, en remuant constamment. Remettre les lanières de boeuf et réchauffer 1 minute. Ajouter d’un seul coup le mélange de fécule et d’eau et remuer pour épaissir la sauce. Voilà, c’est prêt, et ça ne vous a pris que 10 minutes!

Servir chaud, sur du riz ou des nouilles plates de type Pad Thai.

Bon appétit, dirait Julia Child!

2012

Hier soir, confortablement installés devant le sapin, Mammouth et moi nous sommes fait la réflexion que 2011 finissait drôlement mieux qu’elle avait commencé. Les choses se placent tranquillement et même si 2012 présentera ses défis, j’attends cette nouvelle année plus confiante.

Des résolutions? J’aimerais, comme ma copine Quelque part, laisser aller ma créativité. Malheureusement, même en me forçant, la créativité n’est pas mon point fort. Refaire de la politique? Rien d’excitant à l’horizon, et je maintiens, malgré le cynisme ambiant, que faire de la politique relève de la vocation. Hors, cette vocation doit être nourrie par un idéal et pour le moment, rien ni personne n’incarne cet idéal.Changer de carrière? Les circonstances m’y forceront peut-être, mais pour le moment, ce n’est pas dans mes plans à court terme. Bon, perdre du poids, me remettre en forme, blablabla… je sais. On en reparlera en mars.

Non, pas de résolutions finalement. Une certitude: je suis là ou je dois être dans ma vie. J’entamerai la deuxième moitié de celle-ci en mars (ben quoi, une fille a le droit de vouloir vivre centenaire!), sans regret, sans amertume. Je me souhaite la sérénité. En fait, je nous la souhaite à tous. Et la santé. Surtout la santé. Sans elle, rien n’est vraiment possible. Pour le reste, laissons-nous porter par la vie jusqu’à ce que le désir monte.

Bon 2012 à mes fidèles lecteurs! De l’amour, de la joie, des plaisirs. Que du bon, dirait Pierre Léon!

Le miracle de Noël

Je sais. Ce qui va suivre va suinter le kitch, le kétaine, le dégoulinage de bons sentiments, le relent de dinde et de tourtière (la vraie, celle du Saguenay!). Et pourtant…

Chaque famille recèle ses moins beaux côtés, ses paroles qu’on souhaiterait n’avoir jamais prononcées, ses chicanes dont on ne se souvient plus de l’origine, ses malentendus. Bref, il arrive que les réunions de famille ne soient pas nécessairement une source de joie, et qu’à tout prendre, on préfère passer son tour.

Ma famille n’est pas différente. Rien de grave, mais depuis quelques années, la période des fêtes pouvait être lourde. Pleine d’amour, mais lourde. On a donc pris la route, cette année, pour un petit trois jours que je souhaitais, à défaut d’être délirants de bonheur, calmes et sereins.

Il faut dire que nous avions une bonne raison de nous déplacer: mon seul frère allait être papa. Bébé au sexe inconnu était attendu pour le 23. Bébé est arrivé, comme promis le 23. Nous allions donc à la rencontre du rejeton de mon frère et de ma belle-soeur.

Je me suis fait faire le coup du Tim Horton: en arrivant à l’hôpital, quand on m’a mis bébé tout neuf dans les bras, on m’a demandée si je voulais bien être sa marraine. J’ai fondu en larmes et j’ai accepté. Ce blog s’enrichit donc maintenant d’un nouveau personnage, Fabuleux Filleul. Merveilleuse merveille est aussi tombé sous le charme de ce toxon de 9,1 lbs, à la chevelure épaisse et noire, comme elle à sa naissance. Un magnifique bébé. Un monstre de charme.

Mais encore plus que de sentir si bon, d’avoir la peau si douce et d’être mon filleul, Fabuleux filleul a réussi un miracle de Noël: réunir toute la famille autour d’un vrai Noël rempli d’amour, sans arrières-pensées, sans soupir d’exaspération. Hier soir, nous étions tous là, oncles, tantes, grands-parents, réunis autour de ce petit être, toutes nos haches de guerre enterrées pour de bon, je crois. Nous étions cette famille de film kétaine, levant nos verres de Veuve Cliquot à sa santé, à notre santé.

