Le droit de vote. Et autres.

Aujourd’hui, ma belle rebelle, tu as 18 ans. On se regardait, ce matin, ton père et moi, mesurant à quel point tout va vite. On s’est regardé, un peu incrédule. Et un peu – pas mal!  – fiers de la jeune femme que tu es devenue.

La dernière année a été particulière. L’étape du Cégep, où l’encadrement est minimal, la réalité de devoir gérer tes choses, ton agenda et puis cette saloperie de virus qui a chamboulé toutes nos vies.

J’avoues que je me suis demandée comment tu gèrerais le confinement. Tu nous sais plus fragiles, plus à risques. Tu as accepté les règles du jeu pour nous.  N’empêche, ne pas voir tes amies, rester à la maison, ne pas sortir sauf pour quelques promenades autour du bloc, c’est beaucoup demandé à une jeune adulte en pleine forme. Tu as vite épuisé Netflix, Amazon, et autres qui t’ont gardé branchée sur ton ordi parfois 15 heures par jour.

Tu as accepté que ton grand frère vienne vivre avec nous quelques mois, même s’il t’a fallu réaménager ton espace pour lui permettre d’avoir une chambre à lui. Tu l’as fait sans ronchonner, en y mettant beaucoup d’énergie.

Était-ce parfait? Non. Tu as craqué à quelques reprises, comme nous. Mais honnêtement, nous y avons tous mis du notre, et le confinement, dans une grande maison, avec un grand terrain et une piscine, s’est plutôt bien déroulé. Malgré notre crainte d’attraper le maudit virus, nous avons compris, ton père et moi, que le risque zéro n’existe pas et qu’il te fallait étendre un peu, de manière sécuritaire, tes nouvelles ailes d’adulte. Ce que tu as fait de manière responsable, et nous t’en sommes reconnaissants.

Tu as 18 ans, ma belle rebelle, et l’avenir devant toi. C’est un peu affolant, non? Il y a 40 ans, à mes 18 ans, j’avais devant moi un « champs des possibles » libre, croyais-je à ce moment-là, d’obstacles ou de mines cachées. Et c’était vrai: les femmes avant moi avaient obtenu le droit de vote, le droit de décider par elles-mêmes d’une profession, le droit à l’amour libre et sans contrainte, le droit à disposer de nos corps et à la contraception. Le sida n’existait pas, et pour autant qu’on fasse un peu attention, le condom n’était même pas dans le fond de nos sacoches en macramé :-)

Toi, tu entames cette nouvelle étape de ta vie dans un contexte différent: la droite monte en force un peu partout, le maudit virus est avec nous encore pour quelques mois, voire quelques années, votre éducation « en ligne » vous prive de ce qui est le plus le fun des années de cégep, le plaisir d’être en gang au café. Votre vie est ponctuée de #hashtag #BlackLivesMatter #OnVousCroit #MauditVirusAMarde #

Vous façonnerez le monde à votre image, et je te fais confiance. Tu as de bonnes valeurs, une base solide. Tu feras des niaiseries, tu rentreras après avoir trop bu et tu auras plus qu’une conversation avec le grand téléphone blanc. Tu te battras pour tes droits, tu feras valoir ton point de vue, et tu continueras à adoucir les angles de ta personnalité parfois trop entière.

Tu as maintenant plein de nouveaux droits, dont celui de voter. D’aller dans les bars sans avoir peur de te faire carter. Ça vient avec des responsabilités. Tu le sais qu’il faudra que dorénavant, tu assumes toutes tes coches mal taillées. T’en as pas fait tant que ça et tu as appris de tes erreurs. Nous sommes fiers de toi, ma merveilleuse merveille, ma toute belle rebelle, ma plus belle Perséide!

Je t’aime, ma toute belle rebelle. De tout ce que j’ai accompli dans ma vie, tu es ma plus belle réussite. Je n’y serais pas arrivée sans ton père, et le regard que nous avons échangé ce matin en disait long. Sois fière de toi, comme nous le sommes.

Maintenant, hop au boulot! Parce que ça aussi ça vient avec le fait de ne plus être une petite fille: travailler, payer des impôts et avoir un boss :-)

 

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Pour toi, Clément. Ou à cause de toi?

6e semaine de confinement. Après un certain engourdissement, tant physique que cérébral, je sens que je retrouve un semblant de vie, pour ne pas dire de vivacité. 6 semaines à regarder aller mon monde, à être, comme l’immense majorité des Québécois, en attente de la messe de 13h00. Et à essayer de trouver un sens à tout ça.

Mon ami Clément a le don de me forcer à réfléchir. Même quand je pense ne rien avoir à dire. Ouais, il est fort comme ça, mon ami Clément. Après avoir lu ce magnifique texte – https://remolino.qc.ca/2020/04/21/sincerite-moi-aussi/, je me suis imprudemment avancée à lui promettre de répondre à ses questions.

Clément a fait sa réflexion à partir de sa perspective politique. Mais vous me connaissez, je ne parle jamais politique. Ou si peu…  Ceci dit, c’est surtout vers une réflexion profondément personnelle, mais aussi sociale, que mes pensées m’ont amenée.

