le 8 mars en retard…

betty boop.pngA 44 ans,je me donne le droit de dire tout haut ce que je me dis tout bas depuis des années. Sérieusement, qu’avons-nous gagné à travers nos batailles féministes? Le droit d’en faire plus? Le droit de se battre pour prouver que nous sommes égales aux hommes? Le droit de toujours prouver que nous sommes à la bonne place ailleurs que dans nos chaumières?

Je pense depuis longtemps que nous nous sommes piégées nous-mêmes, et que nous faisons la partie belle à ces messieurs. J’ai pas envie de jeter la pierre à nos hommes qui, malgré leurs qualités, ont vite compris que c’était dans leur intérêt. Plus besoin d’être galant (tu veux l’ouvrir, ta porte? Ben ouvre-là!) plus besoin d’avoir le gros salaire ( le « double income » c’est ben pratique), même plus besoin d’être responsable de notre plaisir (et vive Georges!). Avons-nous abaissé nos attentes face à eux? Bien sûr, farcies que nous avons été du discours des féministes qui nous ont précédées et qui nous ont rabattu les oreilles avec les faits qu’il ne fallait s’attendre à rien des « maudizommes ».

Et nous avons pris le sort du monde sur nos épaules, pendant que les gars continuaient d’être des gars. Mêlés, peut-être, face à nos attentes exigentes et changeantes. Mais des gars pareils. Le partage des tâches? Un peu. Les enfants? Pour certains, dont Mammouth, tout à fait. Mais ils sont une infime minorité à vraiment s’investir dans leurs enfants, et les « fathers-for-justice! » de ce monde ne m’émeuvent pas.

Et nous continuons à essayer de faire reculer les limites. Mais les limites de quoi, dieu du Ciel? Nos propres limites? On veut être belles, fines, désirables et jeunes même à 50 ans. On veut être la maman ET la putain. On veut avoir de belles jobs, ne jamais rater un rendez-vous professionnel, même quand merveille a la fièvre et que c’est pleine de culpabilité de mère-ayant-abandonné-son-enfant qu’on s’y pointe. Et on veut surtout pouvoir continuer à chialer après les maudizommes parce qu’ils ne sont pas à la hauteur. Mais à la hauteur de quoi? De qui?

J’ai longtemps travaillé dans un milieu traditionnellement mâle et macho. Pourtant, je n’ai jamais joué le rôle de la midinette (soyons honnête, j’ai jamais eu le physique de l’emploi), ni celui de la femme forte. J’ai essayé d’être moi, juste moi, seulement moi. Oui, ça m’a fait ch*** royalement de réaliser que des collègues moins scolarisés que moi gagnaient 2 fois mon salaire pour la même expérience de travail. Oui, ça m’a fait ch*** royalement de me faire refuser une augmentation parce que mon salaire était soi-disant un « salaire d’appoint » (à qui, par exemple, on me l’a jamais dit. Considérant que j’étais célibataire, devais-je en conclure que mon salaire était un salaire d’appoint à la société???). Mais j’ai aussi réalisé que mon pire problème n’était pas la gang de machos qui m’entourait, mais moi-même qui acceptait de travailler plus fort, sous prétexte de « leur » montrer.

Et que les féministres, les pures et dures, ne me crient pas de noms! Oui, je reconnais que de dures batailles ont été livrées et gagnées. Oui, merci pour le droit à l’avortement et les quelques plafonds de verre que vous avez réussi à soulever. Oui, grâce à vous, à vos mères, je peux voter et j’ai pu choisir ma profession. Mais à cause de vous, à cause de cet héritage, je n’ai plus le droit au repos de la guerrière? Doit-on refaire inlassablement le débat entre les femmes au travail et les femmes au foyer (comme si choisir de rester à la maison n’était pas un travail…soupir…).

J’espère juste que je pourrai inculquer à ma merveilleuse merveille que d’être une femme, c’est pas être une battante à tout prix, et qu’au fond, la seule bataille qui en vaut la peine, c’est celle de rester parfaitement intègre face à soi-même.

7 réflexions au sujet de « le 8 mars en retard… »

  1. Voilà! Ma mère, loin d’être fainéante, est restée à la maison pour s’occuper de mon frère, de moi et de notre foyer, puis elle n’arrêtait pas deux minutes. Or, une demi-génération plus tard, s’occuper de tout cela devrait se faire entre 17h30 et 22h sans problème? Ça me laisse perplexe.

    D’un autre côté, je me sens déjà un peu coupable d’envisager de rester à la maison avec mes enfants (que je n’ai pas encore) jusqu’à ce qu’ils aillent à l’école! Parce que je les priverais de stimulation, de socialisation… Et je me demande quelle espèce d’oiseau je suis pour « manquer d’ambition » comme cela…

  2. « Mais à cause de vous, à cause de cet héritage, je n’ai plus le droit au repos de la guerrière?… J’espère juste que je pourrai inculquer à ma merveilleuse merveille que d’être une femme, c’est pas être une battante à tout prix, et qu’au fond, la seule bataille qui en vaut la peine, c’est celle de rester parfaitement intègre face à soi-même. »

    J’en aurais, des choses à dire! (Mais je dois m’occuper du bébé, ah, ah!)