Merveilleuse merveille a passé 2 nuits chez sa grand-mère, à se faire gâter, pendant que Mammouth et moi, entre deux rencontres de famille, nous reposions (parce que nous en avons grand besoin en cette fin d’année rock & roll) dans un hôtel pas loin. Alors que j’appréhendais un Noël compliqué, c’est une fête toute en douceur et pleine d’amour qui m’a été donnée, avec la promesse de plusieurs autres dans les prochaines années. Et j’en suis infiniment reconnaissante à la vie, et à tous ceux et celles que j’aime.

Fabuleux filleul, bienvenue dans notre famille. Marraine ne te fera qu’une promesse: celle de t’aimer, inconditionnellement. Toujours.

Jingle Bells et toutes ces sortes de choses

Je sais. Je néglige. Je me néglige, je vous néglige. Et je n’ai même pas de vraies excuses. Juste une certaine fatigue, et un gros gros sens de la retenue. Ne pas hurler, d’indignation ou de rire. Se censurer, par peur et par bravade. Trop de choses à raconter qu’on ne peut pas, et pas assez de ces petites insignifiances qui meublent le vide.

Et puis l’hiver qui n’arrive pas, la neige qui ne tombe pas – Kyoto, t’es ou??? – l’esprit de Noël qui ne s’installe pas malgré les décos partout, la frénésie du magasinage pour trouver ZE cadeau. C’est ben pour dire, même le train de Josélito n’arrive pas à me convaincre que dans 7 jours, nous serons à quelques heures du réveillon.

Et il s’est passé quoi depuis mon dernier papier? Des zillions de choses, et pas grand chose. Nous avons fêté, Mammouth et moi, nos 10 ans d’amour. 10 ans. Vous m’auriez dit ça, il y a 10 ans, je vous aurais renvoyé dare-dare chez le doc, faire revoir votre prescription de médicaments! Et pourtant, nous sommes toujours ensemble. Pas par obligation, pas par habitude. Par amour. Par attachement profond, malgré nos différences. Nous n’avons pas pu célébrer, la grippe ayant frappé fort. Mais les sushis qui nous avaient réunis il y a 10 ans étaient au rendez-vous. Un souper en tête-à-tête, l’occasion de faire le point et de se dire qu’on remettait ça pour un autre 10 ans. Sans flafla. Mais avec beaucoup d’amour.

Merveilleuse merveille va bien, mais s’interroge de plus en plus sur le sens de la vie. Nos petits matins, alors qu’elle pose des questions sur ce qu’elle lit dans La Presse, me sont précieux. Même si parfois, je n’ai pas les réponses. Pourquoi un fou décide-t-il de dégoupiller des grenades dans une foule, tuant un bébé? C’est qui, François Legault? Pourquoi elle est morte, la dame? Je me dis que tant qu’elle aura le goût de me poser des questions, j’aurai le goût de lui répondre, même quand je n’ai  pas de certitudes. Sa curiosité m’inspire.

Au travail, on gère la décroissance, la démotivation, l’incertitude et l’angoisse. Du mieux qu’on peut, sans trop savoir, en mettant de côté sa propre incertitude et sa propre angoisse. On fera pas de boutons pour ça, hein? Si justement! Mais on va les camoufler avec une bonne couche de fond de teint… quoique à mon âge, le polyfilla ferait une meilleure job!

Politiquement, c’est le désert. La déprime. Vous me connaissez, je ne parle jamais politique. Ou si peu. Et c’est encore plus vrai ces jours-ci, parce qu’en parler, ça ne changerait pas grand chose. Une réflexion intéressante, toutefois, chez Marie-France Bazzo, sur le « autrement ». Camil Bouchard qui disait que les médias sont en partie responsables du cynisme. Qu’ils sont tombés dans la « politique-réalité », l’anecdote prenant le pas sur le contenu. J’ajouterais qu’à partir du moment ou des politiciens acceptent de participer à de la politique-spectacle, faut pas se surprendre du résultat. Sujet clos.

Pour le moment, le beau Johnny Deep fera la joie de mon samedi soir, avec les poulettes. Demain, on fera le sapin et on décorera la cheminée. Puis, on préparera les boîtes de pâtisseries pour les professeurs et les éducatrices et on ira souper chez une belle gang de fous, comme nous.

Allez, on se met dans l’ambiance. Après tout, c’est le temps des fêtes!