Alors pour toi, Clément. Grâce ou à cause de toi!

Qu’est- ce que cette crise m’a permis d’apprendre?

D’un point de vue personnel, que ma longue période plus sombre en 2018 m’a préparée, bien imparfaitement, à ce confinement. Je suis résiliante, plus que je ne le croyais. Ne pas fréquenter plein de monde ne me manque pas. Mes petites escapades à l’épicerie, les discussions à distance responsable avec les voisins quand il fait assez beau pour sortir comblent pleinement mon besoin de socialisation, alimenté par les réseaux sociaux.

J’ai toujours pratiqué la gratitude comme vertu cardinale de mon existence. Encore plus maintenant. Je suis reconnaissante d’avoir un emploi qui me permet de faire du télétravail (sur lequel je reviendrai), un chum qui est devenu un monument de zen, une ado qui tout à coup s’est transformée en adulte responsable et qui vit quand même bien cet interruption de son adolescence, et depuis peu, le retour du fils qui ajoute à la vie de la maison. Tout ça dans un environnement qui nous permet de ne pas nous piler sur les pieds. J’admets que je serais probablement moins zen prise dans un 4 et demi au centre-ville, avec pour toute perspective le balcon du voisin.

Je suis aussi reconnaissante d’avoir arrêté de travailler avant que Montréal ne soit vraiment en crise. Les derniers jours dans le métro, l’inquiétude faisait partie de mon quotidien. Je pense quotidiennement à ceux et celles qui n’ont pas ma chance.

Cette crise m’a aussi conforté dans l’idée que c’est dans l’épreuve que les gens se révèlent. Et que comme société, on va du meilleur au pire, parfois dans la même journée. Et que ce qu’on encense le matin devient l’objet de critiques acerbes en soirée.

Je crois également que ça nous a pris du temps pour prendre la mesure réelle de ce qui nous arrivait. Et que même encore, je ne suis pas convaincu que nous réalisons exactement que notre vie ne sera plus la même. Probablement parce que nous n’avons jamais été confrontés à une telle crise sanitaire.

Quelles questions la crise m’a amené à considérer sous un autre angle? ou à juger plus ou moins prioritaires — et pourquoi?

Évidemment, nous ne pourrons pas faire l’économie d’un vrai débat sur la santé. J’écoutais ce matin Alexandre Taillefer dire que pour lui, c’était désormais clair: plutôt que de finir en CHSLD, il souhaitait avoir accès à l’aide médicale à mourir s’il perdait son autonomie.

De récentes décisions judiciaires nous avaient amené à initier ce débat sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir. Ce débat sera nécessairement dorénavant teinté de l’horreur maintenant publique de la réalité des résidences pour personnes âgées. Toutefois, je souhaite que nous ayons la même sérénité que lors du premier débat sur le sujet.

Oui, certains CHSLD sont des endroits où les aînés sont parqués. Et le plus souvent, les soins y sont adéquats. La crise a mis en relief le manque de personnel, mais surtout le manque de reconnaissance envers celles et ceux qui ont pris le relais de famille qui ne peuvent, ou ne veulent s’occuper de leurs aînés. Bien sûr, s’occuper d’un aîné atteint d’une maladie dégénérative, de déficience cognitive, d’Alzheimer demandent une expertise que nous n’avons pas. Je ne suis pas prête à blâmer les familles qui font ce choix.

Il faudra faire toutes les nuances, poser toutes les questions et surtout, surtout, ne pas chercher à identifier un coupable. Nous le sommes tous, collectivement. Tout comme on s’est collectivement réveillé sur la DPJ après le meurtre sordide de la petite fille de Granby, nous venons de nous réveiller, collectivement, sur l’état de situation des personnes âgées.

Il faudra aussi faire des débats déchirants sur le panier de services. On veut tout, tout le temps. Est-ce raisonnable de penser qu’on peut tout avoir, tout le temps?  Qui fera les arbitrages entre le nécessaire financement de la recherche, le financement des soins de santé, celui des services sociaux, etc… et ce qu’on veut mettre en environnement, en transports, en éducation, etc… toutes missions essentielles confondues?

Et Clément, ne t’en déplaise, le débat sur le futur statut politique du Québec m’apparaît comme bien peu prioritaire. Pas par conviction, crois-moi. Mais surtout parce que je ne suis pas convaincue que même indépendant, la gestion de cette crise aurait été plus efficace. Mais peut-être que je me trompe.

Quelles sont les convictions que ça a renforcé chez-moi et celles qui se trouvent ébranlées — et pourquoi?

Ma foi en la nature humaine a été à a fois renforcée et ébranlée. Bien sûr, les niaiseries montées en épingles dans les média m’ont parfois fait pousser des soupirs à déménager les meubles du salon dans la cuisine… bien sûr, les théories du complot ne cessent de m’étonner.