    Je pense qu’être féministe aujourd’hui, se n’est pas se cantonner à des batailles, mais justement réaliser certains excès et certains pièges et voir qu’on a le droit aussi au repos de la guerrière, le droit de rester intègre sans être accusée de traîtrise.

    Par ailleurs, qu’est-ce que « rester intègre face à soi-même »? Souvent, nos désirs, même profonds, sont conditionnés par une société dans laquelle règnent encore les discriminations. Avoir le goût de rester au foyer, ça viendrait d’où? Un désir personnel ou un conditionnement?

    Bref, je pense que devraient coexister de nos jours à la fois le fait que les femmes puissent choisir (comme les hommes d’ailleurs) le mode de vie qui leur convient, mais sans se fermer les yeux sur les aspects de nos mentalités qui doivent encore changer. Comme ça, on pourra faire des choix éclairés.

    Bon, faut vraiment que j’aille m’occuper de bébé, moi-là… Choix éclairé, je pense! 😉

  3. Ah, ça fait du bien de lire la vérité de quelqu’un!

    Ce qui est chiant dans le « discours officiel » peu importe son éditorial, c’est de côté accusateur du dogme de « la bonne façon de vivre ».

    La bonne façon pour moi n’est pas la même que celle de la voisine, de mon frère, de mon homme, de mon amie sans enfant, de celle qui en a quatre.

    Me semble qu’être féministe, c’est se connaitre et choisir en conséquence.

    Ça implique de laisser tomber les lunettes roses. Non, je ne suis pas faite pour avoir cinq enfants ne veut absolument pas dire qu’on n’ aime pas les enfants. C’est pas parce qu’on est lucide qu’il n’y a pas d’amour.

    Et il faut assumer nos choix baptême! Le beurre et l’argent du beurre, c’est pas possible. Il n’y a pas d’idéal générique qui convienne à tous. Il y a « le moins pire » et « le mieux dans les circonstances ».

    Et puis, je sais que ça fait rétro, qu’on est lundi et qu’il mouille mais tous les droits viennent avec des obligations. Non, on ne peut pas prendre un sans l’autre. L’égalité, c’est maintenir un équilibre entre nos droits et nos devoirs et vivre avec.

    Je suis vraiment dûe pour une taverne…

  4. Et moi donc!
    CB, t’as parfaitement raison. Je dirais même que de nos jours, on veut le beurre, l’argent du beurre et la vache dans la cour!
    Mère indigne, je ne sais pas d’où vient le désir de rester au foyer. Perso, j’ai adoré le temps de mon congé de maternité, mais j’avais également besoin, pour mon équilibre à moi, de retourner dans un monde d’adultes.
    Caroline: un manque d’ambition? Non… un choix personnel. Manquer d’ambition, pour moi, c’est de ne pas choisir, mais de se laisser imposer une situation…

  5. Excellent billet, ça fait réfléchir et je dois dire que je suis tout à fait d’accord avec toi :)

    J’abonde aussi dans le sens de Chroniques Blondes 😉 Ici je voulais etre a la maison, par contre je ne m’y sens pas confinée a tout jamais. J’ai aussi déterminé mes limites, je voulais 4 enfants et apres 3 j’en peux plus. Ce n’est pas un échec que de dire on arrete ça et on passe a autre chose.

    Dans 2 ans lorsque je retournerai, j’assumerai le fait que oui peut-être ca va etre plus long avant de trouver un boulot convenable avec des heures correctes. Mais c’était mon choix de rester avec les enfants et de justement leur apprendre que la vie ce n’est pas juste avoir un horaire rigide et des contraintes de temps.

    On dit souvent que la société nous oblige à quelque chose… c’est qui la société ? c’est nous, c’est eux, c’est le voisin, la belle-soeur, bref c’est tout le monde y comprit soi-même, je crois donc qu’on se met nous-mêmes des barrieres et des contraintes :)

  6. Intéressant à lire ce matin…

    Ma vision personnelle de ma vie professionnelle a beaucoup changé après avoir fait le trottoir pendant 5 mois et demi, brandissant pancarte et criant des slogans devant les bureaux de mon employeur, pendant que poussait en moi la vie de mon p’tit dernier…

    Après mon 2e congé de maternité et un congé parental totalisant 18 mois, j’étais prête à retourner voir les grands mais je n’étais plus prête à jouer avec eux à n’importe quel prix.

    Maintenant, finie la culpabilité quand je dois m’absenter lorsque un de mes fils est malade ou a un rendez-vous que je n’ai pas pu (ou voulu) prendre en soirée. Fini la culpabilité de me payer le luxe de prendre 7 semaines de congé l’été (oui, je suis chanceuse, j’ai une convention qui me le permet) – 3 sont quand même à mes frais et je l’assume. Je pousse même l’exploit à laisser mon travail au travail ! Fini le temps où je me réveillais la nuit parce que je pensais au boulot non achevé sur mon bureau.

    Je remercie les féministes de m’avoir à tout le moins permis de pouvoir faire ce constat… Parce qu’avant, aurais-je eu le choix ?

  7. Ping : De mère en fille | Les chroniques du patio

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