Feuilles au vent

Il fait froid aujourd’hui. Il mouille, il vente. C’est l’automne dans sa version moche. La tête enfoncée dans les épaules, cachés sous leur parapluie, les passants marchent vite, regardant le sol pour éviter les flaques d’eau. L’humeur des gens est à l’image de la météo. Moche.

Ce matin, aux abords du métro, deux itinérants. Un jeune, souriant, de ce sourire qui doit tout aux paradis artificiels, offrait généreusement sa bouteille de bière à ceux et celles qui s’approchaient. « Une p’tite gorgée pour te réchauffer, ma belle? » Presqu’envie de lui dire oui, juste pour lui dire à quel point le geste était gentil, à défaut d’être invitant. Pressés à cette heure de pointe, les gens l’évitaient du regard et faisaient de grands détours pour ne pas s’en approcher. Un vieux, en discussion avec lui-même, s’invectivait dans un mélange d’anglais, de français et de mots empruntés à l’espagnol et à l’italien. Lui, il en voulait aux passants, leur montrait le poing et sa bouteille vide.

Deux itinérants. Qui passeront l’hiver à chercher un peu de chaleur dans les bouches de métro et qui se résoudront à quémander une place à l’accueil Bonneau quand janvier arrivera.  Deux itinérants qui, avant, étaient le frère, le fils, le père de quelqu’un. Ont-ils tout quitté, pressés par leurs démons intérieurs? Ont-ils été mis à l’écart de leur famille, à bout de dealer avec eux? Derrière ces deux itinérants, deux histoires tristes, déchirantes. Même si c’est leur choix.

Deux réalités dans ma ville aux cônes oranges. Ce matin, dans cette température moche, j’aurais voulu aider. Mon coeur s’est un peu serré de voir ces deux itinérants qui, comme feuilles au vent, tourbillonnaient dans cette pluie froide de fin d’octobre. J’aurais voulu… je ne sais pas quoi. Pour un moment, j’aurais voulu retrouver la naiveté de mon adolescence et penser qu’on pouvait changer le monde et éviter la misère dans notre pays si riche. Et puis, le quotidien m’a happée.

Pour le reste de ma vie

Il y a quelques semaines, le téléphone sonne. C’est la belle Gabrielle, fille de mon amie Isabelle. Qui m’invite à une fête surprise pour les 50 ans de sa mère. Isa a été, pendant des années, ma grande amie. Ses enfants, presque les miens. Et puis, la vie nous amène ailleurs, les relations s’espacent, on se voit de loin en loin et on ne prend plus, dans le tourbillon des jours, le temps de s’appeler. C’est donc dire que j’étais touchée que Gabrielle m’invite.

Isa et moi avons exactement 6 mois de différence. Nous nous sommes connues à Québec, comme co-animatrices scoutes, puis comme voisines. Nos deux portes étaient constamment ouvertes, et la limite entre chez-elle et chez-moi n’existait pas vraiment. Son fils, à l’époque un bébé, dormait chez-moi régulièrement, se promenait entre les deux appartements. Une autre copine, Anne, était aussi chez l’une ou l’autre régulièrement. On était pas loin de la commune: bouffe, casse-têtes, mots croisés, tricot, tout se faisait en gang plus souvent qu’autrement. Un jour, Isa a refait sa vie et a déménagé à Montréal. Puis c’est moi qui ai quitté Québec pour Ottawa. Deux magnifiques enfants se sont ajoutés à la famille.

Je ne les avais pas revu depuis quelques années. Un choc de voir ces beaux enfants devenus de jeunes adultes. Et un constat que la vie file à toute vitesse. Plus on vieillit d’ailleurs, plus ça va vite.

Quand on a fêté les 40 ans d’Isa, je me souviens d’être revenue à la maison et de m’être interrogée sur ce que je voulais pour mes 40 ans à moi, 6 mois plus tard. La question était claire dans ma tête, je ne voulais pas me réveiller, le matin de mon anniversaire, pleine de regrets et de j’aurais donc dû… Avec 6 mois devant moi, j’avais le temps de faire quelques changements. Ce soir là, j’ai dressé une liste que j’ai affichée sur le frigo:

  • Perdre du poids
  • Arrêter de fumer
  • Me remettre en forme
  • Quitter le monde politique et changer d’emploi

Le matin de mes 40 ans, je me suis réveillée:

  • je n’avais pas perdu de poids, au contraire
  • je n’avais pas arrêté de fumer, mais j’avais diminué
  • je n’avais pas commencé de programme de remise en forme
  • j’étais toujours en politique, mais plus dans le même poste

et surtout, en couple et enceinte de 5 mois :-). Comme changement de vie, c’était pas mal, hein!