J’ai aussi la conviction intime que nous avons, en temps de crise, un besoin collectif de s’identifier à un héros, conviction renforcée par notre attitude. Le tandem Caillé-Bouchard du verglas. Le trio Legault-Arruda-McCaan de la pandémie. Le problème, avec les héros, c’est de durer dans le temps. Parce que si on aime moins nos héros, nous serons moins tenté d’obéir aux ordres…

La crise aura aussi renforcé cette conviction que nos gouvernements et que nos concitoyens ne réagissent que lorsque l’horreur frappe. La situation des CHSLD, tout comme celle de la DPJ, ne sont pas nouvelles, mais elles ont été ignorées. Ce que Jean-Luc Mongrain appelait l’huile sur la roue qui grince. On s’indigne collectivement, comme on fait du pain tout le monde en même temps… Ricardo aux fourneaux ou Legault au Parlement, même combat!

Je suis également convaincue que nous sommes nos propres freins quand vient le temps d’accélérer le tempo. À preuve, la vitesse avec laquelle le gouvernement fédéral a mis sur pied les prestations d’urgence, avec comme motivation « le mieux est l’ennemi du bien » et qu’à force de chercher la perfection, on n’aboutit jamais. Oui, il y aura des dérapages et des choses à rectifier, après. Mais je suis  plus qu’agréablement surprise, surtout considérant que c’est le même gouvernement qui n’a toujours pas réussi à régler Phénix, même après 4 ans…

D’autres convictions ne sont pas encore ébranlées, mais pourraient l’être en sortie de crise. J’aimerais croire que nous aurons la maturité pour faire les débats qui nous attendent, que la solidarité dont nous avons fait preuve ne s’effritera pas au contact de nos intérêts particuliers.

Comment cela a transformé l’homme (politique?) que je suis — et quels effets ça aura sur mon discours et sur ma façon d’agir?

Je n’ai jamais été outrageusement partisane. Et ma plus belle surprise est que la classe politique, à quelques exceptions près, a laissé de côté, jusqu’à présent, les jeux politiques, les intrigues de coulisses et les autres niaiseries qui discréditent le métier de politicien. J’aimerais que ça se poursuive, mais c’est utopique de penser ça, je le sais.

Par contre, je crois sincèrement que la manière de faire de la politique sera changée. Parce que les citoyens, qui ont vu autre chose pendant cette crise, ne permettront pas un retour à de la petite politique partisane.

C’est ce discours que j’aimerais tenir. Celui qui prône le rassemblement, la recherche du point commun, l’argument qui convainc plutôt que l’argument qui détruit. L’ouverture aux autres, l’écoute plutôt que la parole.

Je m’impliquerai également plus au travail, dans la recherche de solutions qui permettent de mieux concilier le travail et la famille. Le gouvernement a pris, dans certains ministères à contre-coeur, le chemin irréversible du télétravail. Le virage de l’évaluation en fonction des livrables plutôt que de la présence au bureau. J’ai envie de mettre mon expérience de gestionnaire au service de mes collègues encore plus que je l’ai fait depuis mon retour à la fonction publique.

Voilà. C’est long, très long. Désolée Clément. J’essayerai d’être plus succincte la prochaine fois!

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17

Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous, disait Éluard. Heureux ou pas, qui changent le cours de notre existence. Qui nous ramène à l’essentiel.

Ce matin, pour le boulot, je rencontrais des femmes passionnées associées à un magnifique projet de Maison des naissances. Comme pour me rappeler qu’il y a 17 ans aujourd’hui, j’étais en attente de mon plus beau rendez-vous. Toi, ma merveilleuse merveille, ma toute belle rebelle.

Que de chemin parcouru depuis ce temps hein! Cette dernière année, qui t’a vu fermer la porte de ton secondaire pour ouvrir celle de Cégep, a été pleine de rebondissements et d’émotions. De rires et de larmes. De cris et de chuchotements. Les « passages » ont toujours été difficiles pour toi. Je t’ai revue, entre la maternelle et le primaire, puis entre le primaire et le secondaire. Cette même fronde, ce même « j’ai même pas peur » plein d’anxiété.

Et pourtant. Tu as tellement tout pour réussir. Je sais, tu doutes. De ta beauté, de tes charmes, de ton intelligence, de toi. Parfois de nous. Et j’aurai beau me tuer à te le répéter, tu ne me crois pas quand je te dis que tu es magnifique, de dehors comme de dedans. Ton père n’a pas plus de succès que moi.  Alors tu testes, avec toute l’arrogance de tes 17 ans. Tes limites, nos limites.

Je regarde la photo de ton bal des finissants. Une beauté à couper le souffle. Tu as osé le rouge, femme fatale style. Et tu l’as assuré, parfaitement, insolemment.

Parfois, j’ai peur. Je voudrais tant t’éviter le chagrin, les larmes, la colère. Mais je ne peux pas. Je ne peux que te rassurer sur le fait que tu seras toujours ma fille, celle que j’aime inconditionnellement, même quand je n’approuve pas tes comportements ou tes choix.

Cette année, tu as commencé à travailler. Et tu travailles beaucoup. Tu apprends à gérer ta vie et ton fric, même quand ce n’est pas évident. Je suis si fière de toi, ma merveilleuse merveille. Ma toute belle rebelle.

Tu entreras, dans quelques jours, dans une nouvelle étape. Où tu devras apprendre à gérer encore plus tes priorités et ton temps. Bien sûr, nous serons derrière toi pour te guider, si tu en as besoin. N’y vois pas une intrusion dans ta sacro-sainte liberté. Tu sais, parfois, « father/mother knows best ». Même si ça fait suer – et je sais que ça fait suer: been there, done that, got the t-shirt. Un jour, quand tu seras aussi vieille que moi, tu te diras peut-être que des fois, nous avions raison…

Entre-temps, vis ta vie, mon bel amour. Amuses-toi. Les années de Cégep sont les plus belles, malgré la pression que vous vous mettez sur la fameuse côte R. Tu ouvriras tes horizons encore plus, tu rencontreras des gens avec qui tu tisseras des liens d’amitié qui dureront peut-être toute ta vie, sans négliger tes amies de toujours. Tu t’y découvriras peut-être une passion pour l’archéologie, qui sait? Ou la politique… mais de ça, on en parle jamais, ou si peu!

Ce soir, en cette nuit des perséides qui se sont penchées sur ta naissance, je ferai un vœu: que tu sois heureuse, peu importe le chemin que tu choisiras. Sans compromis avec la femme magnifique que tu deviens, qui apprendra à encore mieux canaliser ta fougue et ton désir d’aller encore plus vite.

Ceci dit, es-tu vraiment obligée d’avoir 18 ans l’an prochain?????

 

 

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Tu étais si petite…

Depuis 3 jours, tout le monde s’indigne. Tout le monde cherche des coupables, parce que forcément, si on ne peut pas pendre haut et fort quelqu’un, on aura rien résolu. Et si on a rien résolu, on ne pourra rien oublier.

Avant toi, il y en a eu d’autres. D’autres, si petits aussi. Pas tous médiatisés, pas tous au cœur d’une tempête parfaite. Des petites blessures, des abandons, des cicatrices mal refermées. D’autres qu’on a oubliés, ou presque. Parce que autre chose dans l’actualité, parce que la douleur ne peut être vive trop longtemps, parce qu’on retrouve vite nos vies bien propres, bien rangées.

Tu étais si petite, et pourtant tu occupes tout l’espace depuis 3 jours. Comme mère, mon cœur se serre juste à imaginer tout ce que tu as enduré. Je suis indignée, mais j’ai surtout un immense chagrin. Et je ne sais pas quoi faire avec ce chagrin, qui tourne en rond dans ma tête et qui me met une grosse boule dans la poitrine.

Je me souviens, il y a très très longtemps, quand j’étais au Cégep, la Loi sur la Protection de la jeunesse était débattue avant d’être adoptée. C’était avant les réseaux sociaux, avant les chaînes d’info en continue. C’était au temps où on croyait encore, très fort, que tout le monde peut se réhabiliter, même les plus indignes des parents. C’était le temps où on pensait que les monstres, c’était juste dans les histoires destinées à faire peur aux enfants. Toi, tu les as vu de près les monstres. Toi, tu as eu peur.

J’aimerais qu’on évite de trouver des excuses à tes monstres. Bien sûr, il y aura de savants psy pour nous expliquer que tes monstres, c’était au fond des gens bien démunis, à qui on n’a jamais donné les bons outils pour s’en sortir. Ou pour prendre soin de toi et de ton petit frère correctement. Peut-être. C’était peut-être de faux monstres, mais ce qu’ils t’ont infligé est très réel.

J’aimerais penser que nos systèmes fonctionnent. Dans la majorité des cas, ils font des choses inouïes, et personne n’en parle. Tu le sais, les bonnes nouvelles ne font jamais la une, ça fait pas vendre et ça n’augmente pas le « rating ».  J’aimerais penser que tous ces gens qui étaient au courant ont vraiment tout fait en leur pouvoir pour t’aider. Ils ne sont pas tous méchants. Ils sont juste, comment dire, centrés sur leur vie, leurs priorités. Et puis, se mêler des affaires du voisin, tsé… on sait pas où ça peut nous mener, alors on laisse faire en espérant que quelqu’un d’autre le fera.

Je frémis quand je pense que l’an dernier, au Québec, plus de 100 000 signalements ont été faits à la DPJ. Ça en dit long, je trouve, sur ce qu’est devenue notre société. Il est peut-être temps qu’on s’interroge, sérieusement, sur notre capacité à vous aimer, à vous protéger et à vous amener à bon port.

J’aimerais qu’on se taise. Qu’on réfléchisse à la suite des choses. Qu’on ne précipite pas les décisions pour donner à manger à la bête médiatique et à sa fille, la vindicte populaire. Que la réflexion, peut importe la forme qu’elle prendra, vise large. Très large. Et qu’elle écoute toutes vos petites voix.