Ce matin, si je devais refaire la liste en vue de mes 50 ans, je reprendrais les mêmes objectifs: perte de poids, remise en forme, changement d’emploi (j’ai arrêté de fumer et je suis fière de dire que je suis non-fumeuse depuis 9 ans!). Je ne souhaite pas me réveiller enceinte en mars, mais je ne regrette rien de ce qui est arrivé au cours des 10 dernières années. Rien de rien.

Alors, je veux faire quoi avec le reste de ma vie? Je me fixe des buts, des objectifs, ou encore une fois, je laisse ma bonne étoile me guider? Réflexions, réflexions… entretemps, on va aller faire du yoga, question de s’assouplir et de se réenligner les chakras :-)

Aux (l)armes, citoyens!

Vous me connaissez, je ne parle jamais politique. Ou si peu.

Ce matin, je fais une petite exception. À peine si j’ose commenter. Mais bon, faut ce que faut.

Petite mise en garde, toutefois: je ne m’en suis jamais cachée, j’ai un passé « politique ». Mais depuis la naissance de merveilleuse merveille, je n’ai pas fait de politique partisane. Je n’ai assisté à aucun rassemblement, je n’ai pas participé à des activités partisanes, je n’ai jamais versé ne serait-ce qu’un dollar à aucun parti. Dans le cadre de mon travail, j’observe la plus stricte neutralité, puisque je suis fonctionnaire.

Cependant, je n’en pense pas moins. Mes valeurs n’ont pas changé, et je vote. Selon ma conscience. Pas aveuglément. Pas nécessairement toujours pour le même parti. Parfois pour l’homme, parfois stratégique.

Et je regarde les nouvelles. Je lis avec attention les analystes, commentateurs et autres « wannabe » de la chose. Avec Mammouth et les enfants, nous en discutons. Pour moi, la démocratie est importante, et il m’apparait fondamental que mes enfants exercent leurs choix politiques, quels qu’ils soient, en toute connaissance de cause. On est jamais trop jeune pour comprendre, à mon sens, l’impact sur notre vie quotidienne de nos choix, et celui de nos gouvernements l’est tout autant qu’un autre. Quand ils seront en âge de voter, peu m’importe le parti qu’ils choisiront. Je ne leur demanderai qu’une seule chose, c’est d’être logique et cohérent, et de savoir pourquoi ils votent ainsi. Comme dit Mammouth, on peut bien être marxiste, à condition d’être de tendance Groucho!

Ce matin, à la lumière des manifestations d’hier, je m’interroge. Ça fait  des mois maintenant que  l’odeur de collusion, de corruption et les allégations de toutes sortes polluent l’atmosphère au Québec. Depuis la sortie du rapport Duchesneau, je lis et j’entends que la grogne « citoyenne » est palpable. Que la colère gronde. Que le « peuple » en a assez!

Ce matin, 24 000 coureurs ont pris le départ du Marathon de Montréal. Hier, à la manifestation du 24 septembre, à peine 1 millier de personnes se sont déplacées. Du pain et des jeux, hein… Québec s’est mobilisé pour un amphithéâtre avec sa marche bleue, mais pas pour revendiquer une commission d’enquête sur ce qui pourrait faire en sorte que ce dernier coûte 8 fois le prix estimé.

Alors, le peuple en colère, il était ou hier? Occupé à choisir le vin qui accompagnerait le souper? Occupé à ramasser les premières feuilles qui commencent à garnir nos terrains? À lire le peuple qui commente à qui mieux mieux sur les blogues populo-populistes, le peuple est en beau calvaire. Mais il l’est juste sur papier. Ou dans les médias sociaux. À force de vouloir être amis avec les « védettes », on finit par ne dire que ce qu’on espère sera repris, retwitté, référencé. Cette manif d’hier en est l’exemple parfait. Les média traditionnels ont beaucoup parlé de cette manif, parce qu’elle partait d’un mouvement citoyen, né sur FB et repris sur Twitter. Hélas, on est loin, au Québec, d’un printemps arabe!