Tu étais si petite. Et pourtant, tu vas peut-être réussir à nous faire tous grandir.

 

 

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Mon nouvel ami

J’ai un nouvel ami. Il s’appelle Georges. Il vit ici, entre les murs d’un édifice aux couloirs lugubres.
Le jour, quand je travaille, il reste dans sa petite chambre, à peine plus grande qu’une cellule de moine. Un lit, un bureau, une chaise droite. Quelques livres d’enfant, dont il suit les mots du bout de son doigt jauni par la cigarette. Je ne sais pas s’il lit réellement, ou si il a appris par cœur ces mots qu’on lui a lu des dizaines de fois.
Quand l’édifice se vide de ses fourmis laborieuses, il sort. Il fait le tour de l’immense bâtiment, deux fois, parfois trois, en fumant cigarette sur cigarette. Il parle au vent, s’arrête pour contempler le grand jardin entretenu par ses pairs, laisse le vent jouer sur ses joues et sa barbe mal rasée, puisqu’on ne lui laisse que de vieilles lames émoussées. Il erre, parfois longtemps quand le temps doux lui permet et ne regagne son logis qu’à regret.
Le matin, quand j’arrive, il est là. Pas encore enfermé pour la journée. Il fume une dernière cigarette puisqu’on lui interdit de le faire à l’intérieur, maintenant.
Les premiers jours, il baissait la tête, refusant tout contact visuel, ne répondant pas à mon « bonjour! » probablement trop sonore pour lui. Puis, petit à petit, il a esquissé un timide sourire, et a fini, au bout deux mois, par répondre à ma salutation.
L’autre matin, il a tendu la main vers moi. J’ai reculé, un peu, par surprise plus que par peur. On m’a tellement dit de me méfier. Que les fous, ce sont des imprévisibles. Il a senti mon recul, et je l’ai senti blessé.
Ou peut-être que j’ai imaginé son émotion. Le lendemain, il n’y était pas.
Aujourd’hui, il était revenu, fidèle au poste. Je me suis arrêtée, et je lui ai demandé comment il allait. Il m’a fait un sourire, a pris ma main et l’a mise sur son épaule, en disant « ami. Georges est ton ami ».
Je sais pas pourquoi, ça m’a remuée. Les couloirs sont toujours aussi lugubres, mais j’ai un nouvel ami. Il s’appelle Georges.

*****

Il s’agit d’une fiction, bien entendu. Mais depuis quelques mois maintenant, je travaille dans le milieu de la santé, tout nouveau pour moi. Les récents articles sur la santé mentale m’ont touchée. Des Georges, j’en côtoie tous les jours. Je leur souris. Et j’espère que ce sourire leur fait du bien.

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Sucré seize

On en est là. Sucré 16. J’ai beau me pincer, me dire que j’en ai manqué un bout, me remettre la tête sous la doudoune…. la réalité me rattrape. Sucré 16.

On ne reviendra pas sur cette année pas facile pour personne. Mais tu as assuré. Oh! Oui. Comme si tu étais une sacré 32. Quand tu as vu que je n’allais pas, que le moral était sur le point de flancher, tu étais là pour me crier des « je t’aime » et  me faire un bisou-tout-doux. Avec ton père, vous avez été mon rempart dans ces jours difficiles.

Tu es toujours ma belle rebelle, ma Perséide perso. Ton caractère est toujours aussi vif, mais tu sais maintenant comment canaliser cette énergie. Et tu m’impressionnes. Sincèrement. Tu as vécu, en accéléré, ton passage de l’adolescence à l’âge adulte. Tu as eu ton premier amoureux sérieux et tu as négocié ta liberté de belle manière, tout en nous disant que cette conversation « là », tu la trouvais malaisante. Tu as respecté tes engagements, tu as terminé ton année scolaire en y mettant tous les efforts et tu as rouspété de ne pas travailler parce que nous avions eu l’idée d’avoir un bébé né en août plutôt qu’en juin. Tu as appris, cette année, à mettre des mots sur tes sentiments et à les exprimer sans colère, sans bouderie, sans claquage de porte. Ou presque.

Il y a quelques jours, tu as vécu ta première peine d’amour. L’écoeurant, il t’a laissé par texto alors que tu étais chez ta grand-mère. Je n’étais pas là pour éponger tes larmes, et de loin, j’ai vécu ton chagrin comme si je t’avais abandonnée, parce que je n’étais pas là pour toi. Tu aurais probablement souri de nous voir, ton père et moi, les yeux pleins d’eau quand nous lisions tes messages et après tes appels. Je sais, les peines d’amour sont inévitables et elles font parties des apprentissages difficiles mais formateurs. Toi, tu as eu le courage d’aller le confronter, de lui dire que tu le trouvais particulièrement couillon de t’avoir dompée à distance. Tu es revenue le visage ravagé par les larmes et le chagrin, tu t’es mouchée sur mon épaule et tu m’as dit « Il ne me mérite pas ». J’en suis encore épatée. Je n’avais pas, à ton âge, cette maturité ni cette confiance en moi. Et plusieurs femmes de mon entourage, même encore, non plus. Je ne suis plus inquiète, maintenant. Tu as appris à te faire respecter et je plains celui qui oserait s’essayer!

Dans quelques jours, tu entreprends le dernier droit de ton secondaire. Bientôt, trop vite, l’heure des choix sonnera. Pour le moment, tu penses au droit, celui qui te permettrait de défendre l’indéfendable. Cette année, tu devais, dans le cadre d’un travail scolaire, préparer une plaidoirie sur ce genre de cas. Tu nous a soufflé, incluant ton professeur, par ta rigueur, ta fougue, et tes arguments imparables. Et tout ça dans un anglais impeccable! Bon, tu avais tout des avocates des séries télévisées, talons vertigineux inclus, mais si jamais tu maintiens ce choix de carrière, je n’ai aucun doute sur ton succès!

Entre-temps, tu profiteras de tes derniers jours d’été pour fêter, avec tes copines, ce sucré 16. Nous nous ferons discrets, ton père et moi, pour que vous puissiez admirer ces Perséides qui, tout comme toi, sont de plus en plus éclatantes. Hier, on a recréé, l’espace d’une journée, le clan. Toi et ta sœur, ton papa et moi. Ne manquait que le grand frère, qui travaillait. Piscine, souper. La première vraie belle journée de notre été, pleine d’une légerté qu’on avait oubliée.

Je t’aime, ma puce. Tu es, et tu seras toujours, ma plus belle réalisation. Mais je ne prends pas tout le crédit de cette jeune femme exceptionnelle que tu deviens: ton père, plus « lousse » que moi, sait mieux jauger ce qui t’es nécessaire pour t’épanouir. Moi, je te garderais sous verre, dans du papier de soie bleu, celui qui empêche le blanc de jaunir tu sais, pour que tu restes ma petite fille. Il est en grande partie responsable de ta maturité, de ta curiosité, de ta soif de liberté. Moi, je ne serai jamais loin pour ces jours où tu auras besoin de redevenir une petite fille qui a besoin de sa maman.

Je t’aime, ma belle rebelle. Profondément. Mais fais-moi plaisir, arrêtes de vieillir. Moi, j’arrête de compter. Un jour, tu auras 20 ans. Mais 16, c’est ma dernière limite!

 

 

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Fifetine. Ouais. Fifetine.

Je ne dois pas savoir comment m’y prendre. J’ai beau essayé, mais à chaque fois, je me réveille avec les Perséides et une enfant qui a pris une année de plus. Là, on s’approche dangereusement de la majorité. Alors peut-être que de l’écrire en franglais, ça m’apparaîtra moins pire. Moins réel. Et m’aidera à gérer l’impression que j’ai un peu failli à ma tâche de mère au cours de la dernière année.

Elle a été difficile, cette année. Pour nous comme pour toi. Mais toi, tu as assuré, comme une grande, avec une nouvelle maturité que la maudite maladie de ta grande sœur t’a imposée. Pris dans le tourbillon du diagnostic, des traitements, de l’angoisse que nous avons essayé de contenir, du travail qui a grugé plus que jamais toute mon énergie physique et mentale, du dur apprentissage lié à un nouveau défi professionnel, j’ai l’impression que pendant de longs mois, on t’a abandonnée à toi-même et à tes propres angoisses, non seulement pour ta sœur, mais pour ton avenir. Dur dur, en secondaire 3, de se voir « classée » dans une option qui pourrait ne pas te permettre de choisir un métier. Je les ai vu, tes larmes de colère mais aussi d’anxiété, quand tu nous tenais tête pour des devoirs non-faits. J’ai aussi vu ce magnifique sourire et cette fierté mal contenue le soir ou tu nous as montré le papier indiquant que tout n’était pas perdu! Évidemment, avec l’air de t’en « contresinciboiriser », parce que tsé, ça serait pas cool hein de se péter les bretelles… Pourtant, ma belle rebelle, moi je sais les efforts derrière.

Et puis, tu as déployé tes ailes. Avec l’école, tu as participé à un voyage culturel en Italie, et tu es revenue, me semble-t-il, différente. Moins sauvage, plus sûre de toi, je dirais même… civilisée. Ouais, civilisée. Tu as toujours été polie, mais là, y’avait comme une couche de savoir-vivre et de savoir être qui se sont superposées à ma rebelle.

Et y’a eu F. Un gentil garçon, bien élevé et tout et tout. C’est pas simple, maintenant, les relations. C’est pas ton chum, tu n’es pas sa blonde, et si vous étiez un statut FB, ce serait probablement « it’s complicated ». Pourtant, vous êtes tellement beaux à voir. Vous m’avez accompagnée lors d’une activité professionnelle, et je n’ai eu que des compliments à ton sujet. C’est vrai que tu es d’une beauté remarquable, et tu es de plus en plus consciente de ton charme. Tu en joues, un peu, mais c’est encore bien anodin. Et pourtant, ça me rassure. Tu as pris confiance en toi, mais tu connais les limites à ne pas dépasser. Enfin, je crois. Ou enfin, j’espère. Je t’ai laissé aller à Osheaga, et ton père n’a pas cessé de me répéter que nous pouvions avoir confiance en toi. Moi, j’ai confiance en toi, mais suis-je obligée d’avoir confiance aux 49 000 personnes sur le site? Là encore, tu as assuré. Tu nous a dit que tu avais pris une bière, une seule.