Ne me dites pas que le peuple a parlé en élisant le NPD au fédéral. Le grand vent de « changement »? Peut-être. Mais au Québec, ça va se traduire comment, à la prochaine élection? Ouste Charest, mais bienvenue qui? Le PQ s’en va dans toutes les directions, et les Caquistes semblent vouloir être tout pour tous. J’allais oublier l’ADQ. Comme l’ensemble du peuple, semble-t-il.

Découragée? Oui. Mais j’ai surtout perdu tous mes repères. Je ne sais plus en qui croire, mais je sais en quoi je crois. Je crois en l’honnêteté, en l’intégrité, au bien collectif et aux possibilités d’épanouissement personnel. Je ne me reconnais plus dans le parti qui a toujours représenté cela pour moi, je me sens orpheline. Et je n’ai pas de solution, juste un immense sentiment de vide. Et ce n’est pas une commission d’enquête qui va y changer quoi que ce soit.

Le Québec a de nouveaux mentras: « commission d’enquête » et « … citoyen » (remplacez le … par le mot que vous voulez, tout est maintenant citoyen anyway!). Mais, pour paraphraser le Cid, à la question: « Québec, as-tu du coeur? »,  j’ai bien peur que la réponse soit « genre »….

Allez, on referme la parenthèse et on retourne à notre programmation régulière. Vous me connaissez, je ne parle jamais politique. Ou si peu.

Quand Mammouth me fait pleurer…

En sortant de mon cours de yoga chaud,  je vois sur mon bébelleberry un texte de Mammouth, destiné à l’édition hebdomadaire de son journal. Je l’ai lu, les larmes aux yeux. Je me permets de le reproduire ici…

11 novembre 2001

Ce matin du 11 septembre, le Québec était l’invité des tours jumelles. L’événement Québec-New-York 2001, une  rencontre entre artistes québécois et newyorkais, devait se dérouler pour plusieurs jours au World Trade Center. Plusieurs créateurs de l’univers du multimédia étaient déjà sur place en cette belle journée ensoleillée de septembre.

J’aurais dû y être. Je devais être sur place le 11 septembre pour cette rencontre, mais les hasards de la vie ont fait que mon départ a été retardé au 12 septembre. Cette journée du 11 septembre, nous fumes nombreux à nous inquiéter pour nos proches, pour des amis qui eux, étaient sur place. Comme Clément Laberge, un ami de Québec, qui ce jour-là, accompagnait sa conjointe à cette rencontre de créateurs. Dix ans plus tard, j’ai demandé à Clément de se remémorer ce 11 septembre pour nous. Nous avons aussi demandé à plusieurs personnalités de plonger dans leurs souvenirs et de nous dire ce que le 11 septembre a changé dans leur vie.

À chaque 11 septembre, je me dis que j’ai sans doute raté un rendez-vous avec l’histoire. Ce qui, pour un journaliste vous en conviendrez, est un triste constat. Mais je ne savais pas encore que j’avais pris un rendez-vous avec la vie.

En effet, celle qui devait devenir ma conjointe était, elle, en plein tourbillon. À Ottawa où elle travaillait, cette journée du 11 septembre et les autres qui suivirent furent un enfer pour elle, sa ministre, et ses collègues. Je vous passe les détails, mais ce ne fut pas avant le 11 novembre que nous pûmes nous rencontrer. Ce 11 novembre 2001, New York pensait revivre le même cauchemar alors qu’un avion s’écrasait dans le Queen. Fausse alerte, soupirs de soulagement de ma conjointe. Mais c’est ce jour du 11 novembre 2001, alors que nous échangions sur les événements des deux derniers mois et ce douloureux 11 septembre que nous avions vécu chacun à notre façon, que fut conçue notre fille.

La vie, la vie! Un début, un milieu et une fin. Tout ce qui vient au monde finit par disparaître. Comme une respiration. Et tout renaît. Dieu merci.

Rien à ajouter. Si ce n’est que Mammouth a parfaitement raison. La vie est précieuse, elle arrive quand on ne s’y attend pas. Et c’est tant mieux.