Je vais m’y faire, tu sais. Tu grandis, tu vieillis et moi aussi. J’ai moins d’énergie et j’ai encore des sources d’inquiétude. Mais pas à ton sujet. Nous avons essayé de te donner, ma toute belle, de solides bases. Tu es intelligente, mature, et tu es capable d’argumenter et de te défendre. Bien sûr, la partie n’est pas gagnée, et paraît qu’à fifetine, c’est une période charnière. Mais je suis confiante. Même l’estomac noué, même la tête pleine de questionnements sur ce que nous aurions pu, du, faire différemment, je suis confiante. Ou menteuse? Nah… je TE fais confiance.

Souvent tu me demandes si je t’aime. Je réponds en blaguant que ça dépend de l’heure. Mais tu le sais que je t’aime, inconditionnellement et pour toujours. Tu es ma perséide perso, ma toute belle rebelle.

C’est ta fête demain. Et oui, en demande spéciale, comme le veut la tradition familiale, je ferai le repas que tu as choisi. Du pâté chinois pendant une canicule? Aucun problème, ma choupinette. Parce que je t’aime.

 

 

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Perdre

Déjà presque la fin de juillet. Dire que j’avais de si bonnes résolutions en janvier…. Mais bon, la vie nous amène là où elle le veut bien, avec ses détours, nos résistances bien vaines, le quotidien….

Aujourd’hui, ma vieille chatte est morte. De quoi? Je l’ignore. Je l’ai retrouvée, intacte, comme lorsqu’elle dormait dans notre lit, au fond de la margelle près de la maison. J’en ai eu le coeur chaviré.

Ce n’est qu’un animal. Je sais. Mais depuis un an, les pertes de toute nature s’accumulent dans ma vie. Il y a eu le gros Gaston, en août dernier. Une vilaine torsion de l’estomac ou un cancer. Ou tout simplement était-il rendu à bout d’âge. Un dernier câlin, un dernier au-revoir.

Puis, la perte d’une certaine tranquillité d’esprit alors que la plus vieille a dû lutter contre un vilain lymphome. À 21 ans, c’est d’une injustice profonde. Qu’on ne peut pas rationnaliser, même si la mère en moi essaie de le faire pour préserver sa toute petite. On se bat, bien maladroitement parfois, mais on ne peut pas prendre toute la douleur, tout le chagrin,  toute l’angoisse. Nous ne sommes pas les premiers  côtoyer cette maudite maladie, mon père en est décédé, des amis autour de moi aussi. Mais à chaque fois, c’est LE combat le plus dur.

Des ennuis de santé, pas graves mais juste assez pour réaliser que la machine a besoin d’être entretenue. Et que la ménaupose n’est pas qu’une vue de l’esprit ou un excellent monologue de Clémence.

Des revers au boulot, aussi, accompagnés d’une certaine désillusion. Je me suis surpris à rêver du temps où faire de la politique était plus simple. Enfin, peut-être parce que j’étais plus jeune, que j’avais plus d’énergie ou que les réseaux sociaux n’existaient pas et n’avaient pas tout perverti.

Une année de marde, me suis-je surpris à dire à une collègue cet après-midi. Moi pour qui la reconnaissance est un moteur, qui suis ordinairement optimiste et qui ai tendance à voir le verre plus plein que vide, mon ressort est-il juste trop étiré? Suis-je à bout d’inquiétude pour les miens?

Et puis, après le deuxième rosé, alors que le Mammouth s’active en cuisine, que le soleil descend doucement sur la terrasse et que le bruit des enfants qui jouent chez le voisin m’arrive aux oreilles, je me dis que je ne suis pas à plaindre. Que j’ai un amoureux qui prend soin de moi même quand je suis plate, une adolescente qui comprend tout et qui est une soie, un gros idiot de chien qui a succédé à Gaston et qui finira bien par comprendre que les écureuils ne sont pas ses ennemis jurés, des amis qui m’enveloppent de leur sollicitude et une job qui me nourrit.  D’autres sont beaucoup plus mal pris que moi. Des gens esseulés souffrent dans les hôpitaux, des enfants dont les parents ne s’occupent pas d’eux, des parents qui s’inquiètent pour des enfants qui ont disparu.

N’empêche. Les vacances, cette année, seront nécessaires. Plus, elles seront essentielles si je veux retrouver mon « spring ». Et je me promets d’inscrire l’écriture au menu quotidien, question de permettre à mon hamster mental de prendre l’air.

Vivement août.

 

 

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Les perrons d’église

C’est encore une fois un magnifique texte de mon ami Clément (oui, oui, je me réclame de son amitié!) qui m’a fait réfléchir. https://remolino.qc.ca/2017/02/01/il-ny-a-pas-de-raccourci/ .

La semaine a été dure. Pas uniquement à cause de l’attentat de Québec. Mais cet acte d’horreur nous a tous forcé à nous regarder le nombril. A regarder dedans ces zones d’ombre intimes qui, parfois, nous surprennent nous-mêmes.

Autrefois, on manquait de charité sur les perrons d’église. Le placotage, pas gentil, sur la voisine qui élevait donc ben mal ses enfants, sur son mari plus souvent à la taverne du coin qu’à la maison, d’la p’tite dernière qui était donc ben écourtichée…

Puis, on repartait chacun chez-nous, et quand les potins étaient vraiment de calibre, on prenait le téléphone pour raconter ça à la belle-sœur. Le potin pouvait ainsi faire le tour du village, mais ça prenait quand même quelques jours. On pouvait toujours s’en confesser le dimanche suivant et l’âme lavée, partager à nouveau sur le perron.

Est-ce que ça portait à conséquence? Oui. Des vies ont sans doute été brisées par des potins malveillants répétés à la sortie de la messe. Y’a sûrement eu des drames humains. Mais la vitesse et le rayon de propagation des rumeurs étaient sans commune mesure avec ce qu’on vit maintenant.

Les réseaux sociaux ont remplacé le perron d’église. On y propage des « faits alternatifs », on juge et on condamne en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, on like-partage-retweet à qui mieux mieux et on n’a même plus le réflexe de s’en confesser.

Tant mieux si la semaine nous aura permis un début de réflexion, et si quelques cas plus médiatisés de morons qui ont écrit des horreurs en convaincront quelques uns que l’anonymat n’existe pas vraiment.

J’ai lu – et je ne me souviens malheureusement plus à quel endroit, que les gens retweetent des liens vers des articles qu’ils n’ont pas lu dans plus de 40% des cas. Suffit que le tweeter original nous semble crédible. Le plus bel exemple est sans doute celui d’une fausse agence de presse qui identifiait les coupables de la tuerie de Québec – et qui a été partagé plus de 100 fois avant que quelqu’un fasse remarquer que Reuters ne s’écrit pas Reuter… Même chose avec l’identification d’un deuxième « suspect ».

Et si on faisait de 2017 une année où on compte jusqu’à 10 avant de partager ou retweeter quelque chose?

 

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A vous, mes amis d’ailleurs

J’ai hésité avant d’écrire, de peur de ne pas trouver les mots. Je ne voulais pas écrire à chaud, sous le coup de l’émotion. Mais depuis dimanche, l’émotion ne s’est pas atténuée. Elle me noue la gorge. Elle me remplie les yeux d’eau. Mais surtout, surtout, je pense à vous.

Je t’ai lu, Houssein. Sur la complexité d’expliquer à des enfants que leur croyance peut être un motif de haine. Sur l’impuissance du parent qui veut protéger. Et j’aurais voulu prendre ton angoisse,

Je t’ai lu, Sonia. Ta colère sourde, justifiée. Elle est mienne, cette colère. Elle est faite d’incompréhension, de peine, mais surtout d’un sentiment d’injustice qui prend toute la place. Et tu as raison: il n’y a rien de juste dans le fait d’abattre froidement des gens qui ne partagent pas notre religion, ou notre couleur, ou nos coutumes.

Je vous ai lu. Et j’ai eu envie de vous dire merci. Même si je suis une « de souche », vous m’avez toujours accueillie parmi vous, sans me juger. Nous avons eu des discussions parfois sérieuses, parfois ludiques, autour de ces bbq au parc, ou chez-nous, ou chez-vous. Jamais vous ne m’avez fait sentir que je venais d’un autre monde.  Nous sommes d’une même famille, celle des humains.

Je comprends l’inquiétude, et l’envie manifestée par certains de partir ailleurs. Mais j’espère, sincèrement, que vous choisirez de demeurer parmi nous. Parce que votre amitié m’est précieuse, parce qu’elle m’enrichit et parce que vous faites partie de ma vie.

Suis-je naive de penser que l’immense majorité des gens pensent que tous, nous pouvons cohabiter harmonieusement? Je sais que des tragédies- parce que c’est une tragédie et un attentat terroriste – arrivent, et que ça arrive ici ne m’étonne pas. Nous étions peut-être un peu trop confiant que ces affaires-là, ça arrive juste ailleurs, aux autres. Comme le disait mon patron hier, il nous faut garder ce fragile équilibre entre ouverture et vigilance.

L’heure de distribuer les blâmes viendra probablement trop tôt. Nous avons tous une réflexion à faire sur nos mots, derrière l’anonymat des écrans, nos gestes, nos paroles, nos blagues parfois déplacées.

Je mise sur nos enfants. J’ai confiance qu’ils sauront être plus inclusifs que nous. Mais pour ça, il faut leur expliquer, comme tu l’as fait Houssein, que ce sont des fous.

 

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